juil 25

Le retour du kongossa

Chers lectrices, chers lecteurs de Kamer Kongossa, toutes mes excuses pour le long silence. Entre les contraintes professionnelles et le froid de Yaoundé qui congèle les célibataires comme moi, difficile de trouver le temps d’écrire. Néanmoins, Août signe le retour de nos billets, croustillants ou non.

Pour la rentrée lundi prochain, on va s’attaquer à des félins via « Je suis camerounais, je suis une panthère ».  A lundi!

Peace!

 

Le kongosseur

juin 9

Je suis un Lion indomptable, je ne pars pas au Brésil

Volker Finke porte drapeau de facto

Volker Finke porte drapeau de facto

Je vais encore parler de foot. Coupe du monde oblige. Depuis quelques jours, le pays revit un scénario que nous autres avons appris à connaître lors des compétitions internationales. Grincements de dents, grèves, histoires de primes… Bref, du cinéma autour de la grande mangeoire qu’est devenu le football au Cameroun.

Coup de tonnerre hier lorsqu’on apprend que notre équipe nationale, oui les Lions Indomptables themselves ont refusé d’embarquer sur le vol qui devait les mener au Brésil. On apprend que la grogne fait date, que la veille, après le match d’au revoir contre la Moldavie, les gars ont refusé de prendre le drapeau des mains du Gouvernement et que comme en 1884 sur le Plateau Joss, c’est un Allemand qui a dû recevoir l’étendard vert rouge et jaune.

Cris d’orfraie, on tire sur ces lions cupides. Avides d’argent.

Je ris.

Pourquoi lorsqu’on parle de patriotisme, on en demande toujours plus aux sportifs, aux musiciens et autres artistes et non au fonctionnaire lambda ou au dirigeant x ? C’est simple : leur aura et leur talent ne sert qu’à cautionner le vol de hautes personnalités cachées dans l’ombre et qui les utilisent comme des marionnettes pour servir de caution à leur cupidité, leur avidité, leur malhonnêteté. Créateurs de richesses qu’ils ne mangent pas, voilà leur « devoir ».

Quel industriel camerounais parce que milliardaire laisserait quelqu’un s’emparer de son bien dans ce Cameroun ? Quel ministre parce qu’assis sur des monceaux d’argent acquis de façon plus ou moins licite laisserait quelqu’un s’accaparer de « son cinq francs » ? Œil pour œil, dent pour dent, les lions ont compris la leçon.

Patriotisme ? Je ris ! Au Cameroun les patriotes sont d’honnêtes gens mais pauvres et méprisés. Quelles valeurs de probité et de moralité cultiver quand les personnes adulées dans la société sont de respectables voleurs à col blanc ou blanchi, voleurs connus de tous et encore plus respectés pour cela ?

On demande du patriotisme aux Lions ? Minalmi ! Durant ce mondial, même les employés de la CRTV regarderont le match sur les chaines étrangères eu égard à la qualité pourrie de leur image qui ressemble plus à un film des années 70 qu’à autre chose. Et les commentaires…

Patriotisme ? Je ris ! Le MINFI a été obligé de signer une note la semaine dernière pour obliger les fonctionnaires en mission à emprunter prioritairement notre compagnie aérienne CamairCo quand ils font semblant d’aller travailler à l’étranger. Ah ! Comme on les comprend ! Quel patriotisme pourrait résister  au luxe et au champagne de la première Classe de Air France ?

Le sacrilège du drapeau remis à un étranger ? Je ris. Dans ce Cameroun, eau, monnaie, électricité, bois, sous-sol, pétrole, port, chemin de fer, qu’est ce qui n’appartient pas à ces étrangers ? Et même cette équipe d’un pays « indépendant » éternellement coachée par un « blanc ». Que n’a-t-on pas cédé, jusqu’à notre amour propre, et pour quel résultat ? Comme on dit, tu dors, ta vie dort et le voisin dort sur ta femme.

Plus sérieusement, je me pose des questions :

Les Camerounais ont-ils inventé le football ? Non.

