mai 16

Grattez le costume, vous trouverez le camerounais!

Sapeurs congolais Source: c-est-toi-le-congolais.over-blog.com

Ce week-end j’ai fait une rencontre du troisième type. 19h. coupure de courant. Ne pouvant honorer la femme de ma vie, mon ordinateur Pauline, qui comme moi ne supporte pas de le faire dans le noir, je suis sorti.

Rien de spécial jusque là, sauf qu’en sortant, j’ai mis un costume. En fait, je devrais dire LE costume car c’est le seul de ma maigre garde-robe. Il ne s’agit pas de n’importe quel costume hein? C’est un joli deux pièces sur mesure en semi laine couleur bleu Facebook. Je l’ai baptisé costume RP, comme Relations Publiques. C’est celui que je mets pour me faire recevoir dans les endroits où on ne reçoit pas souvent les gens, pour me faire ouvrir les portes qu’on n’ouvre pas souvent aux gens, pour faire sourire les bouches qui ne sourient pas souvent aux gens. Dieu sait s’il yen a dans ce Cameroun.

Dérogation spéciale, hier j’ai mis mon costume RP pour draguer.

Ca s’est passé à l’arrêt de taxi. Une jolie liane tropicale, grande comme un palmier, à moins ce soit moi le nain. Beauté sophistiquée et artificielle. Pas mon genre, mais le genre seyant avec mon costume. « Bonsoir! » ok je vous épargne mes techniques d’approche. Un resserrement de noeud de cravate plus tard, nous étions partis sur le sentier de l’amour. Sérieusement, j’étais fier hein? Fier de mon costume grace auquel je venais de réaliser en plus d’une belle prise, une économie de salive, de maux de têtes, d’imagination et de mensonge. Je voyais dans ce costume bleu Facebook, l’ami, le confident. Ignorant de la traîtrise et de la perfidie qu’il cachait derrière ses doublures.

Premier couac. J’emmène la jouvencelle dans mon bar favori. Un petit bar de seconde zone, authentique, vrai, chaleureux. Un bar où tout le monde me connaît et où je connais tout le monde. Dès l’entrée la gourgandine m’arrête « Pardon, allons dans un snack. C’est quel endroit où tu m’emmènes comme ça? »

Obligé de faire demi tour pour rallier un endroit qu’elle prétend « chic ».

Taxi! Deux places 300F Poste!

Elle manque s’évanouir. Pardon! si tu ne respectes pas ton costume, respecte moi au moins. 300??? Prends même le dépot non? les gens nous regardent.

1500 gros CFA plus tard, j’ai commencé à comprendre, ce maudit costume ne disait pas qui j’étais, il avait dérobé ma personnalité, me substituant un autre qui n’était pas moi.

Arrivée devant le snack. Un de ces endroits fréquentés par des snobs qui vous regardent de haut, un de ces endroits froids et impersonnels, sièges du m’as-tu-vu où le seul luxe consiste en des chaises en faux inox chromé et un écran plat, le tout baignant dans une lumière tamisée qui semble crier : MADE IN CHINA!

Vous désirez?

Une castel!

J’ignore ce qu’elle a pris, mais lorsque j’ai empoigné ma bière pour me désaltérer à même le goulot. j’ai entendu

S’il te plaît prends un verre.

J’ai desserré le noeud de ma cravate. Le piment avait commencé à me monter au nez

J’ai faim!

Nous sortons. Alors que j’essaie de l’orienter vers de bon gros maquereaux appétissants en train de prendre des bains de chaleurs sur des foyers rougeoyants, le corps enduit de purée d’épices, la sorcière prend l’intérieur du virage et me détourne vers un vendeur de poulets rôtis. De malheureux poulets rachitiques dont le prix de vente augmente non à cause de la saveur, mais de tout l’équipement de luxe qui préside à leur cuisson .Rien dans l’assiette, tout autour.

J’ai passé la soirée ainsi, à acheter plein de trucs inutiles mais chers, à écouter une musique tout droit sortie d’un cimetière, à gérer ma furieuse envie de me gratter les couilles. Tout autour de moi, du « Monsieur », du « Grand Boss », du « Grand » un respect hypocrite que je devais à mon costume RP.

Vers 21h, après avoir englouti la moitié d’un poulet, avalé trois verres d’Absolut Vodka, la belle a dit « rentrons! ».

J’ai déployé  les ailes de mon costume dans un arge mouvement aérien. laissé un pourboire à la serveuse dont le regard carnassier épluchait chacun de mes gestes. Un autre pourboire au videur qui comme dans les films est allé nous stopper le taxi -mon frère! je t’ai envoyé? Et puis nous sommes partis. Station à la boulangerie: madame voulait un dessert -et alors? t’a pas vu la vendeuse de mangues devant le snack? C’est dans le taxi, tout en mâchouillant une pizza miniature -tu parles d’un dessert! – que la sorcière me dit: bon écoute, là je vais devoir rentrer, je dois me lever tôt. Tu m’appelles demain ok?

J’ai voulu dire un truc bizarre, mais mon costume m’a regardé droit dans les yeux: pas aujourd’hui petit, respecte moi! Toi, attends qu’on rentre me suis-je dit.

J’ai fait arrêter le taxi, je suis descendu en quasi voltige et sans payer. Arrête moi si tu peux! Stoppé un nouveau taxi: 100francs Efoulan! Au diable le regard surpris, je suis rentré chez moi.

Ce sale costume a vomi ce qui me restait de fortune dans ses poches. Pas grand chose. La rage au coeur je l’ai plié et relégué au fond d’une valise que j’ouvre tous les six mois. J’ai amoureusement caressé mon vieux jean délavé et je me suis excusé pour mon infidélité. Rencontre du troisième type? Tu parles! Entretien avec un vampire oui!

 

 

mai 11

Au Cameroun, la pluie c’est parfois le beau temps

Source: afriqueredaction.com

Lorsque j’étais gosse, j’adorais la pluie. Lorsqu’il pleuvait le matin alors que j’étais encore à la maison, j’exultais. Cela signifiait pas d’école. Lorsqu’il se mettait à pleuvoir alors que j’étais en classe, je jubilais. A cause du mitraillage des gouttes sur la toiture de tôle, le maître devenu aphone hurlait : « dormez ! ». Ce qui ma foi, est le rêve de tout écolier.

