juin 3

Je suis camerounais, mon sang est vert, rouge et jaune

237 forever! (Crédit photo: Florian Ngimbis)

237 forever! (Crédit photo: Florian Ngimbis)

J’étais tranquillement assis dans un bar samedi soir lorsque mon téléphone sonne : une vieille amie vivant en France : « Florian tu dors au premier banc ? Tu n’as pas appris que la TSR a diffusé un documentaire qui souille le Cameroun? ».

Mon cerveau, baignant dans la quiétude engendrée par les vapeurs de Castel a ramé dur. TSR ? Trinquer Saouler et Rentrer? ? Non ! TSR la Télévision Suisse Romande devenue RTS. Ah… Je me suis souvenu de cette chaîne bizarre qui n’existe pas sur mon câble mais dont on voit parfois un journal vers une heure du matin sur TV5. Le genre de chaîne que personne ne regarde quoi.

Le topo est simple. Des journalistes de la TSR en séjour au Cameroun font un reportage : « Cherche blanc à marier » dont la quintessence est : les camerounais veulent tous aller en Europe et ce, par tous les moyens. Faux papiers, arnaque aux sentiments, mariage blanc, mariage forcé etc… Voici des exemples.

Personne ici ne regarde la TSR (pour regarder quoi?), mais il ya Internet et depuis que le documentaire a été publié sur la toile, les réactions indignées des camerounais affluent.

Mes lecteurs me font des mails ou m’appellent. Gars ! Dis quelque chose ! Dis ta part de vérité !

Mince ! C’est flatteur de savoir qu’on est un leader d’opinion hein ? Mais de quelle opinion on parle ? Chez nous au pays cette histoire de reportage est presque inconnue. Big Mop le pasteur est mort dans le feuilleton Les déballeurs. Qui va laisser un pareil suspense pour aller regarder la TSR ?

Et quand je dis regarder, c’est sans compter le débit de Camtel qui même quand il est bon, souffre d’instabilité chronique.

Trêve de rigolade. Comme l’a dit mon ami Loïc Nkono, quand on regarde ce reportage, on hésite entre deux attitudes : rire ou pleurer.  Je l’ai regardé. Je ne veux vraiment pas revenir sur la légèreté de traitement du sujet. Cette tendance à généraliser, ces raccourcis et le parti pris évident. Je constate juste que mes amis suisses ont un problème hein ? Oui, tout en écrivant, je viens de me souvenir qu’il y a quelque temps déjà, la même TSR, relayée par des médias français avait fait son ouverture de journal sur une histoire de 6 étudiants suisses « menacés de mort au Cameroun » et rapatriés en urgence. Au final, il s’agissait de six jeunes gens qui s’étaient fait braquer dans leur hôtel à Limbé. Ouvrir le journal avec ce genre de fait divers, y a pas à dire, il ne se passe rien dans la Confédération.

Les gens me parlent de manipulation de l’opinion en vue d’un vote dans quelques jours. Personnellement je m’en fiche, mais je tiens juste à souligner que c’est à cause de reportages pareils qu’on nous regarde de haut dans les services consulaires, c’est à cause d’âneries pareilles qu’on affronte la condescendance de moins que rien dans les aéroports, qu’on doit se battre deux fois plus que la normale car venant d’une certaine destination. Ce genre de reportage participe de l’étiquetage d’office dont on est victime outre-mer juste pour une histoire d’origine.

Mais la rage, la vraie que j’ai ce matin concerne les camerounais eux-mêmes. Mes « frères ». Derrière ses airs de scripted reality (vous savez, les séries bidon qui passent le matin sur France 2 et M6) ce reportage met en scène qu’on le veuille ou non une vraie crise qui sévit dans la société camerounaise. Une crise liée au manque d’espoir, à la perte des valeurs et à l’obscurcissement de l’horizon de tout un peuple.

Oui on a un vrai problème avec cette histoire de départ.

Je ris quand j’entends certaines personnes dire : éduquez les camerounais ! Arrêtez de leur faire croire que c’est facile ici en Europe. Je ris vraiment. C’est facile où ? Au Cameroun?

