Tout va mal « Au Cameroun de Paul Biya », mais ne le dites pas

Il y a quelques jours, je lisais avec délectation  le livre polémique de Fanny Pigeaud, Au Cameroun de Paul Biya. Vous savez, ce livre qui fait tant parler de lui chez nous parce qu’il dépeint un pays où tout va de travers avec la bénédiction du monarque local et de ses affidés. L’introduction à elle seule donne le ton du livre :

 

Pourtant le Cameroun est bien un pays où il peut se passer deux ans sans que le président de la République préside le conseil des ministres ; où le patron de la police peut faire emprisonner des innocents pour couvrir les coupables d’un meurtre […] où l’on peut louer, pour une somme dérisoire, l’arme d’un policier ; où l’on met deux jours à retrouver la carcasse d’un Boeing 737-800 qui s’est écrasé, avec ses 114 occupants, trente secondes après son décollage ; où moins de trois mois avant une élection présidentielle, personne ne sait à quelle date le scrutin aura lieu et aucune des deux grandes formations politiques n’a de candidat déclaré…

Vous l’aurez compris, la journaliste française n’y va pas avec le dos de la cuiller. Comme on dit par ici, elle ne donne pas le lait.

Laissons à d’autres le soin de faire le procès de ce livre. Relevons juste le fait suivant : qu’on le veuille ou non, Fanny Pigeaud dépeint une réalité que nous vivons tous les jours. Gabégie, trafic d’influence, corruption, le tout dans un contexte général de pauvreté à la limite du supportable. Le drame dans l’histoire de ce pays est que l’anormal est tellement passé dans les us locaux qu’il ne saute plus aux yeux. Je vous donne un exemple.

Chaque matin, je passe devant l’hôpital d’Efoulan. Une structure de santé étatique. Il ya quelques mois, les populations locales, revêtues de leurs plus beaux atours (aux couleurs du parti au pouvoir) ont célébré la construction et la mise en service d’un bâtiment « moderne » extension des vieilles installations. Le bâtiment comporte une maternité, des salles d’hospitalisation et des appareils dernier cri. Là s’arrête le progrès.

Pour le reste, on tombe on tombe dans les camerounaiseries :

Le nouveau bâtiment a été construit en dehors de l’enceinte originelle… de l’autre côté de la chaussée ! Cela donne un centre hospitalier coupé par la route (je parie que c’est une exception camerounaise). Le malade arrive, achète son billet de session dans l’ancien bâtiment et va se faire consulter dans le nouveau, enfin, s’il survit à la traversée de la chaussée et aux automobilistes yaoundéens qui ne sont pas connus pour leur sens de la priorité. J’aimerais que vous viviez une fois dans votre vie le spectacle hallucinant d’une femme en travail transportée sur une civière par des infirmiers qui zigzaguent dangereusement entre les véhicules lancés à plein pot.

Le bâtiment comporte quatre niveaux. Les concepteurs dans leur bienheureuse omniscience ont même installé les salles d’hospitalisation dans les étages. Seulement, ils ont oublié de prévoir un ascenseur. Alors, malade, mourant ou impotent, peu importe : le trajet se fait par le billet d’un escalier étriqué. L’ascension du Mt Cameroun en somme.

L’incongruité majeure de cette construction est sans doute le fait qu’elle ne soit pas alimentée en eau courante. Je ne plaisante pas. Le quartier souffre d’une grave pénurie depuis des années et l’hôpital en fait les frais : les robinets des nouveaux bâtiments sont presque toujours secs. Une société privée distribue certes de l’eau plus ou moins potable très tôt le matin, mais passé midi, les réserves sont généralement à sec. Alors, on fait sans. Tous les services nécessitant l’utilisation du précieux liquide s’arrêtent. Plus de pansements (vu que les instruments souillés ne peuvent plus être stérilisés, plus de toilettes, à moins que les odeurs ne vous effraient pas. Les accouchées sont généralement renvoyées chez elles dans les heures qui suivent leur accouchement, pour des raisons évidentes. Les foreuses de la société chinoise sensée réaliser un forage dans la cour se sont cassées les dents et on n’en a plus entendu parler- même pour réaliser un malheureux forage, on a besoin des chinois …

Vous n’avez sûrement jamais été dans une salle d’hospitalisation, à contempler les fesses poilues d’un malade qui se torche le cul après s’être soulagé dans un seau fermé et dissimulé sous son lit. Ça ne prête aucunement à rire, surtout lorsque sur le mur une affiche indique en gros caractères : BOUTONS LE CHOLERA HORS DE NOTRE PAYS !