Donc, avant, j’aimais la pluie, mais ça c’était avant. Aujourd’hui, lorsqu’il pleut, je transpire d’inquiétude. Si la pluie se déclenche alors que je suis au bureau, j’angoisse à l’idée du patinage artistique que je vais devoir effectuer sur la pente boueuse menant chez moi.

J’angoisse en imaginant la bousculade due à longue file de travailleurs attendant un hypothétique moyen de transport. A croire que définir une politique de transports efficace pour une ville de deux millions d’habitants relève de la sorcellerie. Mais non, on construit des parcs floraux et des boutiques.

Quand il pleut et que je suis chez moi, j’ai la haine. La haine vis-à-vis de mes voisins. Ces camerounais bizarres, qui profitent de la pluie pour vider leurs poubelles dans le torrent quand il ne s’agit pas de la vidange des fosses septiques.

Quand il pleut, je sors les bougies. Notre très respectée AES SONEL ne manquera pas de nous plonger dans le noir. En saison sèche le prétexte des délestages est l’étiage, la baisse des eaux. En saison des pluies un autre prétexte surgit : les orages, la foudre, le tonnerre… j’ose croire que le changement climatique qui est en train de remodeler le climat yaoundéen créera une saison hybride qui permettra qu’on ait l’électricité tous les jours.

Vous savez que la Société de distribution de l’eau dans ce pays, nous affirme souvent, que les coupures d’eau sont dues à la pénurie d’électricité qui ne permet pas que les pompes acheminent l’eau dans le réseau. Donc, pendant un orage, pas d’électricité, pas d’eau. Si! Si! Il faut vivre au Cameroun pour écouter des fables pareilles.

Même si je suis souvent heureux de contempler mes réserves d’eau à l’issue de la pluie, ma joie est de courte durée, car ce n’est pas bon pour le moral de passer une soirée assis, seul, dans une pièce faiblement éclairée par la lueur tremblotante d’une bougie tandis qu’il pleut dehors. Effet caverne de Neandertal garanti.

Après lecture de ce qui précède, vous déduisez que hier il a plu, j’ai gagné la médaille d’or du patinage dans la boue, j’ai passé ma soirée seul, dans l’obscurité, ma cour ce matin était pavée de déchets innommables déversés en amont par mon voisin durant la pluie et que pour aller au travail ce matin je me suis lavé avec de l’eau de pluie récoltée la veille. Expérience douloureuse s’il faut prendre en compte les démangeaisons qui m’ont fait danser un smurf improvisé cinq minutes après.

Ce qui met en rogne, c’est la conversation entendue dans un taxi tout à l’heure :

Deux jeunes gens:

- Dis donc! heureusement qu’il a recommencé à pleuvoir, la chaleur a un peu diminué et la corvée d’eau est terminée.

- Oui mon frère seulement je ne peux plus mettre mes tennis blanches je vais attendre demain, la boue de la montée aura séché.

- Ok ! espérons seulement qu’il ne va pas pleuvoir samedi, il faut pas que je loupe The Voice.

J’ai failli péter un câble ? Les délestages, la boue, la pénurie d’eau c’est la faute à la pluie hein? Misère ! Dans ce pays faut pas croire que les gens ne savent pas revendiquer leurs droits hein ? Que Wome Nlend loupe un penalty, que Samuel Eto’o tire sur le poteau, le lendemain, une foule enragée le cherche dans les rues de Yaoundé, ne le trouve pas, cherche ses frères, ne les trouve pas, cherche ses homonymes, trouve un malheureux, l’abreuve d’injures, maudit son village, puis ces patriotes s’en vont verser leur haine sur les chaînes de radio.

On coupe le courant, niet. Personne ne bronche, on accuse la pluie… Peu de gens savent que la société d’électricité a un numéro de réclamation, ceux qui le savent disent qu’ils n’appellent pas parce qu’il est payant, la majorité demandent : ça va changer quoi ?

Je vous l’avoue, parfois moi aussi j’ai envie de verser dans le pessimisme : on va faire comment? Cette phrase aurait dû être la devise du Cameroun.

Heureusement il ya des initiatives comme celle de mon amie Julie Owono qui a monté le FEOWL un projet de plateforme en ligne qui mesurera le défaut d’électricité à Douala via des enquêtes statistiques. Une initiative récemment primée lors du concours pour l’innovation en journalisme de l’Institut International de la Presse. Au moins on aura des chiffres car trop c’est trop.

Bon je vous laisse, j’ai trop la haine là. Et puis, mon voisin, le météorologue qui prédit le temps en crachant en l’air a prévu un orage pour ce soir. J’ai beau repéter partout que c’est un charlatan, je me dis qu’on ne sait jamais. Je vais essayer de trouver un paquet de bougies chez le Sénégalais d’en bas. La nuit a été longue hier et ma réserve est épuisée.

Peace!

 

mai 8

« Course derrière les cortèges » : le sport proscrit au Cameroun

Pourquoi ne pas courir après les cortèges camerounais

Le Roi-Lion

Cet article a commencé par une phrase lue dans une lettre qui ne m’était pas destinée. ceux qui s’intéressent à l’actualité et à la politique camerounaises ont entendu parler de la lettre qu’un haut commis de ce pays, incarcéré pour cause de corruption a cru bon écrire au roi lion, missive tour à tour larmoyante, menaçante et d’un lyrisme parfois amusant. Ainsi le deuxième paragraphe commence par la phrase suivante: « Le 06 novembre 1982, j’ai couru derrière votre cortège du carrefour Warda jusqu’au rond-point de l’école de Bastos ». Notre désormais ex-baron parle du cortège du Roi Lion, vous l’aurez compris.

Le 06 novembre 1982! je n’arrive même pas à imaginer la scène: Je n’étais pas né. Remarquez hein la chose n’est plus possible de nos jours: pour plusieurs raisons.

Primo, pour courir derrière le cortège du Roi Lion il faut être un alliage de Husein Bolt et d’une Formule 1. Chaque fois qu’il traverse les rues de Yaoundé et surtout ce fameux carrefour Warda, notre Roi ignore qu’il s’agit d’un des lieux les plus embouteillés de Yaoundé. Il ne sait rien de l’attente dans les bouchons interminables dans cette ville dont les dirigeants ont une vision personnelle du développement: construire parcs floraux et des boutiques en lieu et place des routes… le Roi Lion ne voit rien de tout ça dans sa voiture de luxe qui l’emporte à travers les ruelles vidées pour ressembler à des autoroutes.

