Mes nuits avec Mami Wata

Scott Edmonson: Actrice dans le rôle de Mami Wata

Durant mes lointaines années de fac, j’ai fait la connaissance d’une jeune femme de la tribu Batanga. Une tribu de la côte, dont les membres passent pour des experts dans le dialogue avec les génies de l’eau, notamment la fameuse Mami Wata, Mère des Océans, que certains appellent également Yémanja. Hier 26 décembre, lendemain de Noël, alors que je me baladais dans les rues d’Edéa, aussi désertes d’humanité que le crâne de Manu Dibango l’est de cheveux, je suis tombé sur la Belle, que je n’avais pas revu depuis de longues années. Cette rencontre a provoqué un afflux de souvenirs que je partage avec vous.

Selon la croyance populaire, le culte de Mami Wata serait tellement ancré dans le quotidien du peuple Batanga que la quasi-totalité des jeunes filles issues de cette tribu se voient accorder à leur naissance un esprit de l’eau émanation de la Déesse. Elles deviennent des hôtes de Mami Wata.
Dès que mes copains de l’époque, une bande d’ados post-pubères, amateurs (frustrés) de chair fraîche eurent vent de ma nouvelle conquête, je dus affronter tous les préjugés que la société avait conçu à l’égard des Batanga:
Elle va te tuer, te livrer à Mamiwata
Tu vas mourir après votre premier rapport sexuel
Ne laisse jamais trace de ta semence dans sa chambre
Elle va s’arranger pour concevoir un enfant unique qu’elle va sacrifier pour devenir riche
Après avoir couché avec elle tu ne pourras plus te marier

Moi j’ai rigolé hein ?
J’ai rigolé parce que les commentaires de ce type glissaient sur ma conscience comme les gouttes d’eau de pluie sur les plumes d’un canard sauvage. Laisser tomber ? Ils ne savaient rien de la douceur sucrée des lèvres de la fille, ils n’avaient jamais posé leurs mains xénophobes sur la cambrure extraordinaire de ses reins, ils ne s’étaient jamais noyé dans la volupté de son regard.
J’ai « validé » ma conquête, et j’ai même découvert quelque chose que les mauvaises langues avaient omis de me dire : les filles Batanga sont… OK ! Je m’arrête là.

Voyant que leurs efforts n’aboutissaient pas, les jaloux et autres petits cons qui formaient le groupe peu épanoui de mes amis ont usé d’une autre tactique. Ils m’ont affirmé que je j’étais assis sur une mine d’or. En effet, Mamiwata, d’habitude jalouse, semblait m’avoir toléré, donc, j’avais « un bon sang ». Elle pouvait si je me donnais la peine de la convoquer, faire mon bonheur. J’ai appris à cette occasion que le fond de l’océan serait un vrai paradis, rempli des choses les plus convoitées par l’humanité : argent, or, bijoux dans des proportions inimaginables. Un trésor appartenant à la déesse qui, sur simple demande pouvait m’en accorder une part, à la seule condition que je réussisse à la faire apparaître, à l’insu de son hôte, ma copine. Vous vous dites peut-être que j’ai éclaté de rire et les ai envoyé balader… euh, non. Je les ai crus.
Il y avait divers façons de faire apparaître la déesse :
Tapoter le dos de la jeune fille durant l’acte sexuel.
M’attacher la langue avec du fil à tresser noir et prononcer le nom de la déesse, à minuit exactement en ayant soin d’être dans le même lit que l’hôte.
Faire l’amour avec l’hôte sur une plage à minuit en ayant soin d’avoir préalablement enterré un œuf sur la plage.
Attacher un fil noir au chambranle et dormir la porte entrouverte avec l’hôte à ses côtés.

