Je suis camerounais, je suis un personnage de bande dessinée

sept 4
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Ma vie prend une tournure bizarre hein ?

Tenez, ce matin j’étais dans le quotidien Le Jour. Mouais, on a vu ma grosse tête en page 9, tout autour, un portrait de ma triste personne brossé par la talentueuse Elsa Kane. Me voilà alors en mode star. Tous mes créanciers se sont souvenus de moi. Surtout que la journaliste a eu la bonne/mauvaise idée de citer tous les « prix » que j’ai gagnés dans ma vie. Or, je vous ai déjà expliqué que dans l’imaginaire du Camerounais moyen, le mot prix rime toujours avec argent. Bref, les gars se sont souvenus de moi et je n’ai même pas l’argument de la pauvreté pour me défendre. Ah bon hein ? On te voit dans le journal et tu dis que tu n’as pas mes sous? Tu me prends pour qui ?

Oui je suis malheureux. La gloire, la célébrité ruinent l’âme. On n’arrive plus à se regarder tel qu’on est. On se voit tel que les autres vous présentent. Et on se ruine aussi tout court hein ? Ce matin, j’ai carrément acheté une dizaine d’exemplaires de Le Jour.  Oui, les Bush et autres ne sont pas les seuls à savoir manipuler les gens avec des armes de destruction massive. Maintenant quand je drague une liane, il y a toujours ce moment où dans une fausse décontraction je laisse traîner le journal ouvert à la page 9 dans l’attente du « Hé! Ngimbis, c’est toi dans le journal ». Tactique foireuse de guerre.

Bon je préfère vous dire hein ? Cet article m’a servi ma première déconvenue. Cinq minutes après avoir acheté ma pile de journaux, le paquet sous l’aisselle, j’accoste une douce liane devant le kiosque. Sa réponse à mon bonjour énamouré m’a cloué : « Maaaama ! Ce n’est pas la malchance le grand-matin ? Même les vendeurs de journaux me draguent déjà ! ». Et pan !

Mais ça va empirer tout ça, cette surexposition et tous ces créanciers etc. Bah oui, car le but de ce post est de vous annoncer le lancement sur la plateforme Waanda Stoudio de la bande dessinée « NGUIMBIS, héros dans n’a rien« 

Waanda Stoudio c’est le projet d’un ami bédéiste, Yannick Deubou. Une plateforme panafricaine de bande dessinée dont le lancement officiel aura lieu dans quelques mois au festival de la BD à Alger. On retrouve sur le projet Elyon’s (la vie d’Ebène Duta), Gunther Moss ou encore Le sulfureux George Pondy.

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Le projet de bande dessinée est une idée initiale d’une amie, Vania Lombinde.  Et puis on a mis Yannick sur le coup et le type a carrément eu l’idée de faire une BD sur moi. Selon lui, rien de mieux pour découvrir mon univers que de parler de moi : « Mbom je te jure tu es un personnage de BD, c’est seulement que ta folie t’empêche de le voir ». Voilà les élucubrations post Castel que j’entends tous les jours.

Pourquoi « Nguimbis » et non « Ngimbis » ?

Ceci est une heureuse erreur. La plupart des gens ne comprennent pas l’absence du « U ». Pour tout vous dire, moi non plus. Du coup, on a décidé d’ériger l’erreur en choix. Et puis, franchement, je ne veux pas totalement ressembler au personnage. Il pourrait me phagocyter hein ?

En parlant de ressemblance, le type ne me ressemble pas hein ? Il est un avatar de moi en version améliorée : le joli minois, les centimètres qui me font défaut et même la barbe (techniquement, il me faut six mois de cotisation pour avoir un léger duvet sur le menton).

« Héros dans n’a rien »

Etre dans n’a rien est un camerounisme que j’adore. En fait c’est être personne. ça symbolise un vide, vide des poches, vide dans le vide, rien ! Le côté blogueur talentueux que tout le monde célèbre sur la toile, mais looser dans la vraie vie.

Donc, les histoires sont des adaptations de mes délires sur mon blog ou sur ma page Facebook. Vous savez les trucs étranges qui m’arrivent tous les jours. Yannick les adapte et dessine, ce sont des épisodes très courts. Le grand défi est de trouver cet angle qui permet un rendu vrai et honnête vis-à-vis de l’esprit Kamer Kongossa. On n’est pas encore top top top, mais ça va venir. Ce projet se situe dans une lignée, une vision de la culture que notre génération souhaite impulser, en finir avec le cloisonnement, célébrer les mariages de diverses formes d’art et se renouveler tous les jours. Ceci avec la bénédiction de l’outil sans lequel la plupart d’entre nous ne seraient pas connus aujourd’hui : Internet et le numérique en général.

J’en profite d’ailleurs pour vous dire que la BD sera présentée durant le Mboa BD festival, le festival de la BD. Ce sera du 27 au 31 novembre à l’Institut français de Yaoundé. Je viendrai en compagnie d’autres stars africaines de la BD faire ma star.

Une dernière pour la route : j’étais chez mes parents ce week-end. Tandis que je leur présente les planches, mon père guette le tout d’un œil torve et me sort : « Donc toutes les études que j’ai payées là c’était pour ça hein ? »

J’ai failli m’énerver hein ? J’ai failli lui crier, mais le père-ci tu es comment? Ton fils est est un personnage de bande dessinée. Tu en connais toi des personnages de bande dessinée dans la vraie vie ? Et même ces personnages tu connais leur père ? Tu connais le père de Tintin ? Tu connais le père de Rahan ? Toi tu es le père de « Nguimbis » ! Oui j’ai failli dire ça, mais je me suis souvenu qu’avec mon niveau de « fauchage » c’est lui qui allait financer mon retour sur Yaoundé, bref, je l’ai bouclée.

Peace!

Le lien pour lire la BD ici

Le lien vers la page Facebook de Waanda Stoudio ici

 

 

 

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