mar 27

Le kongossa n’est pas mort

Chers amis,

Le kongossa n’est pas mort. J’ai basculé sur une autre plateforme, car je réserve celle-ci à un usage que vous découvrirez dans les jours qui viennent.

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Peace la famille!

fév 16

Je suis camerounais, je suis Energie noire et obscure

Pixabay.com

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Jeune, j’ai vécu à Nanga-Eboko, je me souviens que cette ville qui n’avait pas encore la chance d’appartenir au giron présidentiel (allez dire !) était une espèce d’agglomération poussiéreuse enclavée où en saison sèche la couche de poussière pouvait atteindre plusieurs centimètres avec ce que cela avait comme conséquences sur la santé et l’hygiène. Je me souviens de ma première attaque de conjonctivite, souvenir douloureux…

Une polémique naquit durant ce contexte de sous-développement extrême. Il se disait dans le kongossa que la municipalité avait décidé d’électrifier un certain axe, mais que les sorciers du coin réfractaires à toute forme de développement s’y opposaient et menaient des actes de guérilla sorcière dans le but d’empêcher l’aboutissement du projet. Surpris, j’ai demandé à mes cousins en quoi l’électrification d’une zone pouvait mettre à mal la pratique de la sorcellerie… Je me suis entendu répondre que le passage des lignes de haute ou moyenne tension provoquait des interférences qui empêchaient les avions nocturnes, oui les avions des sorciers de décoller ou les faisaient se crasher en plein vol.

Woye ! J’ai fermé ma bouche. Nanga étant une de ces villes où ne pas croire à la sorcellerie pouvait vous faire passer devant le tribunal inquisitoire de la société. Bref, comme je l’ai dit, j’ai juste fermé ma bouche.

Mais ces derniers temps, mes croyances ou non-croyances en la matière sont sérieusement mises à mal. Oui oui ! quand je regarde les faits et gestes de notre société de fourniture d’électricité, mes frères, je suis convaincu que la sorcellerie existe.

Issue des multiples viols de notre secteur de l’électricité, viols qui lui font à chaque fois changer de nom pour que nous oubliions, Eneo que j’ai rebaptisée avec amour Energie noire et obscure est presque toujours sur le devant de l’actualité mais pas pour les raisons que l’on croit.

La spécialité de cette entreprise semble être de faire parler d’elle dans tous les domaines, sauf celui auquel elle est dévolue. Nous autres camerounais, pauvres naïfs avons cru que la fin de AES Sonel signifiait la fin de l’obscurité. Que non!

La réalité est là, bel et bien palpable : aujourd’hui, autant, sinon pire qu’avant, Eneo a repris le flambeau de « clignotant officiel de la République ».

Avec Eneo, la vie est une espèce de suspense perpétuel dans lequel les moindres tâches du quotidien se font la peur au ventre : travailler, se relaxer, se marier, boire une bière, regarder un match de foot. Tchak ! Tel un djinn malfaisant Eneo nous rappelle que noir c’est noir et qu’il est illusoire de vouloir le contredire.

Même la population de notre Yaoundé qui criait sa joie après chaque retour de l’électricité a cessé de hurler. Oui la nouvelle donne de coupure voudrait que chaque retour soit momentané, suivi de très près par une autre coupure plus douloureuse que la précédente du fait des espoirs vains qu’elle a suscités. L’alternance tant réclamée revue et corrigée. On parle bien de courant alternatif non ?

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Les équipes de Eneo sont très performantes hein ? Comment ne pas saluer leur équipe de communication qui fait preuve d’un dynamisme sans pareil. Au milieu des blackouts prolongés, Eneo a décidé de vraiment communiquer.

Réunion de service

Equipe de production : les gars nous sommes dépassés. Nous ne pouvons plus fournir de l’électricité en continu.

Moi (caché sous une table) : mais démissionnez même non.

Equipe de communication : mouf ! on démissionne au Cameroun ? Bon les gars ! On va vous aider en prévenant les gens. Nous allons désormais balancer des bulletins et avis de coupure sur notre site

Moi : mais… on va lire ça comment s’il n’ya pas de courant ?

Equipe de communication : Mouf ! Il ya aussi les SMS non ?

Moi (caché dans un placard) : mais… on va recharger les télés…

Equipe de production : Mouf ! c’est qui ça même ? Bravo la com’ ! C’est vrai que le gars qui appuie sur notre interrupteur de coupure a déjà chopé un panaris, mais c’est bon, on vous fera remonter l’info chaque fois c’est-à-dire tous les jours.