Les primes sont-elles une exception camerounaise ? Non.

Le Cameroun n’est-il peuplé que de personnes incompétentes incapables de gérer ce malheureux secteur du football ? Non.

Alors qu’est-ce qui fait que depuis des décennies, les questions relatives à la gestion de l’argent du foot en général et des primes octroyées aux footballeurs en particulier posent tant de problèmes ? Sorcellerie ? Non, le vol mes frères. La corruption. Les détournements. Chaque fois dans ce pays, que pour une raison ou pour une autre on met des lustres à résoudre un problème, chaque fois qu’on semble dans l’impasse en termes de solutions, chaque fois qu’on se demande pourquoi le simple bon sens ne vient pas mettre fin à une situation ubuesque, oui chaque fois que ça arrive, c’est le signe que quelque part, des gens dans l’ombre entretiennent un flou artistique destiné à leur remplir les poches et à consolider leur emprise sur un secteur.

La Coupe du monde ? Je ris quand j’entends les gens en parler comme d’un rendez-vous majeur, une « vitrine » pour notre pays et blablabla. La réalité est plus dure et on doit l’assumer : vaste réseau d’immigration, gouffre à fric pour l’administration, délégations fantômes, budgets imprononçables pour emmener des concubines dorer sur les plages de Copacabana. Tant pis pour les naïfs qui persistent à croire que le football n’est qu’un sport, un jeu. Les vampires de l’ombre eux ont compris. Supermarché pour les uns, opium pour les autres et nous le petit peuple, on crie, on danse, on ferme les yeux comme toujours.

On pourrait polémiquer sur le montant des primes. On pourrait polémiquer sur plusieurs aspects de cette histoire d’ailleurs et sur les écarts de conduite de ces Lions que je ne prétends pas défendre. Mais c’est l’arbre qui cache la forêt ! Et cette tendance qui consiste à dire que les Lions manquent de patriotisme, et « n’ont pas pitié des caisses de leurs pays » est une affabulation, montée de toutes pièces par ceux qui sont de vrais prédateurs pour ce pays.

Au moment où j’écris ceci, je me doute bien qu’ils iront au Brésil nos Lions (ils sont finalement partis NDLR), car comme à chaque fois, on aura un plan, un émissaire qui sur « Hautes instructions du Président de la République » se ramènera avec une valise de fonds. On gérera le pays comme on le fait depuis toujours, dans l’urgence et non sur la durée.

Allez les Lions ! Buvez la bière ! Sortez le soir, battez-vous avec vos concubines, et puis réclamez votre argent. S’il ne sort pas, refusez d’embarquer. S’il sort, embarquez et allez vous promener au Brésil et rentrez le premier tour achevé. Ce faisant vous n’aurez rien fait d’exceptionnel, vous serez les dignes monstres du système qui vous a créé. Nous on fait pareil, on boit on danse, et on n’a même pas le courage de nous plaindre comme vous. Eau, électricité, télévision, on paye, on ne voit rien, on se tait. Il y a quoi ? On joue le jeu.

Peace !

juin 4

Je suis camerounais, je déteste Idrissou

Mohamadou-Idrissou-Cameroon_2408203En me réveillant mercredi dernier, j’ai trouvé un peuple camerounais énervé. Dans la rue, dans les taxis, dans les bureaux, il n’y en avait que pour un homme : Idrissou Mohamadou. Joueur de l’équipe nationale de football, notre ami Idrissou a eu un seul tort, lors du match de préparation des Lions contre le Paraguay, le Cameroun, mené à la marque réussit à obtenir un penalty qui, transformé, lui permettrait de revenir au score.

Voilà Idrissou, ignorant du caractère dangereux de sa décision qui décide de tirer le penalty. Un proverbe chez nous dit « la malchance dépasse la mort ». Comme quoi il vaut mieux mourir qu’être malchanceux. La malchance attendait Idrissou au tournant, ou plutôt, au bout de la godasse. Tributaire d’une prestation médiocre (doux euphémisme) durant le match, notre frère voulait sans doute se rattraper. En l’absence du grand 9 Samuel Eto’o notre sauveur, tireur officiel de penaltys, de corners, de coups francs, Idrissou du haut de son ancienneté sûrement (je ne vois rien d’autre) récupère le ballon et voilà notre champion qui s’élance, tire et voit son shoot dévié par le gardien paraguayen.