Allez dire à un bendskinneur de Ndokotti que ce n’est pas facile en Suisse.

Allez dire à un étudiant que les amphis de Ngoa Ekellé sont plus accueillants que ceux de l’université de Genève.

Cherche blanc à marier ? Je ris.

Tous les jours je vois des amis, des voisins partir, des jeunes gens aller à l’aventure. Tous les jours moi je regarde :

Etudiant cherche fac blanche

Footballeur cherche club blanc

Enseignant cherche université blanche

Chercheur cherche laboratoire blanc

Ecrivain cherche maison d’édition blanche

Musicien cherche producteur blanc

Toutes nos étoiles brillent loin du ciel qui les a vues naître.

Si je devais montrer au monde cette « obsession » du camerounais pour l’étranger, je ferais mieux que la TSR en termes de traitement et d’objectivité, mais je ferais pire en termes de voyeurisme. Oui. Il ya de la merde à remuer et elle ne se cache pas. Trente ans de Cameroun (mon âge) et j’en ai vu des choses. J’ai vu mon pays doucement sombrer du côté obscur. Je comprends que ça choque, mais au-delà de la caricature, le malaise est profond. C’est cette sensation de vérité dans la subjectivité qui fait mal dans cette histoire. Mais chez moi on dit : quand l’enfant soulève le pagne de sa mère, même s’il se fait fouetter ensuite, ça n’enlèvera rien au fait que les yeux ont vu.

Il faut comprendre : les rêves d’un camerounais vivant au Cameroun ne sont pas parsemés de croix helvétiques. Non, c’est le vert rouge jaune qui nous fait faire des cauchemars. On ne rêve pas de Suisse ni de France, on essaye juste de se sortir du cauchemar qu’est devenu ce pays. C’est une conséquence, pas un choix.

Les camerounais ne sont ni plus bêtes, ni plus intéressés, ni plus vénals que quiconque. Ils reproduisent juste le réflexe de survie d’une bête acculée au mur : se battre jusqu’au sang pour s’en sortir.

Si tu refuses le sein à ton enfant, il ira téter celui de la voisine. (Proverbe valable pour le mari).

Oui c’est l’hémorragie. Même le cacao camerounais cherche confiserie suisse pour produire le plus délicieux des chocolats. Et au lieu de lancer l’industrialisation qui relancerait l’emploi en même temps que notre économie et éviterait qu’on n’exporte que de la matière première, notre Roi, et sa cour eux aussi cèdent à la tendance et passent la plupart de leur temps dans les palaces helvétiques. Sûrement pour ne pas être très éloignés des comptes bancaires qui regorgent des milliards de leur retraite (si retraite il ya un jour). Anecdotique, mais l’exemple vient d’en haut comme on dit chez nous.

Certains me diront que je fais dans le mélange des genres, qu’on parle d’un malheureux reportage. Moi je dirais, mais l’enjeu est là ! Lorsque des Etats rapatrient des ambassadeurs à cause d’un mot mal placé, que ces Etats refusent de corriger deux lignes dans un manuel d’histoire, lorsqu’ils refusent d’entendre nommer leurs « ennemis » dans les discours de leurs invités, lorsqu’ils frôlent l’incident diplomatique pour une histoire de statue déplacée, l’enjeu va bien au-delà de ces prétextes ! C’est la bataille du développement. Les Sud américains et les asiatiques ont réussi à faire bouger l’axe Nord-Sud, mais curieusement les Etats africains (certains) restent à la traîne. Le reste du monde continue d’alimenter les clichés sur nous, de nous présenter comme le trou du cul du monde, peuplé de singes dont le rêve est de descendre de leur cocotier pour squatter la « civilisation » là bas chez les autres, les « Blancs ». Je ne sais pas ce qui est pire : que certains y croient ou alors qu’on ne puisse démontrer que c’est faux.

Le Cameroun est le meilleur élève de la France. Dixit notre Roi. Oui nous on en est là.

Dis-moi à quel prix tu te vends, je te dirai combien je t’achète.

