Archive for septembre, 2011

« Au Cameroun de Paul Biya » version Quai d’Orsay

sept 22

Récemment, je suis passé sur le site du Quay d’orsay, le Ministère des  affaires étrangères et européennes de la France et dans la rubrique « conseils aux voyageurs », j’ai découvert la fiche concernant mon pays. Franchement, après lecture, je me suis demandé si quelqu’un pouvait avoir envie de découvrir le Cameroun après l’avoir lue. le texte, bien que conforme aux standards en la matière recèle néanmoins quelques singularités qui font que je m’interroge sérieusement, sur l’opinion que les français se font à propos de mon pays.

En matière de sécurité, les recommandations commencent par un lénifiant « Le Cameroun est un État de droit », bien vite tempéré par la suite : « Si une infraction a été commise, il convient de demander aux membres de la police un exemplaire des actes de procédure. Les gendarmes (militaires coiffés d’un béret rouge), à la différence des policiers, ne sont pas habilités à percevoir des amendes ou consignations ». On voit que celui qui a écrit ce texte n’a jamais eu affaire aux « hommes en tenue » camerounais : tout le monde paie, donc tout le monde encaisse, et ne demandez pas de reçu svp !
Ce paragraphe sécuritaire tout en mettant en garde contre les coupeurs de route du Nord du pays demande de se méfier des automobilistes locaux si « imprévisibles » et recommande le port de la ceinture de sécurité, ce qui ma foi devrait aller de soi dans un « pays de droit ».
Je pense que notre Ministre des transports a dû lire ces recommandations lorsqu’il a signé il y a quelques mois un éphémère arrêté visant à interdire les voyages de nuit qui sont « à proscrire » selon les conseils donnés aux cousins Gaulois.
Les précautions recommandées aux français en séjour au Cameroun sont aussi hilarantes (de mon point de vue) les unes que les autres :

« Se déplacer en convoi de jour et éviter de rouler la nuit » Purée! De quel pays on parle?
« Éviter d’exhiber tout article de valeur ou de nature à attirer la convoitise (sac à main, cellulaire, montre, bijoux, appareil photo…) ». Et moi qui traîne un Samsung Galaxy écran tactile clavier incorporé quadri bande de jour comme de nuit…
« Éviter d’emprunter des taxis à partir de la tombée de la nuit, surtout si vous êtes seul ». Là par contre, il ne faut pas être expatrié pour appliquer cette règle.
« Garder les vitres du véhicule relevées et fermer les portes de l’intérieur ». J’ajouterai : Prévoir  air conditionné, à moins de vouloir cuire dans son jus.
On nage dans l’absurde avec « Ne jamais tenter de résister aux ordres des agresseurs. » Mamamia ! Il y en a qui raisonnent des agresseurs en ce bas monde ?!!
Et ça continue : « Se montrer attentif, sur les pistes ou les routes, à toute interruption anormale du trafic en sens inverse (ce qui pourrait être le signe d’une attaque de véhicule en amont) ». Ou d’un vulgaire accident ! Je croyais que les chauffeurs camerounais étaient « imprévisibles » ?
« Veiller à fermer les accès à votre domicile en toutes circonstances ». A se demander si en France on les laisse ouverts…
En matière de transports, j’apprends que l’axe « lourd » Douala-Yaoundé est « réputé pour être l’un des plus meurtriers du monde ». Mais j’ai tiqué devant le service ferroviaire « correct ».  Enfin, jusqu’à ce que je me souvienne que CAMRAIL=capitaux français…
Les amis français n’oublient pas de souligner le caractère homophobe de note pays « L’homosexualité est réprimée par la loi (article 347 bis du code pénal) », notre malhonnêteté notoire en affaires, notre conception ambiguë du mariage interrracial « Des réseaux facilitent les mariages de convenance dans le seul but de contourner la réglementation sur les visas »; et soulignent même le caractère peu sûr de la Poste locale, mais ça, ai-je envie de dire, on le savait déjà.
Bon, j’arrête là les frais. il amusant de se dire que les mêmes propos consignés dans un livre écrit par un camerounais auraient inévitablement suscité l’ire des défenseurs de l’image de marque du Cameroun, vous savez, ces gens qui contribuent au pourissement de notre pays, mais, qui sont tout autant les ardents défenseurs de son image. Pour une fois, il ne s’agit pas des « élucubrations » d’une « ong obscure », ni d’ « apprentis-sorciers tapis dans l’ombre » ni de la « nébuleuse antipatriote »  connue sous le nom de diaspora. Il s’agit du très officiel « ami de longue date ». Les concernés apprécieront.