Deuxièmement, en réussissant à allier la tonicité de Bolt et la rapidité de la F1, notre coureur des Grandes Réalisations court le risque de finir au cimetière. J’ignore si vous avez déjà vécu une sortie du Roi Lion: Rues fermées des heures à l’avance par des policiers surexcités, scarabées olivâtres de la Garde Présidentielle postés sur tous les toits (généralement sans l’avis des occupants des lieux) avec des armes sorties tout droit de Starship Troopers. Ceinture humaine de gorilles à pied, trimballant des attaché-case au contenu obscur. Bref un remake de 24h Chrono sous les tropiques. Alors, courir derrière son cortège…

Une autre raison de ne pas courir de Warda à Bastos c’est la déshydratation, qui guette nôtre coureur des Grandes Ambitions. En effet, en 1982 il y’avait des Fontaines Publiques à Yaoundé et la SNEC créée en 1968 était à l’apogée de son fonctionnement. De nos jours, pour trouver un robinet avec de l’eau il faut vivre du côté de Bastos, sauf que ces robinets ne sont pas publics et les chiens de Bastos n’ont pas la réputation d’être végétariens.

Courir derrière un cortège sous entend aussi respirer les gaz d’échappement. En 82 nous étions producteur de pétrole et les circuits d’approvisionnement étaient sécurisés. De nos jours, un marathonien poursuivant une berline, fut-elle présidentielle risque de finir à l’hôpital pour avoir respiré les vapeurs de zoua zoua, ce carburant frelaté qui pourrit nos moteurs en même temps que les poumons. Je précise d’ailleurs que l’expression « finir à l’hôpital » a tout son sens hein? Les équipements sont toujours ceux de 82 sauf qu’on est en 2012…

Comme je suis nostalgique de cette période où des jeunes cadres en costumes couraient derrière les voitures! Performance désormais impossible dans ce Yaoundé surchauffé. Notre ville prisonnière de SEPT collines que les richissimes voleurs qui nous gouvernent ont déboisé pour implanter leurs chalets.

Bref, j’ai quelquefois rencontré le cortège présidentiel. Tantôt il m’a fallu m’aplatir contre un mur sous la pression de policiers nerveux à qui personne n’avait rien demandé, tantôt, c’est toute la circulation qui s’arrêtait transformant les véhicules en saunas métalliques. Certes, j’ai très souvent rencontré des gens contents de croiser ce cortège, mais, j’ai souvent rigolé devant leurs uniformes floqués RDPC. j’ai souvent rigolé devant leurs youyous « spontanés » se transformant en cris de rage pour n’avoir pas reçu l’enveloppe promise.

J’ai donc opté pour une attitude simple: chaque fois que je croise ce cortège, je cours, mais dans le sens inverse. M’en éloignant le plus possible, pour ne pas devoir trente plus tard écrire ma rancoeur depuis un cachot puant.

avr 24

Bienvenue au Cameroun, pays sans cinéma

Affiche du légendaire Delta Force 2

Je n’arrive toujours pas à comprendre pourquoi les industries culturelles sont négligées dans ce pays. J’enrage devant mes compatriotes qui s’extasient devant les Oscars, les Grammie’s, le Salon du Livre, et autres manifestations culturelles outre Atlantique ou Pacifique. j’enrage devant cette société qui a mal à sa culture. Pas de salle de concert (heu à part le palais des Sports, ce sont des Chinois qui l’ont construit donc c’est du tout-en-un: sport, concerts, meetings politiques), pas de bibliothèque Nationale (sauf sur le papier), un Musée National en perpétuelle rénovation (à se demander quand il ouvre), des salles de cinéma fermées (aucune salle sur l’ensemble du territoire, elles se sont transformées en temples pentecôtistes ou pire, en magasins de chinoiseries).

Tout ça me rend nostalgique, nostalgique de mon enfance, nostalgique des bons vieux ciné-club et vidéo-clubs.

C’était le bon vieux temps. à l’époque on n’avait pas le souci de savoir si on serait vivant en 2035 pour voir le Cameroun devenir « émergent », si l’opération Epervier était une couleuvre déplumée qu’on essayait de nous faire avaler, on vivait, tout simplement.

Pour moi, le vidéo-club était le paradis: il ny avait qu’une chaîne de télé, la CRTV, qui en dehors de Derrick et de The Old Fox (Commissaire Köster), ne montrait un film inédit que le vendredi, sous l’oeil d’une Tuborg transpirante:   »Tuborg vous présente…Cinéma du Monde Entier… ».

Le premier jour où je suis entré dans un vidéo club, j’ai cru défaillir de plaisir. Je me souviens du film: « Sakura Killers ». Une histoire sans queue ni tête de triades, de ninja et de mafia. Nul, mais j’ai adoré. Dès ce jour, j’ai commencé à maigrir. Pas à cause du SIDA, qui ne justifiait pas encore la psychose qu’on observe de nos jours, mais à cause du fait que mes 25 francs de goûter quotidien finissaient invariablement dans la poche crasseuse du tenancier (non moins crasseux) du vidéo club.

Mon amour pour les video club a duré jusqu’en 98. Je suis un enfant des vidéos clubs, je l’avoue. Je suis un produit de ces salles, sales, obscures (évidemment!) et malodorantes dont les seuls trésors étaient les images en couleur distillées par un tube cathodique couplé à un magnétoscope antique. C’était le temps des VHS que nous croyions immortelles. Des têtes de lecture qu’il fallait nettoyer avec un morceau de papier.

A l’époque, la fiction prenait le pas sur la réalité. On était pas comme ces enfants de maintenant qui ont le film et les bonus à la fin du DVD. Ces enfants qui voient une scène et dissertent des heures durant sur la technique de trucage. Nous on vivait nos films:

A cause Double Impact, on était persuadés que Jean Claude Van Damme avait un frère dans la réalité, Alex.

Nous étions persuadés que le combat de Chuck Norris contre Bruce Lee arbitré par un chat (ne riez pas) dans La Fureur Du Dragon était historique.