La dignité est le dernier bien du pauvre. J’ai mal de voir mes frère céder la leur, si facilement, sous le prétexte de la pauvreté. Mais chaque fois qu’un stade européen hue et insulte Eto’o, Drogba ou n’importe quel autre joueur africain en raison de son origine ou de sa couleur, pendant une soirée, la pauvreté change de camp.

L’espoir dans tout ça ? C’est que le camerounais se bat et malgré les difficultés, les lignes commencent à bouger. Peu de médias parlent de cette tendance de plus en plus forte de compatriotes qui choisissent de revenir. Souvent bardés de diplômes, et la tête pleine de rêves et d’idées pour leur pays. Une tendance décryptée dans cet excellent billet de mon amie bloggeuse Chouchou Azonto. Une tendance incomprise par qui ? Les camerounais ! Hein? Ngimbis ! Mon frère ! Tu es rentré faire quoi ici ? Je ne compte pas le nombre de fois où on m’a posé la question.

Dommage pour ceux dont le premier contact avec le Cameroun sera ce reportage. Il est mauvais et biaisé, il véhicule une part de vérité : on a des problèmes chez nous, comme partout ailleurs. Mais il n’est pas représentatif de notre pays. Moi je suis représentatif de mon pays. Tout au moins j’essaie de l’être tous les jours en faisant au mieux ce que je sais faire : écrire, chose apprise à l’école publique, dans mon pays. Si vous me lisez et appréciez mes écrits, c’est que tout n’est pas pauvre, bête, ignorant et intéressé dans ce pays. C’est ma part de pierre à l’édifice Cameroun et partout dans le monde des millions de mes compatriotes font pareil.

Je suis fier de vous écrire ce billet depuis Yaoundé, Ongola, la ville aux sept collines. Corrompue ? Elle n’est pas la seule. Dangereuse ? C’est à voir. Mais une chose est sûre, j’y suis, j’y vis et je compte réussir ICI. La Suisse, j’y vivrai un jour, un an, dix ans peut-être, on a tous le droit de s’installer où on veut… Mais le Cameroun mon #237 c’est forever !

Peace la famille !

 

 

mai 7

Je suis camerounais, j’ai de la chance

coverVous savez, hier mes amis du collectif des blogueurs camerounais et moi avons monté une campagne pour dénoncer le rejet ethnique et l’intolérance dans notre bien aimé triangle national. C’est que je ne supporte pas le tribalisme, comme nous nommons au Cameroun cette tendance au rejet ethnico-tribal.

J’ai grandi dans un environnement « ouvert ». Mon père a traversé toutes les forêts de Babimbi pour aller tomber aux pieds de ma mère, une « étrangère » de l’autre côté du pays, donc, je suis un métis, un mélangé. En outre, je suis issu d’une famille recomposée. Chez moi la religion n’a jamais été un facteur de division. La preuve mon père n’a fait baptiser aucun de nous, laissant le choix de sa religion à chacun. Et avec ma nombreuse famille qui s’agrandit suite aux unions, on commence à avoir des Eton, des Yabassi, des Bamilékés, des Bulu. Bientôt le repas de Noël chez nous sera à l’image de la Tour de Babel. Sérieux, quand on me parle de tribalisme, de rejet ethnique ou autre, je ris.

J’ai poussé (comme d’habitude) cette ouverture d’esprit au maximum hein ? Surtout dans mon domaine de prédilection : les lianes. Je ne demande jamais à une liane son origine, encore moins son âge. Combien de fois ai-je entendu les phrases :  un jour tu vas grimper sur ta sœur ou petit Ngimbis tu n’as pas peur de moi ? je suis ton aînée hein ? Balivernes ! Pourquoi les gens se compliquent la vie avec des préjugés d’un autre âge ?

Malheureusement, moi aussi j’ai flirté avec les préjugés. Étudiant, je suis tombé amoureux (comme je tombe tous les mois) d’une adorable liane. Belle, intelligente, aimante, et surtout disponible (trait de caractère très important pour un étudiant). Elle était tout cela, et elle était albinos.