Fin de match quelques minutes plus tard et dès le soir même, le quidam est livré à la vindicte populaire et celle des médias : à mort Idrissou le « loupeur de penalty ». Le peuple ivre de sang et de rage face aux prestations d’une équipe bancale et sans fond de jeu réclame la tête du jeune homme. A mort ! A mort ! J’ai ri hein. J’ai vraiment rigolé. Les contradictions du peuple camerounais me surprendront toujours.

Jamais dans un pays l’expression « opium du peuple » n’a eu autant de sens. Parfois j’ai envie de me dire que cette histoire de football encore plus qu’ailleurs est une espèce de sorcellerie qui a hypnotisé tout un peuple au point de lui faire perdre tout esprit critique et même la raison. Les exemples abondent hein ? En 2005, j’ai vu des gens ivres de colère rechercher le domicile de Womé Nlend (pas pour le féliciter hein ?) dont le seul tort avait été de louper un penalty synonyme de qualification pour la Coupe du monde.

En 1998, j’ai assisté avec étonnement à la chasse aux « Blancs » suite au refus un but de Omam lors d’un match de Coupe du monde contre le Chili. L’arbitre était blanc, donc, à mort ceux de sa race. J’ai même halluciné en 1994 quand j’ai vu le peuple camerounais manifester dans les rues à cause de la non-sélection de Ndip akem Victor ! Du coup, je m’interroge : que se passe-t-il dans ce pays ? Voilà un peuple, à qui on coupe le courant sans prévenir, un peuple qui meurt aux urgences du fait de l’absence de quelques C fa, un peuple qu’on mâche, broie, écrase sans qu’il ose ne serait-ce qu’élever un petit aïe de douleur légitime, un peuple coutumier des abus et des injustices d’une minorité qui a pris en otage ses richesses, sa justice, sa liberté.

Oui, voilà un peuple qui souffre, mais se tait… pour n’ouvrir la bouche que lorsqu’un Idrissou loupe un penalty. Non ! On se fiche des délestages sauvages, des morts aux urgences des abus, mais non ! Idrissou ne doit pas louper un penalty ! Debout enfants de la patrie ! Le jour de lynchage est arrivé. Lynchons ce vampire ! Massacrons-le ! louper un penalty ! Lors d’un match de préparation ! Pour un Mondial dont nous ne franchirons sûrement pas le premier tour ! Ah non ! Cela ne se peut pas ! Même en empruntant une dizaine.

Camerounais de tous bords, indignez-vous ! On a soif, on peine à se laver. Il n’y a pas d’électricité, Internet court moins vite qu’une tortue, les opérateurs téléphoniques font de la surfacturation à ciel ouvert, le détournement est le sport du pays le mieux partagé, mais non, ne nous en émouvons pas, laissons leur une chance, en 2035 ça ira. Pour l’instant, inquiétons nous de ce football qui va mal. De ces penaltys qu’on loupe. Là réside le mal de notre époque. Les trains peuvent partir en retard, les avions de Camair-Co oublier les bagages, les bus tomber en panne en plein « axe lourd ». Non on ne se plaindra pas, ce sont des choses qui peuvent arriver. 

La police peut nous tracasser pour des affaires de carte d’identité, les rues de nos villes peuvent être parsemées de nids de poule, le planton lambda peut bloquer un dossier important, ça va. On gère. Et puis hein, notre roi est sur le trône depuis trente-deux ans et jamais au grand jamais, durant les élections il n’a tiré à côté ! Notre roi marque toujours. Il faut suivre l’exemple ! Ne nous plaignons pas. Payons nos factures sans rechigner, payons nos impôts sans demander dans quelle poche ils finissent, ni à quoi ils servent, votons sans demander quel candidat profitera de notre vote, mais jamais au grand jamais ne tolérons un penalty loupé. On peut supporter les voleurs à col blanc, les criminels économiques, les coopérants-vampires, les sangsues de la fortune publique, mais jamais ne tolérons un Idrissou dans nos murs.