C’est ainsi que, bien que nous marchions dans la vallée de l’obscurité et de la transpiration, nous sommes constamment prévenus par des avis de coupure. Nos amis si professionnels sont même allés plus loin. Sur leur page Easy Light, ils en sont à demander aux abonnés de choisir le jour où ils voudraient être privés d’électricité. C’est important pour les mariages et autres célébrations non ? Pour le travail quotidien ? Bof ! On s’en fout ! l’Emergence, c’est en 2035 hein ? Que nous travaillions ou pas.

Oh oui ! Eneo a compris les limites de la démocratie et nous impose la dictature éclairée : plus besoin de faire le choix difficile entre la peste et le choléra. Nous vous offrons Ebola, mais c’est à vous de nous dire quand vous voulez qu’on vous l’inocule.

Toujours dans sa quête de buzz négatif, Eneo nous gratifie en ce moment d’une actualité croustillante : un article du média Le Monde Afrique nous apprenait récemment que L’unique millionnaire camerounaise du scandale HSBC est « une de ces étranges « femmes au foyer ». Lydie est l’épouse d’un haut responsable du fournisseur d’électricité AES Sonel, devenu Eneo Cameroon. Alors que les Camerounais subissent toujours les fréquents délestages, Lydie dispose de trois millions de dollars déposés sur son compte ouvert en juillet 2002 ».
J’ai entendu les gens hurler au loup, mais soyons réalistes. Il s’agit d’une femme visionnaire. Si mon épouse bossait dans une entreprise qui coupe le courant aux gens plus qu’elle n’en fournit, dans quoi j’investirais ? Les bougies ! Les groupes électrogènes chinois, au pire, le solaire ! Mais bon, vendre les bougies pour trois millions de dollars… Attendons que la justice, pardon, son substitut l’Epervier se penche sur son cas. Mais comme l’oiseau d’Etoudi semble fonctionner aux piles ces derniers temps, il va falloir attendre longtemps.

Au moins, nous sommes heureux de savoir que tout va bien du côté d’Eneo, car ses employés semblent conscients du sort d’envoûtement « electricitus mediocritus »  qui les lie ont opéré une « Retraite stratégique de la Direction marketing communication d’Eneo Cameroon au Centre spirituel Jean-Paul 2 de PK 21 à Douala 5e » la semaine dernière.

Même si le terme « Retraite stratégique » m’a fait penser à une débandade en mode « Nous ne sommes plus là! », j’ai quand même apprécié cette initiative. Nous sommes des Bantous non et quand quelqu’un te dépasse tu portes son sac. Quand ton travail te dépasse, tu portes tes pieds et tu pries. C’est mieux que d’aller chez les marabouts non ? C’est mieux que d’accuser le président non ? C’est mieux que de s’accuser soi-même non ?

Donc quand j’ai vu nos amis d’Eneo engoncés dans leurs tee-shirts vert malchance accepter de se « couper de tout pendant 4 jours » (en même temps ce sont des experts en coupure) je me suis dit woye ! Affaire d’électricité, seul Dieu nous sauvera.

Bon, ça c’est en théorie hein, car parmi les engagements de ceux que j’ai pu lire, nulle part je n’ai vu « travailler à ce que les délestages se terminent ». Forcément, vu que dans le discours officiel ils n’existent plus.

C’est la vie hein ? Coupez tout, Dieu illuminera les siens. Mais je vous le répète mes amis, en 2015 il est plus facile pour le Nigeria de vaincre Boko Haram en six mois qu’à Eneo de fournir l’électricité en continu pendant six heures dans mon quartier. Ce n’est pas la sorcellerie, c’est parole d’Evangile.

Amen !

jan 11

Je suis camerounais, je hais Charlie

Paris, le 11/1/2014 Photo RFI

Paris, le 11/1/2015 Photo RFI

Cher camerounais, cher frère,

J’avais prévu mon retour au blog ce jour, mais je n’avais pas prévu les circonstances de ce retour : mon pays qui grâce à la vidéo d’un terroriste réalise enfin qu’il est plongé dans une guerre. Guerre contre des bandits qui se parent du drapeau de l’islam pour perpétrer les actes les plus ignobles au Nigeria voisin et dans le nord de notre pays. Et puis cette déferlante « je suis Charlie » qui a envahi le monde au point de devenir un événement que les livres d’histoire et les rétros ne manqueront pas de citer.

Evènements pas du tout liés, du moins de façon directe, mais pour lesquels je t’ai entendu hausser le ton. Je t’ai entendu sur les réseaux sociaux, dans les taxis, dans les marchés, dans les bureaux, je t’ai entendu hurler ta haine des islamistes de Boko machin, je t’ai entendu hurler ton amour pour ton vert rouge et jaune. Je t’ai entendu hurler ta déception vis-à-vis des journalistes de bar et autres péroreurs du dimanche qui t’ont dit que cette guerre n’en était pas une, qu’elle était une rébellion contre ton Roi, grand chantre d’une paix qu’il te vend élection après élection sans que tu aies connu de guerre avant.