Je savais bien sûr que beaucoup de préjugés circulent dans notre société au sujet des albinos. On dit d’eux que ce sont des êtres spéciaux, dotés de pouvoirs. Selon l’aire culturelle, ils sont considérés comme bénéfiques ou maléfiques et grâce aux charlatans qui pullulent, leurs cheveux et leurs ongles sont censés être les meilleurs ingrédients pour divers gris-gris et philtres. Je me souviens d’un copain du primaire qui ne se rasait jamais les cheveux chez le coiffeur. Bah! Après une coiffure, le coiffeur pouvait devenir milliardaire en laissant une famille dans le deuil hein?  Comme on dit au pays : Moi quoi là dedans ?  Je considérais toutes ces petites histoires comme des croyances absurdes du petit peuple qui ne savait rien de ce qu’on appelle défaut de mélanine.

Le jour où ma bande de copains (des étudiants aussi) ont appris que je forniquais avec une albinos, j’ai bien senti qu’une certaine gêne s’installait entre nous. Pas de rejet, non, mais une curiosité malsaine à son endroit. Et un soir, où nous avons abusé de Guinness, les mecs m’ont sorti un tas d’âneries qui m’ont stupéfié :

« mbom ! Est-ce que tu sais que coucher avec une nguénguérou (terme péjoratif pour désigner les albinos) porte chance. Tout ce que tu vas faire réussira !

Gars ! Dis-nous : est-ce que c’est pareil qu’avec les autres filles ? Il paraît qu’elles secrètent de l’huile là-bas en bas.

Gars ! observe bien ses yeux dans l’obscurité, tu vas te rendre compte qu’ils sont fluorescents comme ceux d’un serpent.

Bien que sidéré et passablement déçu, j’étais tout de même curieux. Un incident devait d’ailleurs conforter ce qui allait suivre. Vous savez je vivais à Melen, précisément Miniferme. Le coin le plus bouillant du Yaoundé d’alors. Des grappes de prostituées sur les trottoirs et des bars tout le long de la rue. Un soir, j’ai assisté à une scène incroyable : les putes du coin ont failli tabasser à mort une des leurs, une albinos, sous le prétexte que celle-ci les avait « attachées » et raflait tous les clients. Là je me suis dit, esprit cartésien ou pas, il doit y avoir un fond de vérité dans toute cette histoire de chance et autre.

Content de n’avoir pas à payer et flirter avec le sida pour accumuler ma chance, je me suis mis à exploiter mon filon. Matin, midi, soir, je jouais à la bête à deux dos avec ma copine. On voyait ma petite taille hanter les bars de Orly, le quartier estudiantin en face de la Cité U, à l’heure des cours. Pourquoi me soucier des études ? Je suis le mec qui augmente sa chance, celui qui couche avec une albinos me disais-je entre deux gorgées de bière.

Et puis une nuit, ayant abusé de Guinness, j’ai tout foutu par terre. Pendant que la jeune fille dormait je me suis levé en douce et debout dans le noir, je m’apprêtais à la réveiller pour voir si cette affaire d’yeux qui brillent dans le noir était vraie. Sauf que la fille (qui ne devait pas être endormie) s’est levée et a allumé. Je n’oublierai jamais son expression de terreur quand elle m’a découvert penché sur elle tout nu, fixant son visage avec la patience d’un féru d’éthologie . Elle a dû croire que je voulais lui raser le crâne pour aller m’enrichir chez un quelconque marabout. Elle est partie en pleine nuit et je ne l’ai jamais revue.

Quelques jours après, amaigri, fatigué, les listes affichées sur le « babillard » de Yaoundé I alias Ngoa Ekellé m’apprenaient que je n’avais validé aucune Unité de Valeur et que j’étais recalé pour la session suivante. Ma chance !

J’ai ri comme un dingue devant les NV (Non Validé) devant mon nom, au point qu’une fille à côté de moi a eu le commentaire suivant : wèèè ! Ngoa Ekellé a rendu le petit-ci fou !

Ah non ! Je n’étais pas fou. C’est la folie des hommes qui me faisait rire.