Quelqu’un m’a dit mon « frère ! Laisse ! C’est un envoûtement collectif », mais des fois, je suis d’avis comme un de mes aînés que tant que le prix du maquereau et de la bière resteront stables, la « paix » sociale ne sera jamais ébranlée dans ce pays. Notre fameuse paix, absence de guerre, mais avec les chiffres d’un pays en conflit. On me souffle dans l’oreillette que le prix de la bière aurait d’ailleurs été revu à la baisse, vous voyez hein ? Assia Idrissou! On aura moins de délestages lors de la Coupe du monde. Même le gouvernement sait qu’on ne peut tolérer les délestages à cette période. Donc, ne viens pas mettre du sable dans notre tapioca, passe avec ta malchance.

Peace!

avr 28

Je suis camerounais, j’aime AES Sonel

aes-soel-kongossaIl y a quelques jours je me suis réveillé au son d’une nouvelle stupéfiante. Jésus, le Nazaréen, celui par qui tout a commencé serait apparu dans un domicile quelque part à Yaoundé. En amoureux du kongossa, j’ai pris mon bâton de pèlerin pour l’aller voir, je n’ai rien vu. Bon, on m’a dit qu’il me fallait des lunettes de vision céleste. Qu’il fallait que je regarde non avec les yeux physiques, mais avec les yeux de la foi. Apparemment ma foi était diaboliquement basse du coup au lieu de la figure altière de notre Seigneur, je n’ai contemplé qu’un mur plein de moisissure. Je suis rentré chez moi déçu. Car oui j’avais espéré un miracle.

Je me demande pourquoi les gens vont chercher si loin des miracles. On a pourtant dans notre société des entités qui à l’instar du Christ font des miracles tous les jours. Moi mon Jésus s’appelle AES Sonel la compagnie camerounaise/américaine de fourniture d’électricité.

Si! Si! Les miracles effectués par AES vont au-delà du paranormal.

Suite à un envoûtement il y a quelques années, nos dirigeants qui soit dit en passant sont prisonniers d’un sortilège d’inertie depuis une trentaine d’années ont choisi de céder la compagnie nationale d’électricité à un consortium américain: AES.

Que ne nous a-t-on pas promis?AES Sonel, à défaut de multiplier les pains, a promis de multiplier les mégawatts. On a dit amen.

A défaut de chasser les démons, ils ont promis de chasser l’obscurité. Alléluia!

A défaut de changer l’eau en vin, ils ont promis avec leur disciple le gouvernement d’utiliser le formidable potentiel hydrologique du pays pour produire de l’électricité. Amen!!!

Ils ont fait ce qui se fait de mieux au Cameroun, les grandes annonces. Sur le modèle de notre Roi, AEs nous a pondu les grandes Illuminations. Un tourbillon d’annonces censées servir de prélude à une vraie révolution énergétique. Centrales thermiques par-ci , mégawatts par là, déficit à combler blablabla. La plupart d’entre nous se voyaient déjà dans un Cameroun changé, éclairé, industrialisé.

Depuis lors on a découvert l’envers du discours, et les béatitudes selon AES-Sonel nous sont apparues dans toute leur splendeur.

Heureux les pauvres en électricité, car le Royaume de l’obscurité est à eux.

Heureux les électrocutés, car ils seront dispensés de douleur.

Heureux les aveugles, car ils posséderont le pouvoir dans l’obscurité.

Heureux les assoiffés et les affamés, car ils seront rassasiés de bière chaude et de nourriture avariée.

Heureux les mougous, ils payeront des factures d’entretien de compteurs à l’arrêt.

Heureux les médecins, leur travail sera simplifié grâce aux coupures de courant pendant les interventions.

Heureux les chauffards, ils seront dispensés de feux de signalisation

Heureux les voleurs et les agresseurs l’éclairage public deviendra obsolète.