Je t’ai entendu hurler ta haine de cette France que tu dis être derrière Boko Haram. Punching ball que tu frappes rageusement tous les jours au lieu de monter sur un ring.

Je t’ai entendu crier contre ces présidents africains qui sont allés dans des tenues noir corbeau faire acte de contrition là-bas, dans ce pays froid quand ils se taisent sur les drames chauds chez eux. J’ai été assourdi par ton indignation. J’ai écarquillé les yeux quand tu t’es cru obligé de hurler que tu n’étais pas Charlie. Mais je te comprends : la télé qui comble tes soirées est la leur et tu as dû râler devant tes séries décalées à cause des nombreux « breaking news ».

Oui ! Je t’ai entendu hurler et tu sais ce que j’ai fait mon frère ? J’ai ri.

J’ai ri, car je me suis souvenu que toi camerounais pendant les événements au Burkina tu as ri de ton peuple, si amorphe, si pathétiquement broyé depuis trente-deux ans et si différent de ce peuple burkinabè si courageux. J’ai ri de ton ignorance. Tu as oublié ceux qui ont lutté et versé leur sang pour que tu puisses te réclamer de ce Cameroun durant la guerre d’indépendance!

Tu as oublié ceux qui dans les années 90 ont péri pour que tu profites de cette liberté d’expression que tu galvaudes.

Tu as oublié qu’en 2008 les tiens sont morts dans les rues du Cameroun au nom de revendications aussi simples que le droit à une vie plus décente.

Tu as oublié qui tu es, d’où tu viens et t’alarmes d’aller droit dans le mur ? Je ris.

Tu as oublié, parce que toi, recroquevillé dans ton petit coin de paix tu préfères vivre par procuration. Tu hais Charlie et comme je te comprends ! Au milieu de cette planète entière rassemblée à Paris au nom d’un crime aussi barbare qu’inutile, tu as compris que tu n’étais rien, que tu ne comptais pour rien malgré la présence et les pleurs des Rois africains voisins, versés au nom d’une notion qu’ils ignorent.

Moi qui croyais la solidarité africaine, aurait-elle désormais élu domicile chez les autres?

Tu as vu une quinzaine de morts prendre en otage ta liberté de pensée, te contraindre à plier l’échine devant le flux d’information, devant ta liberté si chère de ramer à contre-courant. Et tu as refusé d’être Charlie.

Tu t’es souvenu des milliers d’assassinats de Boko Haram, des corps que personne n’arrive à compter à Baga. Des villages camerounais rasés, des milliers de tes compatriotes déplacés. Tu t’es souvenu de ces corps de frères et voisins militaires rentrant incognito après avoir fait le sacrifice suprême.

Tu t’es souvenu du bouffon invité par un de tes frères africains qui t’a craché à la figure que tu n’étais pas assez entré dans l’histoire. Tu as hurlé, parce que tu as constaté que même dans l’actualité, tu n’étais pas assez entré.

Tu as hurlé que tu n’étais pas Charlie, oui je sais, quand tu as été Ebola ce n’est pas toi qui as décidé. Mais souviens-toi que tu n’as jamais été la Sierra Leone, tu n’as pas été le Sud- Soudan. Tu n’as pas été Boko Haram, tu n’es pas le Nord-Kivu !

Mais qui t’empêche d’être à défaut de Charlie, toi-même ?

Tu te sers des réseaux sociaux pour faire des guerres que tu ne peux assumer dans la réalité. Tu te sers des médias pour honnir salir et faire chanter. Tu as oublié d’être celui par qui vient le changement, te contentant trop souvent de te laisser porter par un courant qui t’entraîne vers des récifs à la vue desquels tu hurles à la mort au lieu de saisir le gouvernail de ton pays.

Ton patriotisme et ton panafricanisme ne sont que les socles de ta haine qui justifiée ou non est elle-même vaine. Tu ne construis pas, n’essayes que quand on t’y contraint, caché derrière tes cris d’orfraie et tes boucs émissaires : l’Etat, le gouvernement, la France…

Et toi alors ? Oui toi !

Tu as oublié d’être celui qui vote. Tu as oublié d’être celui qui surveille son vote, tu as oublié d’être celui qui réclame des comptes. Tu as laissé à ceux sur qui tu tapes de temps à autre le soin de tout gérer. Tu savais qu’ils échoueraient. Mais tu avais besoin d’avoir les mains propres pour leur taper dessus.

Tu as oublié d’être celui qui réclame de l’eau potable, de l’électricité, des soins décents, encore moins celui qui les cherche là où on veut les enfouir. Tu hurles et puis tu passes à autre chose.