Papa, maman, je vous demande pardon d’avoir oublié en cette occasion tout ce que vous m’avez appris. Toi aussi ma petite liane d’amour à la peau d’albâtre, si tu lis ceci, reviens, j’ai changé, même si je n’ai toujours pas de chance avec les filles.

Ne soyez pas cons. Dites non, au rejet tribal, ethnique ou racial, vive la diversité !

Peace !

avr 24

Je suis camerounais, je suis un viveur

237 forever! (Crédit photo: Florian Ngimbis)

237 forever! (Crédit photo: Florian Ngimbis)

Alors que je discutais avec un ami hier, il m’a lancé une phrase que j’entends un peu trop ces derniers temps : « Ngimbis! Vous autres Camerounais vous passez votre vie au bar ». Sous-entendu, vous buvez trop.

Je tiens à réparer une injustice via ce billet. Je tiens à laver cet affront quotidien fait à toute une Nation. Non! Les Camerounais ne sont pas des alcooliques. Non ! Nous ne sommes pas des poivrots.

Alcooliques ? Je veux rire. Au Cameroun, on est alcoolique quand en plus de boire plusieurs bières par jour, on ne s’acquitte pas de ses devoirs familiaux. Un Camerounais qui fréquente assidûment les bars n’est pas un alcoolo, c’est un « viveur ».

Dans la phrase  « je m’en vais boire une bière au bar », la plupart des gens focalisent  leur attention sur le mot « bière », passant ainsi à côté du vrai enjeu : le bar.

Pour nous autres camerounais, le bar est le lieu par excellence où s’exprime la cohésion sociale de notre pays. Près de 400 ethnies, pas de guerre tribale d’envergure. Les seules raisons pour les quelles on se bat dans un bar sont les courbes d’une liane ou une facture non payée.

Le bar est l’endroit où nous faisons montre de notre laïcité. Les chrétiens y vont consommer ce que les musulmans ont refusé, sans que ça gêne les premiers.

Sérieux! Quel Camerounais digne de cette nationalité s’assoit chez lui et ouvre une bouteille de bière sortie du frigo ? C’est bien connu chez nous, boire seul n’a aucun intérêt, boire chez soi non plus. Ils sont d’ailleurs nombreux mes compatriotes qui abandonnent leurs domiciles les jours de match pour aller s’asseoir devant un écran de télé dans un bar. Il ne s’agit pas de bière, mais de convivialité.

Le bar est un lieu de vie. Un lieu coloré. Je suis désolé pour ceux qui visitent le Cameroun et se cantonnent dans les endroits chics, fréquentés par la bourgeoisie yaoundéenne. Vous savez, ces coins où tout est propre, aseptisé et made in China. Ces coins dans lesquels les gens essaient je ne sais pour quelle raison de reproduire une ambiance parisienne ou new-yorkaise. Snobisme, m’as-tu vu, bling-bling.

Venez dans les bars. Nos maquis de seconde zone. Venez découvrir le vrai Cameroun. Le Cameroun qui crie, rit, chante, blague (avec plus ou moins de mauvais goût).

Il y a le bar du bamiléké. Antre sale et obscur dans lequel le patron officie derrière le comptoir. Dans le bar du bamiléké, le crédit est mort depuis longtemps et même ses os ne sont plus que poussière. Le bar du bamiléké est généralement du 3 en 1. Bar-salle de jeu-restaurant. Il y a toujours la monnaie et on y déniche souvent des bières qu’on croyait retirées du marché. Comme les « toilettes à la turque », les toilettes du bar d’un bamiléké devraient être brevetées tant elles sont spartiates. Je me souviens avoir vu écrit dans les toilettes d’un de ces bar « on ne chie pas au bar ». Souci d’hygiène ou tentative de justifier le minuscule trou qui donnait son nom au lieu ?