Tout ceci est vérifiable, et hélas vrai. Pas besoin de crier au complot impérialiste, aux manœuvres déstabilisatrices et autres théories du complot imaginaires qu’on nous sert à longueur de journée pour justifier l’inertie et la gestion calamiteuse de notre pays.

Ça se passe ici, sous nos yeux, au Cameroun de Paul Biya, notre Cameroun.

Peace mes frères !

 

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Florian Ngimbis
Florian Ngimbis s’est fait remarquer en remportant le Prix du Jeune Ecrivain de langue Française 2008. Ses nouvelles ont été publiées dans plusieurs recueils et revues littéraires. Documentaliste diplômé de l’ESSTIC de Yaoundé, community manager et écrivain, il blogue à ses heures trop souvent perdues. Il vit à Yaoundé au Cameroun. Le blog Kamer Kongossa a été primé en 2012 lors des prestigieux Deutsche Welle Blogs Awards (The Bob’s) dans la catégorie « Meilleur Blog Francophone »
Florian Ngimbis

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21 réflexions sur “Tout va mal « Au Cameroun de Paul Biya », mais ne le dites pas

  1. Peace Ngimbis. Entre soif non étanchée et agonisant escaladant le « Mont Cameroun » que tu viens de décrire, il reste beaucoup à l’Afrique pour sortir du joug de ces démagogues. Sache que ça ne se passe pas qu’au Camer, ça se passe ici en Afrique sous nos yeux. Inchallah il viendra un jour où la jeunesse Africaine ne donnera plus son lait!

  2. En lisant ce billet, très beau soit dit en passant, j’avais mon imagination toute braquée sur nos deux mouroirs appelés CHU de Donka et l’hôpital Ignace Deen! Une véritable catastrophe sanitaire au vu et au su de nos dirigeants dont les malades mourants peinent à distinguer la silhouette derrière des vitres teintées des grosses cylindrées! Pauvres de nous!

  3. Florian, tu as oublié de signaler que même pour avoir accès à cette misère qu’on appelle hôpitaux au Cameroun, il faut faire des mains et des pieds, face à un personnel hospitalier plus qu’hautain. Dieu fasse que mon cas ne dépasse jamais le petit vendeur de médocs frelatés du quartier.

  4. la lecture de ce billet remet au gout de ma pensé des clichés qui lorsque j’y pense me font souffrir dans ma chair. Au Cameroun pays émergent en 2035, on construis encore des bâtiments de 4 étages sans ascenseurs, on construit des hôpitaux sur deux sites coupés par une route on construit bâtiment dit nouveau sans services administratifs.: Vive le progrès. Bon mon pays c’est pas seulement ça y’a aussi du bon dans les hôpitaux comme à l’hôpital de la cité verte ( http://fr.allafrica.com/stories/201108051126.html ) . Je dirais enfin c’est pas le Cameroun de BIYA c’est notre Cameroun.

  5. Une jeu intéressant : on peut compléter le titre de cette article de mille et une façons différentes, mais toutes rigolotes :
    Tout va mal « Au Cameroun de Paul Biya », mais « le gars tient bon ».
    Tout va mal « Au Cameroun de Paul Biya », mais « il n’est pas au courant ».
    Tout va mal « Au Cameroun de Paul Biya », mais « il va tout arranger quand il reviendra de vacances ».
    Tout va mal « Au Cameroun de Paul Biya », mais « ça ne le concerne pas chantou et les enfants vont bien ».
    Excellent blog mon gars, si j’avais une minute et le talent, j’écrirai des articles comme les tiens

  6. Parfois dans ce pays on à l’impression que l’intelligence est parti se promener et à oublier d’y revenir. Notre taux de tolérance à la bêtise atteint parfois des sommets insoupçonnable, la plus grande crainte c’est que même après Paul Biya on n’arrive plus à trouver une certaine normalité avant plusieurs générations, Mais heureusement quand il reste la dérision et l’humour on se dit que dans le fond il y a encore des gens biens et des choses bien. Et que peut être un jour il finirons par prendre le pouvoir. Et je me réveillerais dans un pays ou : le bus part à l’heure, ou le service d’hygène fait son travail pour éviter que la restauratrice et l’empoisonneuse ne fasse le même travaille, ou le taxi ne surcharge plus, où le policier conseil et protège le citoyen. Mon Dieu ! Quel rêve incroyable, une jour on pourrait se réveiller dans un pays normal…