Heureux êtes-vous Camerounais quand on vous insultera, qu’on vous persécutera, et qu’on dira faussement que vous industrialiserez votre pays en 2035 grâce à l’électricité.

Soyez dans la joie et l’allégresse, car votre récompense sera grande dans les cieux : c’est bien ainsi que vous ont persécuté la Camerounaise des eaux, Orange, Camtel, CamairCo et tous les autres sorciers établis dans ce pays.

Et ils ont tenu parole!

Ah! Qu’ils sont beaux ces week-ends calmes et reposants ces week-ends de délestage. Pas de télé, pas de radio, pas de lumière, pas de bruit. Le farniente!

Ah! Les fêtes avec AES Sonel. Grâce à eux, je replonge en enfance, avec ce fameux jeu des chaises musicales. Vous vous souvenez? Musique, puis on coupe et le malchanceux n’ayant pas pu s’asseoir est éliminé. C’est ça les fêtes avec AES-Sonel. Que du bonheur!

Ce que j’aime moins, c’est leur slogan. Je ne sais pas d’où vient ce « energizing Cameroon » si loin de leur travail, leurs missions, leurs objectifs.

Je verrais bien un « AES Sonel, Obscuriting Cameroon » ou un « AES Sonel, l’obscurité vue autrement ». Le nom de leur site est plus proche de la réalité. « aessoneltoday.com »  Oui l’électricité au jour le jour. Ne vous souciez pas de demain, si vous avez déjà l’électricité aujourd’hui, chantez et poussez des cris d’allégresse. Amen!

La minute science. (musique en fond sonore façon « c’est pas sorcier »)

Le saviez-vous? Grâce à AES-Sonel, il a été démontré que le couple vent+pluie= coupure de courant. Oui, personne ne sait comment ils ont réussi à énoncer ce théorème, mais son application au quotidien nous a permis d’en vérifier la véracité. Oui oui, dès les premières gouttes, que dis-je? Dès les premiers nuages noirs dans le ciel camerounais, les techniciens de AES Sonel réglés comme des coucous suisses nous coupent le courant. Physique élémentaire selon certains : l’eau et le courant ne font pas bon ménage.

AES a réussi un autre exploit, nous faire regretter la Sonel. L’ancêtre au moins avait le respect des autorités hein? On coupait le courant dans tout le pays, sauf à Yaoundé et à Douala. AES-Sonel ne respecte personne. Le courant part partout.

Néanmoins il ne faut pas voir ça dans le mauvais sens, notre chère compagnie d’électricité a redistribué les cartes sociales. Oui, le Cameroun est un, l’obscurité est une. Plus de pauvres, plus de riches, plus de classes sociales. Bastos, Miniferme, ambassades, bidonvilles, on coupe pour tout le monde. Ce n’est pas beau ça? ça me donne des envies de gueuler l’Internationale.

AES-Sonel nous apporte joie et bonne humeur. Chaque retour de courant plonge la ville dans l’euphorie. Ces cris, tout droit sortis de milliers de poumons pour célébrer le retour de l’électricité. Il n’ya que Eto’o qui fasse mieux.

Et puis que voulez-vous? AES nous fait tant rigoler des incongruités de ce pays, tiens comme dernièrement. Ils doivent être nombreux les Camerounais qui en lisant dans les journaux que le gouvernement voudrait se lancer dans un projet de construction d’un tramway à Yaoundé ont ri. Oui, intéressant jusqu’à ce qu’on se rappelle que tramway là, ça fonctionne à l’électricité. C’est pas amusant ça? Pas sûr qu’on ait consulté notre chère Compagnie avant ça.

Nous devons remercier notre compagnie. Comment leur en vouloir d’ailleurs? Ils nous le répètent chaque jour: nous aussi nous souffrons des délestages! Oui AES souffre, on peut le constater quand en allant payer une facture, on s’entend répondre par la caissière: « Vous ne pouvez pas payer hein? il n’y a pas de courant ». Euye!