Il y a le bar de la « Yaoundè », veuve beti dont la buvette est accolée au domicile familial. Ici on boit à crédit tout le mois. Conséquence, tous les goûts ne sont pas toujours disponibles. Mais une chose est sûre, on peut y manquer de tout sauf de Castel. La Yaoundè vous vend la bière, se sert elle-même dans votre facture et s’assoit à votre table pour faire le dernier kongossa. Si vous êtes jeune, beau et surtout plein aux as, il est même possible qu’elle appelle une de ses nièces vous aider à multiplier la facture tandis que dans sa cuisine elle prépare un bouillon de viande qui viendra aider tant de bière à descendre. C’est pas beau ça ?

Le bar camerounais est cet endroit où il n’y a jamais de monnaie (sauf dans celui du bamiléké). Où on vous sert en traînant les pieds, où la vraie différence entre les bières réside dans le fait qu’elles soient glacées ou non ; où le pourboire n’est pas obligatoire et où, en bonus on peut caresser les fesses de la serveuse (à vos risques et périls hein?) au passage.

J’ai fréquenté beaucoup de bars dans le monde et je peux vous dire que dans le bar camerounais, il n’y a pas cette distance des bars européens par exemple. Cette fausse convivialité des soleils qui ne chauffent pas. Chez nous, on se regarde en face, on se dévisage sans passer pour insolent. On drague la liane à autrui via des œillades enflammées. Nos bars sont les seuls lieux dans lesquels ont peut s’inviter dans une conversation via la seule phrase « je vous ai entendu dire… », preuve qu’on écoutait.

Dans nos bars, le kongossa est gratuit. On y fabrique les divers qui seront en une des journaux le lendemain, ça s’appelle « les divers du bar ». On y spécule sur les paris sportifs, la conjoncture économique, la forme d’Eto’o, les fesses de la voisine, celles de la serveuse, celles des passantes, celles qu’on ne touchera qu’en rêve…

Dans les bars camerounais, on libère les otages. Bah oui ! qui peut rester indifférents face aux cris de toutes ces bouteilles de castels enfermées dans les réfrigérateurs et qui une fois libérées pleurent toutes les larmes de leurs corps en guise de remerciement.

J’aime ce Cameroun moi ! Éloigné de toutes formes d’ambitions grandes ou petites. J’aime ce peuple qui aime la vie.

La prochaine fois que vous viendrez au Cameroun, cherchez moi. Je ne vous emmènerai pas boire une bière, je vous emmènerai au bar.

Peace !

avr 18

Je suis camerounais, je ne déclare pas mes biens!

 

Ministre camerounais en action Crédit photo: HEN Château-Vallon

Ministre camerounais en action Crédit photo: HEN Château-Vallon

J’ai rigolé en lisant que les ministres hexagonaux s’étaient livrés il y a quelques jours à l’exercice hypocrite consistant à déclarer leurs biens. Un ami me disait dernièrement que le même exercice appliqué à nos ministres serait salutaire. J’ai ri. Un ministre camerounais ? Déclarer ses biens ? Quels biens ? Les ministres ici sont des gens qui souffrent, pris en otage par le Roi, le peuple, le pouvoir, et autres. Comment gérer tant de personnes avec un si maigre salaire ?

« Je tiens à remercier le chef de l’Etat pour la confiance… »

Un ministre de la République des Crevettes se retrouve endetté dès sa nomination. Famille, amis, voisins, maîtresses, créanciers, journalistes soiffards… Tout le monde se retrouve au domicile de « Son Excellence » le soir même. Chants danses à  la gloire non pas du ministre, mais du Roi Lion, notre Duncan Mc Leod,  trois fois dix ans d’invincibilité au trône, qui dans un rare moment de lucidité a nommé leur « frère ». Des louanges  soutenues par un buffet pantagruélique aux frais de la République, car dès cette nuit naît l’union ambiguë entre les caisses de l’Etat et celle de Monsieur le Ministre.

Je suis une élite

Dès sa nomination, il est coopté dans une entreprise à but non défini : les Elites de sa région. Il s’agit généralement d’une bande de vieux aigris, gentlemen farmer sans fortune ni scrupules qui squattent le village après l’avoir ignoré durant leur âge d’or dans les bureaux de la ville. Ils s’impliquent dans les projets villageois qu’ils disent porter. En réalité on sait qu’ils n’ont qu’un seul désir: porter la cagnotte des cotisations et terminer enfin la toiture du manoir familial. Très souvent le ministre doit les arroser pour éteindre divers incendies pouvant porter un préjudice notable au pourcentage local de voix en faveur du parti.