J’ai failli dormir dans la salle un soir après avoir vu La nuit des morts vivants, persuadé que j’allais me faire dévorer si je pointais mon nez dehors.

Pour nous, Chow Yung Fat était John Woo. personne n’avait pris la peine de nous dire que le nom qui apparaissait sur les affiches était celui du réalisateur. Ah! Le merveilleux A Toute Epreuve!

On a eu la période chinoise: Bruce Lee et tous les autres Lee. Des films au scenario simple et implacable: tu as tué mon père, tu as tué ma mère, je me suis entraîné avec un maître aux cheveux blancs, maintenant, je reviens pour te tuer.

La période ninja: invariablement, une histoire de ninja de toutes les couleurs (ninja Condor, Ninja IV, American Ninja).

La période Chuck Norris qui marque l’apogée du film de guerre: Portés disparus, les Rambo et tous les Delta force (dont le meilleur est Delta Force 2 avec Ramon Cota alias Billy Drago).

On a eu notre période Vandamme: mon frère était fort, vous l’avez tué, je vais m’entrainer au fin fond de l’Asie, quand je reviens c’est pour gagner un tournoi mondial de kickboxing.

La période Hong Kong. Il ya deux types de héros: les méchants, cf la trilogie Le Syndicat du Crime, et les gentils, cf les incommensurables Police Story.

La période Jet Li: toujours des histoires de Wong Fei Wong, grand maître de Taï chi, avec en arrière plan des rappels de l’histoire de la Chine cf le cultissime Fist of Legend 

Ma liste n’est évidemment pas exhaustive. Tout ce que je peux vous dire c’est que ces films m’ont fait rêver. Le dernier film que j’ai vu dans un vidéo club c’est Titanic. si! si! en 97, les vidéos, clubs, lieux exclusivement masculins se sont mis à admettre des filles. alors j’ai invité une jouvencelle pour contempler le chef d’oeuvre de James Cameron. Malgré la chaleur de la salle bondée et mal aérée, je grelottais de froid au même rythme que Jack. Mes dents claquaient en phase avec les siennes, et mes bras couverts de sueur agrippaient le banc devant moi pour lui permettre de mieux s’agripper au débris qui le maintenait à la surface. Oui, je l’avoue, au moment où Leonardo Dicaprio alias Jack Dawson a sombré au fond du Pacifique, mes yeux se sont embués et deux larmes ont coulé dans la pénombre, ce dans l’indifférence totale d’un public qui n’arrêtait pas de se demander « c’est quoi ce film qui dure comme ça? » et de ma compagne qui mâchait son chewing-gum en déclarant « on ment trop dans le film ci ».

Ce jour là j’ai su que les choses avaient changé et qu’une époque était bel et bien révolue.

Peace Jack!

 

avr 9

Comment ne pas se faire agresser à Yaoundé en 5 leçons

Photo Matimba Herbert Mpangane, voleur de Coca Cola Prétoria

Il faut croire que Yaoundé a changé hein ? Jeudi dernier, je suis rentré chez moi assez tard (travailler plus pour gagner plus). En sortant du bureau, j’ai longé les ruelles qui serpentent à travers le centre-ville avant de tomber sur un taxi en maraude qui m’a ramené chez moi.

Quand je pense qu’il ya quelques années, être à pied, de nuit au même endroit, signifiait se faire détrousser, voire pire par les bandits qui hantaient le coin !

Pour avoir été une victime récurrente d’agressions nocturnes, je crois que je peux à juste titre conseiller le Yaoundéen sur la criminalité de notre cité. Surtout celle qui sévit en centre ville. Je peux lui refiler quelques trucs et astuces qui le tiendront longtemps éloigné des agressions devant les snacks-bars et autres boites de nuit.

Leçon 1 : ne pas parler aux inconnus

On a beau le répéter aux gens, ils ne le prennent pas au sérieux. Le bandit Yaoundéen sévit la plupart du temps en public. Son astuce pour endormir la méfiance des témoins est de faire comme s’il connaissait sa victime.

Cas pratique: tu es en boite. Après quelques Castels, tu sors prendre l’air. Soudain un type souriant te lance : Vraiment ! mon frère ! ce pays tue les jeunes! Toi qui est un de ces jeunes « tués » tu réponds : vraiment! mon frère, tu as raison. Deux secondes plus tard vous causez comme de vieux amis, dix secondes après il te coince contre un mur avec un couteau sous la gorge :  Vide tes poches mon frère!

Leçon 2: ne jamais avoir pitié

Ne jamais prendre en pitié les clochards, les nangabokos et autres créatures qui hantent les abords des lieux de plaisir. Si vous voulez faire l’aumône, apprenez d’abord à viser. ça vous permettra de lancer les pièces à distance raisonnable des couteaux qui ne sont jamais bien loin des écuelles qu’ils vous présentent.

Leçon 3: Ne jamais croire au hasard

Les coincidences ! Il ya quelques années. Je suis en boite en centre ville, au lieu d’aller faire la queue pour me vidanger la vessie comme tout le monde, je décide, grand Seigneur de sortir et d’aller me soulager dehors. Curieusement, alors que je sors mon engin pour faire mon affaire, je me rends compte de la présence de trois autres « pisseurs », sortis de l’obscurité avec un timing trop précis pour laisser une once de place au hasard. Trois secondes plus tard, la braguette ouverte, le devant du pantalon humide, je courais comme un dératé pour retrouver le couvert securisé de la discothèque. Il en va de même pour les cigarettes : il n’y a qu’au boulot qu’il faut tolérer les grillades en groupe.

Leçon 4 : Ne jamais faire confiance aux flatteurs

Les  camerounais aiment les gros titres. La rumeur dit qu’ils tiennent ça du Roi Lion, qui en a une ribambelle. Les voleurs, fins psychologues l’ont compris. Il ya des agressions qui commencent avec des phrases du type : « bonjour grand frère, je viens du village, je désire me rendre à Ekounou, tu peux m’indiquer mon chemin s’il te plaît ? ». Quand il entend ça, le Yaoundéen en mal de flatterie comprend : « Bonjour Monseigneur, dont la mise noble et altière laisse voir l’état de citadin. Ô incarnation humaine de Google Maps, pourrais-tu activer ton GPS intégré et  m’extraire des Sentiers de la Perdition où je me trouve ».