Oui à l’image du Christ nos chers compatriotes de AES Sonel ont décidé de souffrir des délestages avec nous. Ils ont choisi de s’infliger ce chemin de croix dans l’obscurité, la rage, l’incompréhension.

Comme nous, ils ont décidé de manger en se demandant le temps passé par la nourriture dans un frigidaire éteint.

Ils ont décidé de regarder les matchs en priant pour voir tous les buts.

Ils ont décidé de se faire opérer en priant pour qu’une coupure n’abrège pas l’opération.

Ils ont décidé de se tourner les pouces au bureau en attendant que le courant daigne revenir

Ils ont décidé de vivre dans un Cameroun tournant au ralenti, sans lumière, sans énergie.

Ils vont même très loin dans ce désir d’immersion hein? Parfois tout leur staff délaisse les bureaux climatisés de leur siège pour aller dans nos bidonvilles faire les beaux devant les caméras de Canal 2. Ils nous présentent leurs têtes à la télé, l’air de dire: vous voyez? Nous sommes des humains comme vous, nous transpirons!

Nous devons les remercier. Nous devons, nous incliner devant l’efficacité de ces gens chers payés pour un travail aussi obscur. Et d’ailleurs ils nous le disent tous les jours hein? Ils ne sont pas les seuls responsables. L’Etat du Cameroun en tant qu’actionnaire a aussi sa part de responsabilité. Mais bon, c’est l’histoire de l’humanité: quand on dit Ali Baba et les quarante voleurs, tout le monde retient le nom d’Ali Baba, les autres voleurs sont des inconnus cachés dans l’ombre.

Et puis comment ne pas applaudir leurs efforts. Easy Light. Ou comment payer l’électricité dans une agence en ligne. Heu… oui sur Internet, heu comment utiliser Internet quand on n’a pas de courant ? Bon, passons.

La vie n’est pas facile hein? Même pour AES-Sonel, ils ont besoin de temps. De beaucoup de temps. L’an 2035 est encore éloigné.

Et puis, l’électricité c’est comme le Christ hein? ça fait plus de deux mille ans qu’on attend son retour, qui mourra de quelques décennies d’attente de plus?

AES-échec, AES-ndèm, AES-obscurité, arrêtez avec ces sobriquets ridicules. Rien ne marche dans ce pays à part les bars, pourquoi en vouloir à notre innocente compagnie? On peut certes avoir des envies de meurtre en avalant une bière chaude, mais bon, ça arrive…

Arrêtez tout autant de dire que AES-Sonel sabote la marche vers l’émergence hein? Construisez d’abord les usines, on verra comment les alimenter en électricité ensuite.

Ah! AES-SOnel, quand les Camerounais marchent dans la vallée de l’obscurité et de la chaleur, ils ne craignent aucun mal. Ils savent qu’à deux heures du matin, l’électricité reviendra. Quand ils seront endormis. Et le jour, pas besoin d’électricité, il y a le soleil , pour éclairer la stupidité de nos dirigeants et l’échec de tout un système.

Amen!

avr 1

Je suis camerounais, je vais me marier

la femme c'est combien ici?

La femme c’est combien ici? Augmentez le prix! On va acheter!

Quand j’étais gosse, ma mère m’a fait lire la Bible dans son intégralité. J’ai détesté les radotages de prophètes aux noms étranges là, j’ai rigolé de Samson le premier (et sûrement pas le dernier) homme berné par une liane. Job alias Akaomanga l’ancien riche, Jésus le super héros qui fait du waterwalk , version aquatique du moonwalk. Bref, c’était bien. Mais, j’ai tiqué sur cette partie de la Genèse où Dieu endort l’homme et crée une femme, puis ce fameux verset « C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, et s’attachera à sa femme, et ils deviendront une seule chair ».

Je suis certain que ce verset est le début de la majorité des problèmes de l’humanité. J’ai un proche parent, qui vivait tranquillement sa petite vie et qui du jour au lendemain a décidé de quitter non pas son père et sa mère, mais sa tranquillité pour aller faire une seule chair avec sa bien-aimée. En un mot comme en mille : mariage.