Madame la Ministre s’habillait à Mokolo

La femme du ministre c’est désormais « Madame la Ministre ». Elle ne peut désormais plus aller acheter ses pagnes en douce à Mokolo ou faire son marché dans la rue. Il faut soutenir la concurrence qui vient d’en haut, car la Reine du royaume ne jure que par les Champs Elysées. Même son petit pompier, son petit gigolo se découvre des goûts de luxe. Il veut désormais des voitures en lieu et place de la maigre liasse mensuelle qui constituait son salaire. Pauvre dame. Snif !

La famille « Ministre »

La famille du ministre s’agrandit : il est le ministre de la République et sert toute la Nation. Puis elle rapetisse : il devient ministre de son village et de son arrondissement d’origine. A ce titre, on lui recommande tous les cancres de sa famille et de son village avec la lourde tâche d’en faire des fonctionnaires. Plus il en intègre, mieux il a « travaillé » moins il en recrute, plus souvent il se fait traiter de « mauvais ».

Une région, un village, une langue

Il doit aussi assurer la promotion de la langue locale en nommant systématiquement aux postes clés de son ministère des gens qui parlent la même langue que lui. Aussi,  quelle joie pour les originaires de son village, lorsque de passage dans le ministère de leur « frère » peuvent être servis dans leur langue! Tant pis pour les jaloux!

Omnipotent

Monsieur le ministre fut-il ministre de l’intégration ou des pêches se retrouve généralement en train de gérer des problèmes qui n’ont aucun rapport direct avec  son département ministériel. Il n’y a pas d’eau, tout le monde se tourne vers lui, pas de routes, tout l’arrondissement le regarde… Il est désormais contraint de s’acheter de gros véhicules tout-terrain pour pouvoir aller en week-end. C’est moins cher que bitumer une piste c’est vrai, mais vous avez vu les prix des tout-terrains ces derniers temps ?

Arrose-moi de gombo !

Un ministre ça ne dort pas hein ? Il faut arroser les journalistes, vous savez, nos journalistes dont les articles varient de ton en fonction de l’épaisseur de l’enveloppe: le gombo, le tchoko. « Fermez nos yeux ! Fermez nos yeux Excellence!  et l’Epervier, notre volatile anti-corruption fermera les siens ».

Un ministre qui n’est jamais cité dans la presse est un ministre qui paie travaille bien !

Mesdames et messieurs, la Cour !

Un ministre a une cour. Cour des Miracles constituées de mendiants et de nécessiteux qui squattent son domicile tous les samedi matin. « Mon enfant a été viré de l’école », « ma mère est morte », « mon chat est tombé dans le puits », « J’ai soif ! ». Le ministre gère tous les problèmes, très souvent via un « farotage » aveugle en billets de 5000FCfa.

Il doit rénover sa garde robe.

Ah oui ! En plus de ses costumes de fonction stricts et sombres, il se doit d’avoir la panoplie complète du bon militant. Costume coupé dans le pagne du parti (je suggère la couleur blanche, elle apporte une touche d’espoir), casquette avec sur le devant l’effigie riante du Roi. Pin’s vert rouge et jaune, écharpe, et surtout une montre pour rester à l’heure des Grandes Utopies Réalisations. Heureusement  Cette extension de garde robe ne lui coûtera pas un kopeck. Je pleure seulement son sort s’il est allergique au Made by Chinese in China.

Cours Forrest ! Cours !

Le ministre doit se mettre au sport. Surtout en période d’élections. En effet,  en tant que ministre, il est astreint à un véritable marathon électoral dans sa région d’origine. Pas d’inquiétude : personne ne viendra jamais lui demander des comptes quant au personnel et au matériel de l’Etat qu’il utilise pour ces sorties, mais il doit savoir que gagner est plus qu’un devoir, c’est l’une de ses garanties de survie dans la mangeoire gouvernementale.