 

cliquez ici pour découvrir le texte complet de la fiche-pays sur le site du Ministère des affaires Etrangères.
Si vous êtes détenteur d’un téléphone sous Android vous pouvez télécharger l’application « Conseils aux voyageurs » et découvrir la fiche de votre pays, l’expérience peut se révéler enrichissante…

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Wikileaks mène le bal, les camerounais dansent

sept 8

Je suis de ceux qui pensent que la politique n’a rien de véritablement sorcier. Mêmes ingrédients et mêmes acteurs que dans la vie.  Des hommes, habités des mêmes sentiments que le commun des mortels : ambition, cupidité, corruption, envie, sauf que tous ces sentiments se retrouvent mis en relation avec le destin d’une nation.

Les câbles de Wikileaks qui pleuvent ces jours-ci et mettent en relief un Cameroun hélas trop souvent en retrait de la scène internationale sont là pour le démontrer. Petites phrases de hauts commis de l’Etat, fatalisme voire apathie du Roi Lion, coups bas dans les antichambres du pouvoir. Résultat, on ne parle plus que de ça.

Même en admettant le fait que Wikileaks soit un instrument piloté à distance, la réception que les camerounais font à la publication de ces « révélations » lui donnent toute la légitimité qu’on veut lui retirer.

Mes amis les théoriciens du complot, ceux qui voient dans chaque phrase concernant le Cameroun l’œuvre de déstabilisateurs (les fameux apprentis-sorciers) cachés dans l’ombre, ont eu du grain à moudre avec toute cette actualité. On entend dans les rues de Yaoundé la même question : « Pourquoi maintenant ? ». Pourtant, Wikileaks d’après ce qu’on sait de son fonctionnement a toujours livré une information coïncidant « curieusement » avec l’actualité internationale. C’est la recette du site : créer le buzz. Du moment où on n’était pas dans sa ligne de mire…

En ce qui concerne le pays de Samuel Eto’o, le blondinet Assange a plutôt réussi son coup. La plupart des journaux camerounais n’ont pas eu à chercher loin leurs sujets de une cette semaine. Wikileaks par-ci, Wikileaks par là…Révélations fracassantes par-ci, mises au point acerbes par là. Souvenez-vous, dans un billet passé je relevais le fait que les sujets traités dans la presse locale, si elle représentait véritablement un contrepouvoir, provoqueraient un Watergate tous les ans et une dizaine de Clearstream par mois. Or, avec cette affaire, tout se passe comme si nos journalistes si souvent enclins à mener des campagnes de presse contre x ou y politicien qu’ils accusent « preuves à l’appui » de toutes les manigances, sont subitement surpris de retrouver leurs papiers « confirmés » par le célèbre site. Même l’opposition étrangement silencieuse à moins de deux mois d’une présidentielle se fend en déclarations et tribunes incendiaires dans la presse.

Il est bien légitime de crier à une tentative de déstabilisation du pouvoir camerounais en ces temps sensibles. Mais ceux qui crient au complot, consciemment ou non font le jeu de « l’impérialisme occidental ». Le fait est que tout ce qui est estampillé du label made in Cameroun est fortement déprécié en ce moment au pays. Savoir-faire, savoir-être, savoir-dire et même savoir-informer.

Heureusement, comme l’a chanté l’ivoirien Tiken Jah Fakoly, on a tout compris. On le supputait, mais maintenant on a compris.

On a compris que notre « Sphinx » n’était pas si silencieux que ça, il choisit juste ceux à qui il parle et la plupart du temps, ils n’ont rien de camerounais.

On a compris que la majorité de la presse locale se satisfait de bruits de couloirs et de papiers livrés « clés en main », attendant un câble qui les mettra sur le cul, incapables de réaliser que non moins que Wikileaks vient de leur donner « raison ».

On a compris que pour savoir ce qui se passe dans les hautes sphères de ce pays, il fallait lire les journaux camerounais, mais qu’avant de les croire, il fallait attendre confirmation de l’étranger.

On a compris que notre opposition… Bon, je préfère ne rien dire à ce sujet.

Mais par-dessus tout, on a compris pourquoi hurler « Paul Biya must go » n’aura jamais d’effet : tant que ce sera dit en anglais de Bamenda, cette phrase sera nulle d’effet, en attendant le jour où elle sera dite en anglais version Obama…

 

 

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