Je ne vous citerai pas toutes les techniques qui m’ont été conseillées, ce qu’il faut savoir, c’est qu’après une semaine de tentatives, ma belle a commencé à me regarder avec des yeux un peu bizarres. De fait c’est moi qui étais bizarre.
Combien de fois ai-je martyrisé le dos de la pauvre fille tandis que nous jouions à la la bête à deux dos?
Combien de fois avons-nous échappé aux bandits de Yaoundé qui heureusement ne s’étaient pas rendu compte que j’avais pris l’habitude bizarre de dormir la porte ouverte ?
Imaginez-moi dans mon lit, la langue attachée jusqu’au sang, essayant de dire « mamiwata » et ne réussissant qu’à produire une suite de sons inaudibles.
J’ai même sacrifié mes économies et improvisé un voyage à Kribi sur la côte. Si les œufs donnaient des arbres, une certaine plage serait aujourd’hui une vraie forêt…

Bref, après une semaine de joutes sexuelles ininterrompues, la fille effrayée par cet amant transformé en acteur porno doublé d’un alchimiste, me plaqua pour aller proclamer dans tout l’amphi que quelque chose ne tournait pas rond chez moi.
Les bassa’a sont tous des sorciers, dirent les gens bien-pensants
Une phrase qui servit d’oraison funèbre à notre idylle.

Je n’ai toujours pas rencontré Mamiwata et pire, je suis toujours aussi pauvre. Ne vous moquez pas de moi hein ? Les camerounais de ma génération croyaient dur comme fer que si l’Inde ne joue pas la coupe du Monde de foot, c’est pour avoir vaincu le Brésil 1000 buts à zéro lors d’un match d’anthologie (nulle part homologué) où les joueurs se dédoublaient, où les ballons se dirigeaient tout seuls etc. Match à l’issue duquel ils furent rayés des tablettes du foot par la FIFA. Si ! Si ! Ne le niez pas !
Alors je ne suis pas seul hein ? Nous sommes ainsi, nous sommes camerounais

Peace mes frères ! Peace Mami Wata !

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Florian Ngimbis
Florian Ngimbis s’est fait remarquer en remportant le Prix du Jeune Ecrivain de langue Française 2008. Ses nouvelles ont été publiées dans plusieurs recueils et revues littéraires. Documentaliste diplômé de l’ESSTIC de Yaoundé, community manager et écrivain, il blogue à ses heures trop souvent perdues. Il vit à Yaoundé au Cameroun. Le blog Kamer Kongossa a été primé en 2012 lors des prestigieux Deutsche Welle Blogs Awards (The Bob’s) dans la catégorie « Meilleur Blog Francophone »
Florian Ngimbis

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43 réflexions sur “Mes nuits avec Mami Wata

  1. Gars chapeau! ton écriture a beaucoup changé, ton texte est agréable à lire, tu évolues vraiment dans la chose; vas y et félicitations!

  2. yaaaaaaa, Florian il est vrai que j’adore te lire,tes histoires sont toujours aussi cocasses les unes que les autres, mais là je dis : « chapeau ». En tout cas, je suis une fana de ta plume…….

  3. une nouvelle fois tu nous décris un quotidien et une culture … je lis, je ferme les yeux et ‘jy suis… tu as su nous dépeindre avec tellement de réalisme ce qu’aucun « blanc » ne saurait comprendre (je le sais cela fait 10 ans que j’essaie désespérement de le raconter ! )…
    merci pour ce nouveau message, bonnes fêtes de fin d’année et surtout bonne année 2012… au plaisir de te lire… Carpe Diem

  4. Hein, les mamiwata, une longue histoire! Ces histoires-là, mon bon vieux Florian, j’en ai tellement humé. Imagine qu’il fut un moment, j’étais traité d’adepte de mamiwata parce qu’il paraît que ma manière de me disputer tout le temps avec les minous n’était pas normale, que c’est ma femme mamiwata qui essayait ainsi d’éloigner de moi mes copines en chair. Hein, que j’ai dit, ces mawata de merde-là aussi n’ont plus trouvé une personne normale à épouser à part moi hein?
    Et ton casier de boisson, c’est terminé?
    Amitiés

    1. Tu sais qu’aucune créature portant des seins ne résiste à ton charme cher Kpelly. Faut croire que les Mami Wata font partie du nombre. Mon casier est terminé et toi togolais de malheur tu n’as toujours pas fait le geste qui sauve!