  7. j’apprecis énormément vos plumes les gars mais pour quoi chaque fois qu’on parle de politique sur la toile,vous cachez et vos visages,et vos noms!!!je suis a l’étrangé mais je connais bien les problèmes de mon pays!il est vraie que c’est le président BIYA qui doit impulser le développement du Cameroun,mais devrait-il être aussi dans les bureau des fonctionnaires pour leur demander de bien accueillir les multiples citoyens qui au quotidien ont besoin de leur administration!? pour moi bien que je l’aime vraiment,il est claire maintenant que nous avons besoin d’un nouveau dirigeant mais le quelle le seul que je pouvais voter a l’opposition est GAGA HAMAN ADJI mais je le trouve déjà âgé pour mener a bien son programme pour les 7 ans a venir!

  8. c’est vrai mon frère, mais n’oublie que tout ce que fait le Cameroun, c’est à l’image de la france qui se prend pour bonne maitresse en terme de leçons

  9. c’est bien d’avoir la critique facile faut voir d’ou cela vient et par qui!!!!! j’ai le souvenir lors de mon séjours en 2009, quel stupeur pour moi de voir arriver en terre conquise mr fillion !!!!!! tiens donc que vient il faire ??? pourquoi la presse française est elle resté discrète sur ces dernières élèctions passé au cameroun ??? que veux nous caché l’ump sur les affaires africaine ??!! sont t’il également aussi droit que celà??!! pour que cette journaliste se sente le droit de tiré un portrait de cette souffrance!!!! a t’elle vu se qui c’est passé ici avec woerst , takédine ect… bravo pour l’investigation mais ici y’a de quoi faire également . encore un cas de camouflage pour l’interet de qui ??!! encore une fois?! tous le monde voit vite de qui je parle!!!!!!!!!!!!!!

    1. Mon cher frère c’est pas une question de critique facile. Même si nous pouvons accuser des impérialistes d’être à l’origine de notre sous développement, est ce eux aussi la cause de notre bêtise? Oui le mot n’est même pas assez fort car ça c carrément de la bêtise!!!! Les travaux de construction de cet hôpital sont passés par n niveaux de validation mais personne n’a vu tt ce que décrit Florian Personne!!! mais qui viendra le voir? Pa PAUL? de toute façon Chantou va bien Brenda et Junior aussi!!! Sarko ou Hollande??? OBAMA???? détruisez votre pays et accusez les autres!!!!
      C’est trop facile. Dans ce pays on doit tous les fouetter ces fonctionnaires et dirigeant, de l’agent de bureau au directeur en passant par les agent d’appui et commençant par le grand nkoukouma. Et vous savez où on doit les fouetter? au BOULEVARD DU 20 MAI, peut être après ça ils vont cesser de se considérer comme des gabonais vivant au Cameroun.
      Florian tu fais du bon boulot, courage frangin.

  10. tout va mal dans le pays du coucou-ma me personne ne peau parler ! passe que
    se le système en place qui donne la conduit a suivre ! se ça le Cameroun !
    au Cameroun le système es pourris mes on fait avec !

  11. meme aujourd’hui plusieurs moi apres votre article rien a change.j’arrive a peine au pays que je suis acceuilli par les incendies de douala(parfomerie gandou,quincailleries,marches etc…)au lieu de donner du pain et de l’eau au peuple du koukouma on lui sert du feu;ce peuple a qui je souhaite beaucoup de courage et lui dit qu’aucune situation ne dure trop jamais au point de s’eterniser.alors accrochez vous a vos reves;ne vous laissez pas detruire par ceux qui ont perdu les leurs depuis 30ans en sacrifiant leur humanisme pour se lier de pres ou de loin a la gestion de monsieur Biya et Cie

  12. J’aimerais contacter Fanny Pigeaud pour lui parler de ce qui se passe à l’Université des Montagnes , Bangangté, Cameroun. Elle pourrait m’adresser un mail pour me donner ses coordonnées.
    Pr Bernard Boneu

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