Mais tu n’as jamais oublié d’être Eto’o, encore moins d’être les brasseries du Cameroun lors des tentatives d’augmentation du prix de la bière. Est-ce là ton histoire ?

On t’a dit que la politique ce n’était pas bien. Que manifester c’était faire de la politique. Que le fouet de la police devait te faire peur. Tu as dit ok et tu n’as hurlé que réfugié chez toi ou derrière le clavier de ton ordinateur.

Dans la foule que tu as vue à Paris, tu as vu les voleurs de leur République aux premières loges, tu as vu ceux dont le discours haineux stigmatise tous les jours ceux de ta race. Tu as vu ceux pour qui tu ne seras chez eux qu’un immigré, tu as vu ceux qui ont mis ton continent à feu et à sang au nom de guerres censées établir la « démocratie ». Tu as hurlé « Je ne suis pas Charlie ! » au lieu de te souvenir des paroles de Cheikh Amidou Kane : « Allez chez eux apprendre l’art de vaincre sans avoir raison ».

Je ris quand tu hurles vois-tu ? Parce que tu sais qu’aucun hurlement n’a jamais empêché une caravane de passer.

Tu essaies de ne pas être Charlie, je ne le comprends que trop bien. Mais ceux qui ont fait de toi un charlot sont ici et tu leur as laissé ton pays, fermant ta gueule à chaque fois que tu peux leur rappeler de te respecter, mais pire tu as baissé tes bras si robustes qui te permettraient d’abattre un édifice pourtant pourri de bas en haut.

Ne t’offusque pas, je ne te juge pas, car quand je parle de toi, je parle de moi.

Eh oui ! Tu as compris que tu n’étais pas Charlie, mais ma question est de savoir si tu réalises que tu es le Cameroun.

Peace !

PS : Pas de stress, je sais qu’à défaut d’être Charlie, bientôt nous serons la CAN. Je sais pouvoir compter sur toi pour ça.  Comme toi,  « Je suis la CAN » enfin, jusqu’à ce que les Lions se fassent dompter…

Peace again!

oct 13

Je suis camerounais, j’étais chez Um Nyobè

Ceci est mon centième billet de blog.

Je l’ai rêvé différent, je l’ai pensé atypique, mais je ne l’imaginais pas ainsi. Durant ces quatre années à pianoter sur le clavier de mon ordinateur, j’ai été à chaque fois hanté par le syndrome de la « course dans le sac ». Courir dans le sac signifie qu’on fait une chose en vain. Écrire, déverser rage, fiel, miel, rire à longueur de billets est bien mais devient lassant quand après quatre années de construction d’une identité numérique et de fédération d’une communauté, on n’arrive pas à capitaliser dans le réel tout ce qu’on a acquis.

Et puis il ya eu cette date, le 13 septembre 2014. Date qui m’émeut chaque année car elle représente le jour où en 1958 Ruben Um Nyobè , homme affublé de tous les noms, mais père indiscutable de notre indépendance, a été froidement assassiné par la France, « mère-patrie » coloniale et ses alliés camerounais.

Devant ma télévision, j’ai assisté à la parade des cons, oui la danse des sorciers que les descendants de son parti ont effectué sur sa tombe. Habillés de la tenue rouge-noir souillée de leur incompréhension de ce que furent les idéaux qui ont sous-tendu la création de cette entité, ils ont réussi à se battre pour une histoire de tendance. Enfants maudits se réclamant d’un héritage dont ils ne perçoivent même pas la richesse.

Et c’est comme ça qu’entre deux tweets et sous l’effet de trois Castel, j’ai lancé l’idée d’organiser un pèlerinage à Eséka là bas sur la tombe du Mpodol, le porte-parole de tout un peuple.

Parler des blocages? Parler des moments de doute? Pourquoi? Le Cameroun est un pays de projets, un pays en projet où les gens aiment les projets quand on les présente, mais disparaissent quand on passe à la phase exécutoire.

Au delà des soucis liés à la logistique et à l’organisation, c’est l’incompréhension et cette forme larvaire d’autocensure qui caractérise mon peuple qui m’a blessé: Euye Mbom! Tu pars sur la tombe de Um Nyobè? Tu es dans l’UPC? Tu es opposant?

– Allo, Flo?

– oui mama

– Ton père vient de te voir à la télé. il paraît que tu organises un pèlerinage à Eséka. 

– Ah oui. C’est vrai. Il a dit quoi. 

– Rien. Il a attaché sa bouche, a croisé les bras et il s’est mis à secouer ses jambes comme le jour où il t’a fessé parce que tu avais bu son whisky.

Puis un départ le 12 octobre. Un dimanche pluvieux. La peur au ventre. Peur de l’échec. Peur de se retrouver seul sous cette véranda devant Camtel. La morsure horrible des coups de fil d’annulation à la dernière minute… Je stresse.