    1. Heu. suite à notre rencontre, je lui ai proposé de prendre un verre, elle a du se dire que le verre en question était ensorcelé, car elle s’est sauvé après un rapide bye! Les préjugés ont la peau dure hein? 😉

  5. tu as dit « chasseur de mami wata »? et moi qui croyais que tu as échappé à la mort une seule fois (l’année dernière!).
    contente comme d’habitude de me détendre en compagnie de ton pinceau!

  6. J’adore cette expression : « aussi désertes d’humanité que le crâne de Manu Dibango l’est de cheveux. » . Je vous souhaite la bonne année depuis la France, en espérant que les billets seront un peu plus nombreux qu’en fin d’année dernière ou on s’ennuyait un peu ….

  7. Qu’est-ce qu’elles sont célèbrent ces « mamy Water »! Moi, je suis vraiment impressionnée par cet article, et c’est pas seulement parce que je suis Batanga. mais c’est surement préférable que mes commentaires à propos des « Méngou » -c’est leur nom en Batanga- s’arrêtent là. Toutefois, Merci de parler de notre culture, et qui sais, peut-être qu’un jour tu sauras toutes la vérité à ce sujet. Reste que je trouve quand même cette actrice un peu trop sophistiquée pour son personnage.

  8. Il y a longtemps que cet article avait été écrit, mais le thème reste d’une actualité brulante. Au-delà de sa beauté, il reste assez partiel et trivial. On aurait voulu apprécier les conclusions d’une enquête de terrain dans le pays Batanga et alentour, style « Carrefour des Mystères » émission que présente Mbobock Benoit Bitong sur LTM, une télévision Camerounaise.
    J’ai le malheur d’avoir croisé le chemin d’une adepte des mamy water, pendant mes multiples « validations ».
    J’ai vu mes activités s’écrouler jusqu’à extinction en près de deux ans qu’avait duré notre « ydile ». La troisième et dernière année de cet amour infernal qui avait failli m’être fatale, peut être baptisée combat pour la délivrance.
    Mes affaires sont passées d’un chiffre d’affaire moyen de 350.000.000 F.CFA l’an, à 14 millions.
    Je suis passé moi même de 78 kg à 56 kg en moins de trois mois.
    Mon rythme cardiaque est passé de 70 à 98 pulsions minute.
    Ma tension artérielle de 12.5 à 20.
    Tout ceci au bout 4 mois et demi d’insomnie.
    De la fille que je trouvais normale, Nathalie Epossi fille de Bomono Ba Benguè vivant à Makepè Bonamoussadi, était devenue une lionne de caractère, me soumettant jusqu’à l’esclavage. Mentant comme aucun autre mythomane au monde. Et quand elle est allée vivre avec un autre homme le temps de me voir mourir, elle m’a menti qu’elle avait retrouvé son vrai père. Pauvre de moi qui lui donnait tout, fort de ce qu’elle était orpheline.
    Elle m’avait même présenté son amant en me disant c’est mon cousin. Elle m’amenait même chez ce gigolo où je rationnais même.
    Lorsque j’ai découvert son mensonge, je m’y suis rendu pour lui faire quelques remontrances. Elle m’a foudroyé en me soulevant avec les yeux. Je m’étais fait accompagner par deux gendarmes, ce qu’elle a vu avant mon arrivée, je ne sais comment. Les gendarmes étaient restés en retrait, et c’était l’erreur fatale. Ce regard m’a traumatisé pendant plus de trois mois, m’installant dans une peur hystérique de tout, même des regards des femmes sur photo. Terrible!!!
    Cette peur a conduit à la perte de tout mon patrimoine: maison, voitures argent.
    Mais puisque par la grâce de Dieu je ne mourais pas comme elle l’avait programmé, elle a paniqué un instant, et elle est allée voir le curé de ma paroisse à qui elle a avoué tout ce que je vous ai narré plus haut.  » J’ai l’esprit de l’eau, je suis mariée à un mamy water depuis ma naissance et c’est lui qui me conditionne. Je bois son sang… »
    Voilà comment leurs voisins ont cru comprendre que c’est elle qui avait tué ses deux premiers amants morts peu après des séparations houleuses.
    Je suis prêt à vous balancer sa photo, mais il suffit de faire mbongo epossi ngone henriette nathalie sur face book, et vous y êtes.
    Ciao, bonne année 2013