Sauf qu’après trois pas effectués hors de la zone lumineuse pour bien indiquer un point de repère, notre grand Seigneur se retrouve le couteau sur la gorge, en train de se faire palper par son adorateur.

Leçon 5: Croire la rumeur.

Toujours ! Si à Yaoundé, tu entends des phrases du type : dans x quartier on agresse beaucoup ou à partir de y heure vaut mieux ne pas passer par z rue, vraiment, faut le croire. Dans ce pays, les seules rumeurs qui sont fausses sont celles qui annoncent la mort du Roi-Lion.

Un crépuscule de 2009 alors que je raccompagnais une aguichante gazelle chez elle, je décide de passer par le pont qui traverse le Mfoundi en face du lieu dit voirie municipale. Tout le monde sait pourtant que bien que fréquenté en journée, il vaut mieux éviter d’emprunter ce raccourci la nuit tombée. Je me motive avec des poncifs du genre « je suis le mâle dominant », « je suis un mec du dehors ». Je n’avais pas fini de me motiver qu’un malabar armé d’un incroyable couteau sort des sissongos, arrache le sac de la fille et disparaît sans dire au revoir. Mon premier réflexe a été de prendre mes jambes à mon cou, mais je me suis souvenu que j’étais le MALE. Reviens ici sale petit voleur! Me suis-je mis à crier en sautillant sur mes ergots. Dois je préciser que je n’ai revu ni le voleur, ni la fille?

Bon! je l’avoue, ma liste de conseils n’est point exhaustive hein? Mais croyez moi, un de ces quatre vous penserez à moi.

Peace les amis!

 

mar 23

Laissez la femme camerounaise tranquille!

J’ai passé le 8 mars dernier à Douala. Rue de la joie fermée, l’ambiance a pris un sacré coup. Néanmoins, Douala c’est Douala hein ? La ville qui ne dort, pas. Donc, tant bien que mal, les femmes ont soulevé les kabas dans les gargotes et les snacks de quartier. Et moi j’étais là…

Ce qui m’a assez déplu, c’est le déploiement de pruderie qui a entouré cette fête. Depuis quelques années, déjà, certains esprits bien-pensants montent au créneau chaque 8 mars pour dicter aux femmes les dix commandements de leur journée : tu ne boiras pas de bière à l’excès, tu rentreras te coucher avec ton mari (si tu en as un), on ne te verra pas en train de soulever le kaba devant le premier venu, tu feras preuve de dignité même dans la fête etc.

Même la ministre en charge des questions relatives aux femmes a cru bon de se fendre d’un communiqué pour appeler les femmes à la retenue. Conneries !

Quittons Douala un moment. Pour bien comprendre la situation et la condition de la femme dans ce pays, il faut revenir à Yaoundé.

Lieu dit Mvog Atangana Mballa.

D’un côté le marché mondial, entendez le marché aux putes. Des  dizaines de filles, de toutes les tailles, tous les âges, toutes les couleurs qui vendent leurs charmes à des prix défiant toute concurrence. Debout au bord de la rue ou assises dans les bars (notamment le fameux Nous Deux, le bar qui n’a jamais eu de portes parce qu’il ne ferme jamais).

De l’autre côté de la rue, il ya un autre marché, le marché des vivres de Mvog Atangana Mballa. Là aussi des femmes, des revendeuses, les fameuses Bayam sellam. Des femmes fortes, pleines d’énergie, qui écument les villages et les zones rurales et ramènent des vivres qu’elles vendent sous le soleil ardent de Yaoundé. L’âme de nos marchés, la mamelle nourricière de notre Royaume.

Or, si vous vous baladez dans la zone de Mvog Atangana Mballa vers les deux heures du matin, vous contemplerez un triste spectacle. D’un côté, les putes, alignées comme des soldats pour la revue des troupes, grelottant sous le froid mordant dans des tenues défiant la météo yaoundéenne. Des passes dans des auberges mal famées, sur des lits sales et répugnants. Saleté, maladie, pauvreté.

De l’autre côté de la rue, les revendeuses, les bayam sellam, dormant à même le sol sale, boueux ou poussiéreux selon les saisons, auprès de leurs marchandises. Pas de magasins, pas de gardiens, pas de dortoirs, la marchandise dort sur les trottoirs, les revendeuses aussi. Des mères, des sœurs, des amies, couchées à même le sol dur et malsain, se battant avec les moustiques gros comme des seringues ; attendant l’aube pour aller rôtir au soleil derrière un comptoir pauvrement garni.

J’ai vu ça et j’ai compris. Le mythe de la femme-objet est bien réel sous nos latitudes. Elle nourrit les ventres affamés et satisfait les appétits sexuels des bas ventres en manque. Voilà pourquoi on ne s’émeut pas de la voir dormir sur le trottoir. La même femme couchée sur le même trottoir à cause de la vapeur de quelques bières  et voilà les hypocrites lancés dans de longs discours sur la dignité et la décence.

La journée Internationale de la Femme n’est pas une fête vide à cause de l’absence de réflexion, elle est vide parce qu’il est impossible de vouloir faire en une journée ce qu’on aurait dû faire en un an. Elle est vide parce que la réflexion sur le statut de la femme devrait être une priorité de chaque heure, mais ne l’est pas. Elle est vide parce qu’on instrumentalise toute une frange de la population camerounaise pour justifier des dépenses qui se muent inexorablement en détournements.

Que de séminaires soporifiques, de pagnes de mauvais goût, de thèmes grandiloquents et vides de sens, d’ateliers de réflexion stérile pour ces êtres qui constituent le socle de notre société !

En 2012, la femme camerounaise, est encore battue, excisée, mutilée, violée, spoliée, sans que cela n’émeuve personne.

Je salue le combat de quelques associations qui se battent pour qu’on arrête de « repasser » les seins des jeunes filles, que les mères trouvent le courage de dénoncer les maris qui violent leurs propres enfants, que la succession ne soit plus un mauvais roman qui se termine dans la douleur et le sang, que la société arrête de fermer les yeux sur les crimes des hommes pour peu qu’il déclarent « c’est ma femme », que le mot tradition ne soit plus un prétexte pour spolier tout un genre. J’observe tous ces combats et rarement, je vois des actes forts, comme si même dans les plus hautes sphères, on s’était résigné à vivre par procuration, à être femme à travers un homme.