Mais pour rien. Car à mon arrivée au lieu d’embarquement je les trouve debout devant moi. Ils ont bravé pluie, froid, insécurité pour se retrouver à 6h30 à la Poste! Je suis tout ému devant ces silhouettes qui redonnent un peu de couleur à la grisaille matinale.

Ils sont aussi là bas à Douala un peu mois d’une dizaine mais bien présents, sous la pluie. Nous sommes une vingtaine au total à avoir confirmé les inscriptions et à répondre présent! Great!

Yaoundé c’est l’histoire d’un départ manqué à cause d’un véhicule bloqué. D’un Papy Bikanda qu’il faut attendre parce qu’ayant confondu Camtel et Camair (la bière hein?). D’un arrêt de dernière minute pour avoir oublié d’acheter les cadeaux à offrir à Mme Um, veuve du héros qui a accepté de nous recevoir. Tout se fait, vite. Ma seule crainte étant qu’une liane tombe face à moi en train de porter un sac de riz au carrefour Afan Oyoh : euye! Ngimbis donc ton travail là c’est le bambè?

Nous partons. Qui sont-ils? De jeunes gens. Pour beaucoup on ne s’est jamais rencontré, mais nous avons un point commun: les réseaux sociaux, lieu exclusif de recrutement. Des profils divers: informaticiens, juristes, étudiants, chômeurs, cinéastes, enseignant… Chacun avec une pointe d’originalité, comme Jason « le plus jeune » qui dort car sorti de boîte de nuit quelques minutes auparavant seulement.

Jonction à Boumnyébel avec ceux de Douala.

Pause gésiers et autres à Boumnyébel

Pause gésiers et autres à Boumnyébel

 

Après 40 kilomètres d’une route riche en nids de poule nous arrivons en cortège à Eséka. Ville-village, vide, c’est dimanche tout le monde est allé prier. Direction le cimetière de la Mission.

Arrivée au cimetière

Arrivée au cimetière

La tension monte, mêlée d’excitation, On veut y être rapidement. Puis le choc: le cimetière est un champ non entretenu, des herbes hautes, des tombes défoncées.

Tout serait recouvert si les upécistes n’avaient pas débroussaillé un espace autour de la tombe lors de leur passage. Nous découvrons les lieux avec stupeur. La tombe est là sous un arbre. Muette, solitaire, grise dans le vert environnant. Sur le coup, je wanda!

Le champ dans lequel est enterré le père de l'indépendance

Le champ dans lequel est enterré le père de l’indépendance

Nous n’avons rien prévu mais les choses s’enchaînent naturellement. Bergeline notre guide parle. Puis Ulrich, le jeune historien prend la parole. Quelque chose le pousse on le sent. Il parle et déroule sous nos regards la fresque complexe de cette histoire oubliée, peu connue, galvaudée. L’histoire d’un homme, d’une cause. Les visages se crispent quand il évoque l’épisode du corps de Um Nyobè traîné à l’arrière d’un véhicule de Boumnyébel à Eséka et ainsi défiguré.

Ulrich Tadadjeu en plein cours d'histoire

Ulrich Tadadjeu en plein cours d’histoire

 

Puis, un à un chacun se sent obligé de parler. De remercier le mort, de demander pardon, d’avouer son ignorance, de s’indigner. Ce sont les coeurs qui parlent.

Mais je ne perds pas le Nord hein? Mes radars kongossiques ont tôt fait de détecter des présences: nous ne sommes pas seuls. Depuis quelques minutes, des rôdeurs nous observent et certains pianotent sur leur téléphone. Cinq minutes plus tard, un officiel débarque. Chemise rentrée dans le pantalon façon sapeur congolais. Il est flanqué d’un type qui d’après sa carrure doit être son tchinda plutôt que son garde du corps: nous sommes face à Monsieur l’adjoint au Maire. Les pèlerins eux continuent de s’exprimer, immortalisés par la caméra de l’équipe du cinéaste Rostand Wandja.

Bergeline en pleine discussion avec l'Autorité. Tsuip!

Bergeline en pleine discussion avec l’Autorité. Tsuip!

Je chuchote à l’oreille de Bergeline: va lui parler stp!

Pourquoi tu m’envoies?

Pour deux raisons: 1- tu es une femme, avantage psychologique. 2- tu as dit dans le car que ton petit nom c’est Kabila non? Va alors faire la rébellion là bas.

ça discute. Il est question d’autorisations, de « se signaler » blablabla. Foutaises! (je l’ai juste pensé hein?)  Nous sommes dans un cimetière et Um Nyobè n’est la propriété de personne, sinon de son pays. On rappelle l’altercation du 13 septembre. Dans l’herbe git une seconde gerbe, écrasée. La gerbe des perdants.