  9. de tres belles histoires il faut le reconnaitre en tout cas.Mais vous semblez plus en rire que d en parler effectivement.Je suis Benino-Togolais le Mamiwata est un culte chez ns.et croyez ma petite experience il existe.Seulement il se trafique telement d histoires a son sujet qu on fini par confondre les verssions reelles et c elles imaginaires

    1. Je suis content de votre opinion. Mais voyez-vous, si je continuais de pleurer 3 ans après, je n’allais pas en sortir.
      Voyez-vous? L’autre phénomène bizarre que je n’avais pas observé par peur de la revoir, c’est que le fille vie à présent tous les symptomes dont j’ai souffert, au fur et mesure que je me remets. Viellissement, amaigrissement. Elle parait 75 ans alors qu’elle est née en 1987.
      Elle est casanière et se vait voir trop rarement.
      Voilà! quoi.

    2. Dites moi Monsieur si cet esprit est un culte chez vous comment peut on voir ce dernier si il te suis sans que tu le vois ou sans te rendre compte.je voudrais juste des explications.
      Bne jrnE

  10. Toutes et tous les MAMMY WATA vous êtes envoutees : sortez vous de la . Le monde nous en veut ILS / ELLES-MÊMES ont montées MÊME tous les peuples NOIRES les uns et les unes contre les autres : guerres disputés hôpitaux PSYCHIATRIQUEs à cause de nos gaffes ( fautes ) : desenvoutez – vous maintenant et récupérez vos pouvoirs et moi aussi : avenir tout le monde bouche cousue . Merci …

  11. je voudrai d´etre a contact avec mamie wata pour depuis devenir riche coment je doit fair
    mon compte facebook/ combatantlejeune edson muamba
    mon numero telpone / 00244945127723
    je vie en angola presment a luanda

  12. Tout ce que je peux dire aux sujets des mami wata est que c est la dèsse de l eau et chacun selon son département. Elle est une divinité de l eau et nous ne sommes que des fourmis devant ses yeux. Notre pouvoirs est insignifiant contrairement aux siens. Donc chacun doit respecter son cadre de vie. L homme n a rien créé sur terre mais Dieu ooh que si. Si vous dites que le mami wata est envoûtant c est que Dieu l est également. C est sa créature et il sait pourquoi il l a créée. Pensez vous que Dieu qui l a mise au monde a voulu lui à un certain moment se remonter contre nous les humains?. Le mami wata tue, il fait ceci ou cela . C est. Ce qui arrive quand on veut prendre des raccourcis dans la vie. On recherche le chemin de la facilité parce qu on ne veut pas attendre 10ans.afin d être riche au tant auportun. Ce raccourci sollicité en réalité s avère être le long chemin. Après on va accuser les esprits de l eau. Pourquoi aller reveiller quelqu un qui dort tranquillement chez lui et après on se plaind des retomber? Il faut supporter les conséquences. Pour ma part le mami wata n est pas mauvais mais l usage qu on veut en faire

  13. Le monde est fou arabee cho je suis le maricharl viper de la 410 ya mbana miyami.
    mami wata est ma mère moi grandi a la plage sauvage de pointe noir la cote j’ai vu des jean venir a 3h voire matikabichi la rêne des eaux je marete la toute vérité ne pas bonne a dire chaque sa vie.

  14. Mamie WATA FAIT PARTIE DES ANGES Déchus Appelés Démons ‘PRECIPITES DS LES Eaux Et Sur La Terre . Y’a Un Prix A Payer Pour Tout Ce QU ‘ELLE Vous DONNE . Attention

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