Allez-y mes mamans ! Allez-y mes chéries ! Soulevez les kabas ! Soulevez les coudes au besoin. On ne vit qu’une fois, tant mieux si c’est un 8 mars. Vous n’avez de leçon de dignité à recevoir de personne. Votre existence dans cette société stupidement machiste est en elle-même la preuve de votre courage et de votre détermination. Et si des esprits bien-pensants veulent vous refuser le droit à la fête, le droit à la folie d’un jour, envoyez-les à Mvog Atangana Mballa.

Peace mes mères, Peace mes sœurs !

 

mar 6

Pourquoi les camerounaises n’aiment pas leur peau noire

Immédiat clair. Plus qu'une marque, un slogan

Autant j’ai « flagellé » mes sœurs camerounaises dans le billet que j’ai consacré à leur addiction  aux cheveux artificiels, autant, je vais les caresser dans le sens du cheveu en ce qui concerne la thématique qui suit.

Pourquoi les camerounaises n’aiment pas leur peau noire? En bon camerounais que je suis, j’ai questionné, papoté, interrogé autour de moi, et je suis certain d’avoir trouvé sinon une justification à cette tendance, du moins des circonstances atténuantes aux tenants de cette pratique.

Laissons de côté les thèses afro-féministes qui tendent à expliquer tous les écarts de la gent féminine par des discours savants. Laissons de côté les grands mots : aliénation, acculturation et autres…

Le blanchiment est et reste avant tout un effet de mode et d’esthétique. Etre claire de peau pour une camerounaise  c’est être à la mode, être dans le vent, être branchée, c’est plaire, c’est fashion.

Tandis que le reste du monde s’évertue à trouver des canons de beauté compliqués à la Femme, les sujets du Roi Lion ont coupé court. La femme belle est claire de peau, plantureuse aux endroits qu’il faut, avec les jambes poilues en option.

Ceci étant, être une fille noire (j’entends sombre de peau) devient une condition pas très enviable. Un vrai parcours de combattant commencé très tôt:

L’enfance c’est la période des petits noms comme savent en donner les enfants : blacky, noirata, noiraude.

L’adolescence est encore plus dure. C’est la période lycée, on s’exerce aux métaphores, La Nuit, Black Satan, et les expressions méchantes « noire comme les fesses d’un fou » , « ma soeur tu n’es plus noire, tu es bleue ».

Avec l’âge adulte, les choses ne s’arrangent pas. On tombe dans l’hypocrisie, regards écarquillés, estampillage automatique ( j’habite à côté de la femme noire là).

Voilà pourquoi, dès les premiers signes annonciateurs d’un mélanisme latent, la jeune camerounaise se renseigne à gauche et à droite :

Je dis hein ma coo, comment on fait pour avoir la peau douce ?

Douce hein ? Personne n’est dupe.

Ma coo, avant, moi aussi j’étais njouksa, mais mon dermatologue là fait des miracles.

En fait de dermato, il s’agit d’un jeune mbouda, commerçant au marché central, chimiste à ses heures perdues, expert en mélanges corrosifs de tourtes sortes. Même les profanes  peuvent dresser leur liste de courses tant les noms de ses produits sont parlants : Immédiat clair, 48h claire, bioclair, clarissime, clarabelle, White express, Sivoclair, Peau claire, le tout accompagné de l’inévitable savon Mékako, véritable concentré d’hydroquinone. Mais les anciennes savent qu’il vaut mieux aller « au-delà des apparences » et laisser l’expert vous sortir son arme de destruction massive : un mélange de sa composition, au PH dangereusement acide, à la formule aussi secrète et lucrative que celle du Coca Cola.

Et ça marche. Le secteur des cosmétiques « éclaircissants » est l’un des rares où la publicité est rarement mensongère, et la crise inconnue…

Moi je les comprends ces camerounaises qui veulent s’éclaircir. Dans ce pays, le noir n’a pas la cote. Les noires non plus. A part quelques « connaisseurs » rares comme les larmes de Poutine, qui fantasment sur les « produits sombres » , le slogan « Black is beautiful» a fait long feu.

Le proverbe qui dit que la nuit tous les chats sont gris n’est sûrement vrai que pour les chats. Je sais par expérience que la nuit, les filles noires sont sombres ou pire, bleues… Les filles claires réfléchissent la lumière et brillent encore plus. Réflexion. Principe physique. Tout ce qui brille n’est certes pas or, mais il faut d’abord briller pour être confondue ne serait-ce qu’à l’aluminium. Et ce n’est pas moi qui le dis: pourquoi je fais le maquillage? Mon frère! quand tu ne brilles pas ici dehors, qui te voit?

Cynique ? je l’admets. On va faire comment? L’exemple vient du sommet du Royaume. Tout le monde craque pour les claires. D’ailleurs, dans certaines régions, les  filles n’hésitent pas à copuler avec des espèces plus claires afin de diluer la noirceur de leurs gènes et garantir à leurs  enfants un meilleur avenir !

si ! si ! L’Europe étant loin, la demande en hommes clairs de peau est devenue si forte sur le marché que certains de mes compatriotes de sexe masculin n’hésitent pas à recourir aux mêmes mixtures éclaircissantes que les femmes.

Vous avez sans aucun nul doute déjà observé le spectacle de ces hommes noirs comme des lutteurs sénégalais, mais à la figure étrangement livide comme des chanteurs congolais.

Mais… Mon beau, comment tu es devenu blanc comme ça ?

Laisse-moi mon frère, j’ai confondu mon lait de toilette avec celui de madame.

Bon c’est vrai qu’une confusion qui dure des semaines prête à suspicion, mais ceci est un autre sujet.

Peace mes frères !

 

fév 23

Fornication, concubinage, chaussures: une histoire de camerounais

Les traditions et pseudo coutumes camerounaises me dépassent. La semaine dernière je vais à une veillée mortuaire. Je ne connais pas le mort, mais il s’agit du presque beau père d’un ami. « Presque beau-père » signifie que mon ami a failli épouser sa fille. Bon! Pour parler simplement, ils ont vécu ensemble (euphémisme pour dire forniquer) de longues années, eu un enfant, avant de se rendre compte qu’ils n’étaient pas faits l’un pour l’autre. En réalité c’est mon ami qui a décrété cet état de choses, mais là n’est pas le sujet.