Dans certains partis ils organisent des combats de gerbes. La perdante...

Dans certains partis ils organisent des combats de gerbes. La perdante…

Mais bon Bergeline calme le jeu et sort la phrase magique: « ce sont des étudiants, ils ne font pas la politique ». Sourires de part et d’autre. Ah! mais c’est bien! Tout le monde se détend.

Plus d’une heure plus tard, On clôt la visite par la photo de famille. Un dernier regard à la tombe et on dit au revoir au Mpodol, immobile dans son linceul de béton gris.

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Escale au carrefour suivant. Devant le monument à la gloire du Mpodol. Monument représentant sa descente à la gare d’Eséka en 1952 de retour du sommet de l’ONU où il défendit avec force la cause de son Kamerun. Monument de la discorde aussi et symbole de la récupération de l’image de Um Nyobè. Ce qui m’intéresse ce n’est pas le monument, mais les gens. Ils nous regardent étrangement, semblant se demander ce que nous faisons là. Des passant ralentissent, des vendeurs sortent sur le pas des boutiques, un type à moto lance « Um Nyobè va griller vos appareils là! » Sa phrase se perd dans le vent de l’accélération…

Le monument au second plan

Le monument au second plan

Retour à Boumnyébel chez Mme Um où nous avons prévu d’organiser le déjeuner. Là encore le choc. Au lieu d’une vieille décatie et impotente, c’est une mbombo debout sur ses deux jambes qui s’avance vers nous. Une mbombo qui nous souhaite un « malo malam » chaleureux. On expédie la remise des cadeaux, il ne s’agit pas d’un don, donc, pas de clic clac misérabilistes.

Son salon, austère. On veut qu’elle nous parle de l’homme qui fut son mari. Elle, veut savoir pourquoi nous sommes là. On lui explique que nous sommes en quête de réponses, en quête de compréhension et que nous avons initié un tour des lieux symboles de l’histoire de notre pays. Qu’on a commencé par son époux, car il le vaut bien.

Photo de mariage bien visible dans le salon de Mbombo Marthe

Photo de mariage bien visible dans le salon de Mbombo Marthe

Causerie. Gaëlle Tjat, Samuel Iyabi et papy Bikanda sont les interprètes improvisés. Les questions fusent. Elle nous parle de l’Homme à travers elle. Obligé d’intervenir. ça va trop loin et certaines réponses tordent son visage de souffrance comme au jour où elle a vécu les faits. « Le maquis ne se raconte pas mes enfants, il se vit ». Nous ne sommes pas venus faire du voyeurisme. On temporise.

Repas. Au milieu de la table du festin, un okok légendaire. L’okok bassa’a, l’okok des origines (chauvinisme culinaire hihihihi!)

Photo de famille. Elle serre les deux mains de chacun à tour de rôle: « ma porte vous est toujours ouverte mes enfants ».

Mbombo Marthe Um au centre. Née en 1926

Mbombo Marthe Um au centre. Née en 1926

Nous repartons, sous le magnifique soleil qui ne parvient pas à rendre belle cette bourgade dont le développement semble s’être arrêté des décennies auparavant.

Accolades. C’est le départ. Nous sommes venus épars, nous formons désormais une famille, unie par la soif de compréhension et de changement.

Nous prenons des rendez-vous. Des initiatives voient le jour. On échange des titres de livres, de lieux de discussion, de débat. On est parti. Au carrefour d’avant le péage les deux cars prennent des directions opposées. #RememberUmNyobe la page est tournée, mais ce n’est que le début du livre…

Pause cassimango quelquepart après Mapan

Pause cassimango quelque part après Mapan

Pourquoi?

Nous ne sommes pas allés à Eséka donner des leçons. Nous n’y sommes pas allés en tant que comité scientifique chargé de reécrire l’histoire. Nous y étions même sans programme définitivement arrêté.

Nous y sommes allés pour trouver dans le passé les clés de compréhension de notre présent. Nous avons en regardant le père de l’indépendance gisant dans un coin de broussaille compris pourquoi ladite indépendance vaut ce qu’elle vaut. Nous sommes allés à Eséka chercher dans un coin de brousse des denrées rarissimes dans le Cameroun actuel: courage, probité, engagement, force. Un cocktail indsipensable pour redresser notre pays. On rêve peut-être mais qu’il est doux ce rêve… Ce n’est pas ça qu’on nous a légué, ce n’est pas ça qu’on veut laisser…

Merci à tous ceux qui ont contribué à la réussite de cet événement. Merci à l’association Yes Africa et au Collectif des Blogueurs Camerounais.