Un matin. J’essaye de justifier mon salaire au bureau. Coup de fil : ma mère. J’ai envie de laisser sonner. Ma mère qui m’appelle à cette heure, c’est soit les « ton père a fait ceci », soit les « ton père n’a pas fait pas ceci ». Bref, une interminable séquence de lamentations. Bon, je décroche.

Mater : tu sais que ton frère Mboutman se marie bientôt ? Il doit aller demander la main de sa go dans un mois.

Moi : euye !

En une décision, matérialisée par une phrase, le destin de Mboutman venait à son insu de basculer du côté obscur de la force.

Quel est ce conditionnement psychologique qui fait qu’un mec à peine sa situation financière stabilisée n’a de réflexe que la recherche de l’instabilité ? Ne me sortez pas vos « le mariage c’est la stabilité » machin, je fréquente des hommes mariés, et même quand ils rient on a l’impression qu’ils pleurent.

Le mariage en réalité est une oasis dont les puits sont asséchés. Comme si ça ne suffisait pas, pour y parvenir, il faut traverser un désert parsemé d’embûches dont la principale a pour nom la dot. Donc, quand j’ai entendu mariage, j’ai compris dot.

Coup de fil une semaine plus tard : mon père, le grand sabitou manitou. Le grand-amiral convoque les troupes. Réunion de crise au domicile familial. Ce qu’il faut savoir c’est que l’amour c’est un homme et une femme, mais le mariage c’est une affaire de famille hein ? Donc, toi le gars qui décide de te marier, tu as rang de spectateur, les choses étant gérées par le chef de famille, ton père ou un oncle influent.

Réunion.

Le Pater : Mboutman!

Mboutman : Paaa !

Le Pater : elle est de quelle région ta bien-aimée ?

Mboutman : Eton

Moi+mes frères+ le chat : euye !!!

Ceci n’est pas du tribalisme hein, mais ce qu’il faut comprendre c’est que le tissu ethnique camerounais est tellement dense et divers qu’il importe de savoir l’ethnie d’origine, car de cela dépendra la dot.

Pour le coup, ce n’était pas une bonne nouvelle. Les Eton ont de jolies fille, mais de larges poches.

Mboutman devant nos mines renfrognées nous sort le laïus des gars naïfs : « Ils savent que je sors à peine de l’école, je me cherche encore » blablabla. J’ai eu envie de lui dire mouf ! On t’a dit que le chasseur demande l’âge du pangolin avant de le tuer?

Dans la réalité, l’ennemi (oui la famille de la fille) dispose d’une cellule de Renseignement qui étudie le profil du prétendant, sa famille (antécédents de sorcellerie ou pas ?), ses acquis, ses ambitions, les perspectives de rentrées financières. S’il dispose d’un milliardaire dans sa famille, ce n’est pas le jour du mariage que l’adversaire le découvrira. Rien que le nombre de zéros sur le montant de la dot prouvera l’efficacité du Renseignement.

La bataille de toqué toqué

Le toqué toqué encore appelé tocage en référence à l’action de toquer à la porte est la cérémonie de vol durant laquelle le prétendant vient affirmer ses ambitions et le père de la fille donner ou refuser son accord de principe pour l’union.

Le tocage de Mboutman était particulier : Mboutman et sa go ont déjà un enfant. Les gars de maintenant hein ? Bref, tension palpable. Le père n’a toujours pas digéré l’affront. La mère cause avec ses sœurs, « tu ne peux pas élever l’enfant et l’oiseau vient picorer » Massa ! La mère là sait même qu’on comprend l’Eton ?

Nos agents de renseignement nous avaient prévenus : il dira oui, mais il faut lui graisser sa langue.

Le père inspire, expire. Pour éviter qu’il respire trop longtemps en oubliant de parler, on glisse une enveloppe. Il  dit deux phrases, soupire, se tait, on fait signe à mon frère qui rapproche le respirateur : une autre enveloppe. Ainsi de suite, l’oxygène, pardon, l’argent aidant, le père parle. Au point que pour éviter qu’il parle trop, on est même obligé de le couper avec une autre enveloppe.

