Je suis camerounais, je ne trie pas!

juin 15

Miss Gabon 2012

J’avais prévu de vous raconter une histoire intitulée Bonnie & Clyde en Chrysler, mais comme elle tournait comme la première autour d’un voyage improbable sur l’axe Yaoundé Douala, j’ai décidé d’en sortir une autre de ma mémoire.

Vous savez, pour le camerounais, le Gabon a toujours été un Eldorado. Une espèce de pays de Cocagne où le CFA coule à flot. Ils sont donc nombreux les Camerounais qui tentent leur chance sous le soleil du Royaume Bongo. Certains reviennent, les poches pleines de CFA, dont ils arrosent leur entourage, d’autres… bon! Ce n’est pas le sujet.

Miniferme, dans la première décennie des années 2000.

Je ne l’avais jamais vue. Mais je connaissais parfaitement son prénom, collé sur tous les objets de la maison familiale, mantra miraculeuse que ses frères passaient le temps à répéter: Chantal. « C’est la pendule que Chantal a envoyé », « la voiture que Chantal a envoyé », « la toiture que Chantal a fait réparer », « les habits de Noël envoyés par Chantal ». Je connaissais très bien les oeuvres de Chantal la gabonaise. Spectre bienfaisant dont personne ne pouvait dire avec certitude ce qu’elle faisait au Royaume Bongo.

Un jour, Chantal est rentrée au pays. La masure de ses parents qui ces derniers mois était froide et et inhospitalière a repris vie: peinture sur les murs, odeurs de bouillon, cour défrichée (comme s’il fallait attendre Chantal pour tenir la machette).

J’ai eu une agréable surprise hein? Chantal n’était pas la vieille bête de somme que j’imaginais. c’étais même une accorte et jolie jeune femme. En tant que copain ayant plusieurs fois mis la main à la poche pour chasser la faim du ventre des petits chantaliens, j’ai été présenté à la star. A défaut de me remercier par une médaille, voilà qu’elle décide de m’inviter à sortir.

Elle, deux de ses frères, nerveux comme des molosses (il paraît que c’est ainsi quand on surveille l’argent des autres).

Nous débarquons à l’Intendance. A l’époque Le Mercure était The Place to be. La belle dépense sans compter. Les petits gigolos du coin nous envient. Chantal fait venir une liane tropicale, une de ces créatures qui hantent mes nuits de célibataire. Mon coeur fait BOUM! puis, plus rien.

Présentations: ma meilleure amie au Cameroun.

Je me penche à l’oreille de Chantou: Mama! c’est ici que je meurs!

Chantou a affiché une certaine réticence. Elle a essayé avec son vrai faux ton gabonais de me décourager. Tu es jeune mon petit, le genre de fille ci va te finir.

« Me finir, c’est justement ce que je souhaite ».

Je te dis mon petit, ça c’est une fille du dehors, un crocodile, elle va te finir.

Bon! me suis-je dit, je prends note de tes conseils, mais je fonce quand même.

Première danse dans la pénombre mercurienne: la fille me tâte les fesses. Puis mon cerveau corrige, non, ce sont mes poches qu’elle tâte, elle essaie de me faire les poches!

Je romps la danse.

Un homme normal aurait pris ses distances, se serait retiré du jeu. Je suis camerounais, j’ai dit Ha! Comprenez Au diable!

Voilà comment je me suis retrouvé en train de me trémousser dans une boite mal famée avec une camerouno gabonaise, ses bandits de frères et sa pickpocket d’amie.

j’ai eu un éclair de lucidité:  mes études, mon père, ses sermons sur sa véranda-montagne. Puis j’ai dit Ha!

J’ai passé la soirée à essayer de caresser la fille d’une main, protéger mes poches de l’autre, tout en dansant et en lui cachant que j’avais deviné son manège.

Soudain, la gabonaise, qui avait enflammé la salle par des coup de reins qui ne laissèrent plus aucun doute sur sa profession chez les Bongo, oui la gabonaise eut l’idée d’organiser un cercle. Pas un de ces maudits cercle de danseurs, mais une espèce de farandole où les rondeurs des unes sont accolées au raideurs des autres.

La liane a enlacé la gabonaise (va savoir pourquoi?) j’ai enlacé la liane, une fille m’a enlacé et ainsi de suite. A un certain moment , ma liane s’est désengagée: toilettes!

Je me suis retrouvé encastré dans la gabonaise. Ne perdant presque rien au change, j’ai continué à me trémousser sur un fond sonore de K-Tino. Je crois que c’était nyèguè nyèguè.

Après quelques tours devant le comptoir du bar, je remarque un document qui me semble familier. Pas le temps de bien regarder.

Tour suivant: je distingue une carte d’identité. Pas le temps de lire.

Tour d’après: je remarque que la photo m’est familière. pas le temps d’accommoder.

Ce n’est qu’après quatre tours que je me rends compte que le type sur la photo m’est familier parce qu’il s’agit de moi! Ce que confirme le nom que je déchiffre enfin: NGIMBIS FLORIAN!

Je me suis arrêté net. Plus d’alcool dans le sang. Mon cerveau a fait une analyse froide, simple, implacable: cette carte se trouvait dans mon portefeuille, mon portefeuille se trouvait dans ma poche. La carte était logée entre deux billets de dix mille francs représentant ma ration pour le reste du mois. Si la carte se trouve sur le comptoir, est-ce la peine d’envoyer ma main dans ma poche à la recherche des billets? Réponse: NON. Conclusion: je suis mort!

La liane m’avait eu avant de disparaître. Au lieu d’aller dans les toilettes, elle était revenue se remettre dans le cercle, derrière moi. J’attendais le danger de l’avant, je n’avais pas sécurisé mes arrières.

J’ai dit merci quand même pour ma carte. Les voleurs camerounais ont cette particularité. Ils te volent, mais te remettent toujours ta carte d’identité. D’habitude ils la balancent dans un lieu public, où tu as des chances de tomber dessus. En l’occurrence un comptoir de bar. Il faut se demander des deux ce qui est pire, se faire voler son argent ou sa carte d’identité. Ils sont nombreux à vivre leur pauvreté dans les rues de Yaoundé sans encombre, mais ceux qui ont le malheur de se ballader sans carte d’identité finissent invariablement assis par terre, sous la botte d’un flic aviné: « mon ami tu as oublié ta carte? ok! moi aussi je vais oublier que je suis ton ami ».

Je ne sors plus avec les gabonaises, on m’a dit que les guinéennes étaient mieux. Je vais faire comment? J’en fabrique?

Joyeux anniversaire à  Rebecca Tickle, une vraie liane elle, pas le dix dix francs!

;)

 

 

 

 

 

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