A bientôt pour la suite.

crédits photo: Gaëlle Tjat, Papy Bikanda.

sept 3

Je suis camerounais, je suis [in]fidèle

© humourdabidjan.net

© humourdabidjan.net

Les Camerounaises me font rire. Elles sont obnubilées par cette histoire de fidélité au point d’en faire leur Saint Graal, leur quête existentielle. On dirait que pour une femme, la vie ne vaut pas la peine d’être vécue si son gars, lui est infidèle. Et parfois dans les kongossa, je les entends décréter urbi et orbi « mon gars je le tiens, il ne tente même pas ! ».

Je ris mesdames. Moi, Florian Ngimbis, grand marcheur devant l’Eternel, je fréquente des hommes de toutes les catégories : amoureux, petits amis, concubins, maris et j’ai fait une découverte qui dans un pays sérieux me vaudrait le prix Chantou de sociologie : le Camerounais fidèle n’existe pas.  Ne me sortez pas le truc con du « faut pas généraliser ». Ici, on parle d’une tendance pas d’individus.

Ce billet a pour objet de vous faire perdre vos illusions mesdames. Vos illusions sur la fidélité, car le Camerounais fidèle est le Camerounais qui ne s’est jamais fait prendre. C’est le manipulateur, expert en mensonge, duplicité, tromperie, jonglage, cryptage au plus haut niveau.

Conscience zéro

Première leçon mesdames : sachez que le Camerounais ne considère pas l’infidélité comme une déviance. Enfin, c’en est une vis-à-vis de son couple, mais pas vis-à-vis de la société. Oui, pour nous autres Camerounais, un homme n’est rien sans sa ndjomba, son deuxième bureau, son chat mort, son piano, sa panthère,  RIEN ! Et autant vous mesdames êtes reconnues comme épouses ou petites amies officielles, autant dans l’entourage de votre mari, concubin ou petit ami sa ndjomba a un titre officiel et est connue d’eux, car forcément appelée à les rencontrer dans les soirées et autres évènements où il la traîne. Et ça n’empêche pas ses amis et collègues de vous donner du Madame Untel hein ? Sans aucun remords : pas de crime, pas de problème de conscience.

Et un, et deux, et trois zéro !

Ce n’est pas seulement le qui veut hein ? Encore faut-il le pouvoir ! Tout autant que la polygamie, les ndjombas coûtent cher. Donc, mesdames, plus votre « chou » pèse en termes de C fa, autant il est fort en multiplication ndjombaïque.  Jadis, quand la bantouité rencontrait l’argent, le cocktail qui en résultait, c’était un foyer polygamique. N’est ce pas les Blancs sont arrivés avec la religion et tout le toutim et ont mis dans la tête des gens que la monogamie c’était le progrès ? Je ne me vante pas de l’avoir découvert, mais cette théorie pourrait expliquer la naissance du concept de ndjomba.

Les femmes ont crié et interpellé le progrès pour condamner la polygamie. Le bantou en stratège a récupéré des éléments de ce progrès pour en faire des armes redoutables.

Le téléphone portable

Le téléphone est l’arme absolue du bantou. C’est la base de données de ses ndjombas et le moyen de liaison le plus rapide. Vous imaginez ce qu’il fallait comme logistique avant, quand il n’en existait pas ? La souffrance pour organiser un rendez-vous  galant avec une ndjomba dans un hôtel à Emana alors qu’on vivait à Mvan ? Vous imaginez ? L’attente dans une chambre prépayée alors que la gourgandine est peut-être encore de regarder son feuilleton ou a décidé de ne pas bouger ? Vous imaginez les AVC?

Autre chose : les gars efficaces savent une chose : éviter les SMS. Toute trace écrite est dangereuse. Et les télégrammes de cette diplomatie du cœur peuvent fatalement tomber entre les mains d’un Bradley Manning. Les smsleaks dans un couple ça fait mal hein ?

Le Camerounais a aussi un cryptage téléphonique de ses contacts féminins. Les femmes sont parfois paranoïaques au point de jeter un œil sur votre téléphone quand il sonne à portée de regard. Hein ? C’est qui la Charlène là ? Mais le bantou dispose de méthodes de cryptage :

Masculinisation du prénom (Charlène devient « Charlie ») suivie d’une lettre témoin, N comme « ndjomba » ou P comme « petite » genre « Charlie P. »

Remplacement du patronyme de la ndjomba par le nom de votre lieu de rendez-vous habituel (Charlène devient « La cachette Bar »)

Ou alors le truc le plus simple : utiliser tout simplement le nom de la ndjomba à la place de son prénom. Charlène Atangana devient « Atangana » tout court. Homme ou femme ? Bien sorcier qui le devinera.

Je recommande fortement la dernière astuce… Mieux qu’Enigma…

La voiture

Un autre élément du progrès qui aide le bantou infidèle, c’est la voiture. Considérée comme un signe extérieur de richesse, j’entends souvent des lianes se vanter : « Mon gars a la voiture ».