Nous nous rendons donc à la veillée. Il a plu ce soir là. Patinage artistique dans la boue du chemin. Arrivée dans la cour du deuil. Nous sommes quatre. L’ex qui ne semble pas éplorée tant que ça nous montre des sièges. La cour est bondée. Soudain, deux gaillards se dirigent vers notre petit groupe.

Bonsoir mon beau !

Mon ami répond poliment. Une conversation bizarre s’engage. Les types prétendent être les cousins de la fille. Ils demandent à mon ami pourquoi il ne vient jamais les saluer, pourquoi on ne le voit jamais, pourquoi il a perdu tout ce temps à leur « sœur » avant de lui signifier son refus de l’épouser. A ce stade de la discussion, je commence à sentir une légère gêne. Comme celle qu’on éprouve à Mokolo quand les sauveteurs vous observent vous faire soutirer votre portefeuille sans rien dire.

Mon ami répond effrontément que la perte de temps est réciproque. A peine formule-t-il cette réponse que les deux gaillards se jettent sur lui. Quatre autre gaillards se sont matérialisés derrière nous.

Enlevez-lui ses chaussures!

En un tour de main, le type est déchaussé. Je fais mine d’ouvrir la bouche, d’un regard il me fait signe de me taire. Je la boucle. Il se retrouve pieds nus dans la boue, subissant les quolibets de la foule qui se régale. Je n’y comprends rien !

Soudain, quelqu’un hurle : déchaussez ses frères !

C’est nous les frères !

Les « cousins » fondent sur nous tels des vautours. Deux membres de la bande parviennent à s’enfuir. D’habitude, je suis rapide sur le plat, mais là il s’agit d’une course d’obstacles. Je ne suis pas Liu Xiang, je ne suis pas chinois. Je butte sur une chaise, parvient à me relever, zigzague autour du feu de bois allumé au centre de la cour, manque de m’étaler dans une flaque avant de me faire ceinturer par un malabar qui me soulève du sol tandis que les autres me retirent mes boueuses mais précieuses italiennes.

J’ai envie de leur crier que ce n’est pas mon frère, que c’est un ami qui m’a laissé tomber bien des fois, que mes chaussures n’ont rien à voir avec ses vieilles espadrilles, que je ne sais même pas ce que je fais à la veillée d’un inconnu. Pour ne pas paraître plus ridicule que je ne le suis déjà, je me tais.

J’ai passé plus d’une heure, les pieds dans la boue, à attendre que l’ex fiancée négocie auprès de ses frères le retour de nos chaussures. Finalement il a fallu que nous les rachetions au prix d’un casier de Castel qu’il burent arrogamment devant nous.

Quand j’ai enfin desserré les dents au retour, ce fut pour demander à mon « ami » la signification de tout ce manège.

C’est la tradition Beti. Jai vécu pendant de longues années avec leur sœur et fille. Je lui ai fais un enfant et puis je me suis barré. Ils sont en droit de me demander des comptes. L’enlèvement des chaussures est symbolique. Je paie juste un tribut à la famille.

Tradition ? Escroquerie oui ! Va parler de symbolique à mes vêtements boueux, à mes genoux écorchés et mon nez qui suinte. Je t’en foutrai moi du symbolique !

Je me souvins que c’était la deuxième fois que je me faisais avoir pour une histoire de coutume et de tradition qui ne me concernait pas et, ce soir là , tout en faisant une lessive improvisée, honteux, confus et enragé, je jurai, mais un peu tard qu’on ne m’y prendrais plus.

Peace mes frères !

 

 

 

fév 22

Les camerounaises ont-elles honte de leurs cheveux

Pot pourri sino-brésilien

Dernièrement c’était le 14 février, vous savez la fête du saint qui n’avait rien d’autre à faire que marier des trouillards en mal de fornication. Pour faire comme tout le monde, je sors avec une fille. La gourgandine est magnifique : une liane tropicale qui fait se retourner les malheureux célibataires sur notre passage.
Carrefour Mvog Mbi. La pluie. Vous savez, ces feintes de pluie de fin de saison sèche. Des gouttes, chaudes, grasses, lourdes. N’importe quel yaoundéen sait que la pluie la vraie, tombera plus tard donc personne ne court, sauf… ma liane. Je la vois qui traverse la chaussée, esquivant voitures et gouttes d’eau, pour se réfugier sous un porche. Je l’ai suivie en courant hein ? Considérant la cure d’amaigrissement qu’elle venait d’infliger à mon portefeuille, je l’aurais suivie au bout du monde.
Mais je dis hein ? Tu cours à cause de trois gouttes de pluie ?
Comment ça trois gouttes ? Tu n’as pas vu ma coiffure ? Je crus à une blague, mais elle semblait vraiment en colère.
Qui n’aurait pas vu sa coiffure ? Une espère de pot pourri de mèches, une conjugaison de couleurs les unes plus voyantes que les autres, une association de mauvais goût et de m’as-tu vu. Si tu n’as pas aidé à tendre la peau du tambour, ne dis pas qu’il résonne mal. Je me suis tu.
Les premiers signes ont commencé dans le taxi. Des petites tapes du plat de la main sur le cuir chevelu. Je me suis tu.
Arrivée dans mon quartier. Le temps d’arriver devant la porte, encore des gouttes de pluies, plus serrées. C’est à peine si elle ne m’a pas arraché les clés des mains, maudissant le temps, les éléments et les saisons.
Tu n’as pas de sèche-cheveux ?
Hein ?
Ce n’est que lorsque le festival de grattouillement a commencé que j’ai compris : Un cuir chevelu trop longtemps caché sous une couche de cheveux synthétiques. Ajoutez-y des pellicules, un peu de poussière de saison sèche, portez le tout à la température d’une serre tropicale. Arrosez d’un peu d’eau ou de sueur et vous obtenez des démangeaisons frénétiques accompagnées d’une légère odeur de chien mouillé. J’ai dormi dans un fauteuil (je n’ai ni canapé, ni masque à gaz).
Dès le lendemain de cette mésaventure, je me suis intéressé aux cheveux des yaoundéennes. Aussi incroyable que cela puisse paraître, trouver une femme de plus de 20 arborant des tresses naturelles est vraiment rare dans nos rues.