Aussitôt l’accord de principe obtenu des messagers juchés sur des coups de fil téléphoniques Orange et MTN galopent jusqu’au village : préparez les listes, on a « un gibier » dans la besace.

Opération dotarossa

Quelques mois plus tard : coup de fil du grand-amiral. Réunion de crise : la liste de la dot vient d’arriver.

En pauvre naïf, notre ami Mboutman croyait trouver dans sa dot des choses simples et symboliques : pagnes, kolas, huile, vin. Ils y étaient tous, mais en plus il y avait des incontournables, porcs, chèvres, sacs de riz et aussi des demandes pour le moins étranges : appareil photo numérique de 16 Mpixels (adjéwa !), Modem internet Camtel haut débit (tu ne connais pas la route de Camtel ?) moto de marque Nanfang (on vous encourage à devenir bendskinneurs?)… Sans oublier de rondelettes sommes en liquide.

La liste des belles-mères aussi m’a fatigué. Au milieu des marmites « macocotes » des filets d’oignon, pagnes « SICAM » et autres, se retrouvaient des demandes comme « une douzaine de caleçons » ou « une douzaine de chaussures ».

Moi : mais papa je dis hein ? La symbolique du caleçon dans la dot chez les Eton c’est quoi n… ?

Un regard de Mboutman m’a fait taire. Faut pas énerver les gens énervés.

A l’issue de la lecture, discours de mon père. On aurait dit de Gaulle le 18 juin 1940. Sauf qu’il n’était pas question d’armes, ni de résistance, mais d’argent, de nkap. Les millions réclamés par les Eton devaient être versés pour maintenir l’honneur de la famille. Quelle famille ? Un gars part chercher les problèmes nous on paie ? Mais bon, je ne l’ai pas dit hein ? Les résistants fusillent les traîtres.

Après avoir promis chacun une quote-part dont j’ai prononcé le montant les larmes aux yeux, le grand-amiral a levé la séance. Lors du prochain conseil d’état-major, il sera question d’élaguer la liste de l’ennemi, et dans un jeu de « donne! Je ne donne pas! » l’amener à réduire de façon drastique ses prétentions. « Surtout en termes de caleçons » ai-je appuyé. Mon argent n’achètera pas de caleçons aux Eton !

Mais cette guerre est usante hein ? Mon frère Mboutman souffre déjà de stress post-traumatique. Il me confiait dernièrement que parfois la nuit il fait ce cauchemar où des vieux Eton le poursuivent tout nus en criant « donne-nous nos caleçons! ». Il m’avouait aussi que chaque fois qu’il passe devant un magasin, et qu’il voit des prix sur des appareils électroménagers par exemple, il ne peut s’empêcher de faire la conversion : ma femme vaut trois télés Samsung plus un réfrigérateur plus…

Le stress qui le rend vraiment malade l’affecte au point que parfois en contemplant les frasques de sa bien-aimée qui bien entendu n’a pas arrêté de rester femme avec ce que cela implique comme caprices, il ne peut s’empêcher de penser « je fais même tout ça pour qui non ? ».

Massa! Dire que le pauvre n’est même pas encore marié qu’il commence à perdre ses cheveux!

Le gars a failli tomber en syncope dernièrement quand on lui a appris que chez les Eton on dote parfois les enfants de sexe féminin nés hors mariage. Une brigade de terroristes envisage même déjà d’inclure la dot de la fillette dans la dot globale. Nous on ne négocie pas avec les terroristes, donc on prépare nos missiles antimissiles Patriot.

Bref, les négociations se poursuivent. Quand je vous annoncerai que je viens d’acheter un pardessus antipoussière, sachez que je vais assister à la dot chez les Eton. on ira avec les pagnes, les chèvres, les porcs, les oignons, mais wallaï! il n’y aura pas de caleçons dans nos bagages.

Courage mon frère! Votre amour triomphera de la bêtise qu’on camoufle sous le vocable « tradition ».

Affaire à suivre.

Peace!

 

 

 

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