Je ris ! La voiture hein ? Sachez mesdames que dans la guerre asymétrique que les hommes vous livrent, la voiture est un moyen de frapper partout, rapidement et sans trace. Un bantou, un vrai gars qui  a la voiture peut vous dire le matin au petit déjeuner « Au revoir chérie je m’en vais travailler », prendre la route de Soa au lieu de celle de son bureau, se vautrer dans le lit d’une étudiante, aller manger le kanga à Mbalmayo l’après-midi avec la ndjomba, rentrer sur Yaoundé, la déposer à Soa vers 18 heures et vous dire vers 20 heures avec une mine fatiguée : « Le travail là est dur hein chérie ! ».

Le petit beau ou cousin

Et puis les femmes détestent les amis célibataires ou non maqués. Les gars comme moi, censés « entraîner » leur moitié et leur « donner des filles ». Laissez-moi rire ! Un bantou n’a pas besoin de son ami pour avoir une ndjomba. Surtout que si son ami est un tireur d’élite, il sait qu’en l’envoyant au front, il pourrait livrer la bataille et s’accaparer du trésor. Un vrai bantou  a toujours un larbin, un tchinda du quartier qui est son « petit de confiance », son rabatteur, son 10. Oui madame le petit que tu envoies payer les factures d’électricité là, ton mari l’appelle aussi souvent pour autre chose. Et puis même, parfois le petit beau-frère, oui, ton petit là qui glande à la maison est le meilleur ami de ton mari et son rabatteur.

Pourquoi il trahit sa sœur ? Vous rigolez j’espère ! Sa sœur qui n’a jamais l’argent là ? Qui l’insulte tous les jours là ?

Eteins la lumière d’abord !

Il y a un spécimen de couples (j’en connais) qui ne font pas de trucs « bizarres » au lit. Ces couples, souvent ceux des jeunes premiers bamilékés qui invoquent très souvent une pruderie formulée ainsi : mon frère ! Tu veux que ma femme me fasse ça ? Avec la bouche qui embrasse mes enfants ?

Ayaaaaaa ! Mesdames, je vous pitié si vous en faites partie ! Parce que votre mec là, si droit, si prude, ce qu’il ne veut pas que vous lui fassiez là, je vous jure qu’il ya toujours une autre là dehors qui le lui fait  et bien!

Quelques conseils pour la route

Oubliez le truc de l’anneau nuptial mesdames, il n’a pas sauvé Gollum, il ne vous sauvera pas. Le bantou, le vrai dit hoha à sa ndjomba qu’il est marié. Du coup, il n’a pas à jongler sur deux tableaux, la seule qu’il jongle c’est vous !

Oubliez les aussi les interrogatoires musclés là ! Un bantou camerounais ment sans cligner des yeux.

Il est capable de résister à un interrogatoire de la Gestapo sans se dédire, car il a compris que pour bien mentir il faut toujours faire reposer son mensonge sur un socle de vérité. Ainsi, s’il est allé chez sa ndjomba à Soa, y a mangé, puis forniqué, à la question « où étais tu ? » il répondra :

« Chez ma tante à Soa, malheureusement je ne l’ai pas trouvée, j’ai eu une crevaison et pendant qu’on changeait ma roue, je me suis arrêté à Dernier Poteau pour manger la viande de brousse. »

Il évite le coup de « je vais appeler ta tante » du « pourquoi tu as mis tout ce temps ? » et par la même occasion le piège de « pourquoi tu ne manges pas mon kpem, tu as mangé où ? » Au pire, la pauvre s’énervera : « Encore toi et la viande brousse ? Tu n’entends pas que Ebola est dehors ?

Quand j’expose tout ceci on me parle souvent de l’amour. L’amour dans tout ça Florian, qu’est ce que vous en faites ? L’amour hein ? L’amour pour un bantou est un mélange de dot versée, de mariage célébré, d’enfants reconnus,  scolarisés, de ration versée, de factures réglées, de devoir conjugal accompli à période plus ou moins fixe.

Madame si votre camerounais de mari vous fait tout ce que je viens de citer, alors dans sa tête oui, il n’est pas infidèle, il vous aime. Fermez les yeux sur les ndjombas, les dossiers, les bureaux. Vous êtes sa femme, l’aéroport comme vous dites, où l’avion qu’il est finira par atterrir après de multiples escales.

Ce n’est pas normal ? Moi quoi là dedans ?  Je n’ai envoyé personne être en couple avec un bantou, camerounais de plus. Donc à moins de faire votre vie avec un intégriste pentecôtiste, va falloir supporter, car dans ce pays, même les prêtres cocufient le Saint-Esprit…

Dieu est grand, mais camerounais n’est pas petit.

Peace !

 

 

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