Coiffures Tikar (1911-1939)


On dirait qu’après leur virginité, la première chose dont les jeunes filles rêvent de se débarrasser ce sont leur cheveux qu’elles cachent sous des extensions artificielles, les fameuses « greffes ». Même celles qui ont le cheveu naturellement long se croient obligées de rajouter des extensions pour les avoir encore plus longs !
Un gros business par ailleurs. Les chinois détenaient le monopole du marché quand soudain on a commencé à parler de mèches naturelles, les brésiliennes, les indiennes, toutes hyper chères. Malgré les prix, nos sœurs en mal d’extraversion ont sauté dessus pour le bonheur des voleurs qui désormais n’hésitent pas à les raser en pleine rue.
Dans le fameux choc des civilisations dont on n’arrête de parler, le cheveu africain semble avoir perdu la guerre. Comment comprendre le spectacle d’une africaine arborant des cheveux chinois, brésiliens ou indiens pour avoir l’air d’une européenne ?
Cet engouement pour les extensions va de pair avec une propension à utiliser des tonnes de produits chimiques. Résultat : même les adolescentes souffrent de « mon vieux » vous savez, ces chutes précoces des cheveux des tempes et du front qui leur donne un air de vieux pépés dégarnis. Dire que jadis, je voyais mes cousines s’enduire les cheveux uniquement d’huile de palmiste et ce pour le plus beau des résultats. Aujourd’hui, surprendre une jeune fille sans sa greffe ou sa perruque, équivaut à la voir toute nue. Croyez-moi, les réactions sont pareilles.

Pose d’extensions, défrisage (Salut Drogba !), blanchiment de la peau ! Houlà ! Certaines personnes devraient se taire quand on fait le procès de Michael Jackson.

Peace Angela Davis

Peace Aline B.

fév 10

Le kongosseur chez les danseurs

Le kongosseur. Seul, ou presque...

Dernièrement, je m’ennuyais. C’est rare, mais ça peut arriver. Je récupère une donzelle, vous savez du genre qui vous répète tous les jours : « on sort quand ? »  Je lui  dis « Today na today, choisis l’endroit, moi je fais le reste ! ».

Une boite de nuit quelque part en centre ville. C’est écrit jeudi des filles. Excellent !

Sitôt entré, je la laisse se débattre avec une bouteille de whisky – du moins, c’est ce qu’il ya écrit dessus- et moi j’avale coup sur coup deux castel congelées et infalsifiables.

Vous savez, j’appartiens à la catégorie d’individus qui s’amuse avec son cerveau. Je regarde, je sens, j’analyse, mais je participe très peu à l’action. Donc je regarde la minette se trémousser sur la piste, trop content d’évaluer sa cambrure, de jauger ses coups de reins, d’admirer son galbe. Bon ! Je vous arrête, ça n’a rien à voir avec du voyeurisme.

Après quatre castels, mon sang se met à bouillonner. Surtout que la minette n’arrête pas de me demander de la rejoindre sur la piste. Mais voilà, je ne me reconnais pas dans la musique. On passe Arafat, vous savez, le Yorobo 12500 volts. Je me demande comment je vais me débrouiller pour suivre une cadence aussi infernale, surtout qu’autour de moi, ça danse dur et bien.

Je me suis toujours extasié devant cette capacité des camerounais à récupérer les choses des autres et à se les réapproprier au point de faire corps avec. Vous auriez dû voir les jeunes gens danser sur la piste. Contorsions rythmiques, tremblements syncopés, glissements contrôlés, jeux de jambes saccadés. Tchaï !!! C’est une boite d’ivoiriens ou bien ?

Je commence à prier. Ce d’autant plus que je remarque deux éphèbes qui semblent à voir confisqué mon dossier et enchaînent avec elle danse sur danse. Je prie le dieu des DJ pour qu’il touche le cœur de son disciple qui officie aux platines. Je veux un petit pays, je me contenterais de Douleur, je prendrais même Keng Godefroy, mais par pitié enlève-moi cette musique d’experts. Cette musique qui me fera passer pour le con de service.

Rien.

A un moment, je décide de me lancer, mais là, les gars sortent leur bombe atomique : un cercle. Le cercle de danseurs est la plus grosse escroquerie qui existe. Tu as des gars qui sont d’excellents danseurs. Désireux de se faire voir, ils te forment un cercle au milieu de la piste et se mettent à exécuter les figures les plus extraordinaires qui soient. Toi le mec ordinaire, tu es dans un coin, profitant de la pénombre pour cacher ta maladresse à ta cavalière quand soudain le mec au milieu de son cercle exécute une aile de pigeon, déhanché, double zigzag avec réception sur le petit orteil. La foule en délire hurle et, instinct grégaire, ta donzelle te crie dans l’oreille « allons là bas ! ». Voilà comment tu te retrouves à faire partie du cercle où tu n’entreras jamais, à taper des mains comme un idiot, tandis qu’un crétin désarticulé récolte les fruits d’une gloire imméritée avec la complicité d’une musique inaccessible.

Je me suis rassis.

J’ai espéré que le DJ change de musique, mais sa compilation semblait programmée pour toute la nuit.

J’ai espéré qu’AES SONEL coupe le courant, mais apparemment ils attendent les jours de match.

J’ai espéré qu’Al Qaida fasse tout sauter, mais je me suis souvenu que j’y passerais aussi.

J’ai espéré que Jésus revienne ; je n’ai pas espéré pendant longtemps…

Las de voir la gourgandine et ses deux danseurs ne revenir à ma table que pour s’abreuver de mon whisky et me sortir des phrases du genre « trop top ! »  « Mortelle l’ambiance ! » etc., j’ai vidé ma castel, resserré mon nœud de cravate (j’en avais une, j’avoue) et je suis sorti le plus dignement possible.

J’ai fini la soirée (seul) dans un snack tranquille à me consoler avec des phrases savantes du type : Je préfère être le premier dans ce village que le second à Rome (Jules César).

J’accuse un an de plus au compteur en ce jour, je me fais vieux.

Peace mes frères !