Il doit se renseigner sur le cours du riz et du maquereau

Oui! Si le gouvernement est une vaste mangeoire, il faut se renseigner sur le prix de ces  aliments et prévoir un budget conséquent, car, pour manger longtemps, il ne faut pas manger seul et durant les meetings, il faut redistribuer les fruits du vol de la croissance et nourrir les militants en vue de dépasser les 80% de voix obtenus de facto à chaque élection. Il faut se dépasser, ou mieux, dépasser le bourrage des urnes.

Voilà !  Comment avec ça vouloir qu’un ministre se lance dans un exercice aussi périlleux que la déclaration de biens? Comment vouloir pratiquer une science exacte dans un univers totalement inexact, ou les vérités d’aujourd’hui sont les mensonges de demain. Comment peut-on jurer en disant « Caisse ! Caisse ! Jamais je ne prélèverai de tes billets » ?

Et puis, Excellence, si on vous demande pourquoi vous ne déclarez pas vos biens ne paniquez pas ! Répondez que l’exemple vient d’en haut. On ne peut pas être plus royaliste que le roi hein ?

Peace !

avr 4

Je suis camerounaise, ne m’épousez pas!

On a quand même un pays génial hein ? Nous sommes une mosaïque de plusieurs centaines d’ethnies, mais même si on a femme-africainequelques soucis avec le tribalisme, on a fait de notre multiplicité ethnique un sujet léger. Dernièrement, je suis rentré dans un taxi et j’ai écouté la conversation de deux jeunes filles qui catégorisaient les camerounais en fonction de leur origine ethnique. Et ça faisait rire tout le monde. Ailleurs, on condamne les gens pour propos homophobes, des artistes sont interdits de salle parce qu’on juge leurs spectacles déviants, mais chez nous dans la République des Crevettes on ne connaît pas ce genre de perte de temps.

Les deux jeunes filles affirmaient que les bassa’a sont des coureurs de jupons invétérés, que les bamiléké sont chiches et après t’avoir exploitée sexuellement vont épouser leur sœur etc. Toute une série de clichés qui auraient choqué ailleurs, mais pas au Cameroun. En y réfléchissant bien, je me suis rendu compte que même moi dans mes conversations au bar, dans la rue, avec des amis et connaissances nous cataloguons systématiquement et malheureusement les femmes en fonction de leur origine. Vous croyez que nous autres hommes on n’a pas de kongossa sur vous ? Suivez-moi.

Petit tour du Cameroun des clichés ethniques liés aux femmes.

Les bassa’a

Elles sont réputées jalouses. Il se dit que la femme bassa’a est une passionnée. Elle n’hésite pas à recourir aux filtres d’amour pour enchaîner son homme, notamment le fameux tobassi. Ne jamais manger le Mbongo d’une bassa’a qui a des vues sur vous. Il se dit aussi que pour pouvoir conquérir une femme bassa’a, il vaut mieux être un étalon au lit, comme on dit, il faut être prêt. Sinon, c’est la porte. Elles aiment les écorces et les gris-gris et bavardent trop.

Les femmes du Nord

Ce terme générique désigne les femmes originaires du septentrion, généralement musulmanes. On dit d’elles qu’elles sont sournoises. Elles jouent la comédie de la soumission, mais en réalité, sous les voiles et autres pagnes qui les recouvrent, elles sont de dangereuses panthères qui croquent les hommes. On dit aussi que ce sont des femmes des extrêmes. Soit elles sont totalement connes, soit des érudites. Quand une nordiste décide d’aller à l’école, c’est le doctorat ou rien même si elle finit sèche comme un bambou.

Les mbamoises

Les mbamoises sont des rêveuses. Elles aiment les grands et beaux garçons. Elles entretiennent un rêve de noblesse qui meurt quand elles finissent vieilles filles. Elles sont abonnées au divorce. Elles aiment sortir avec leurs « frères ». On dit des banen qu’elles ont un mari en ville et un petit pompier dans leur village.

Les bamoun

Hum ! Les bamoun sont considérées comme le summum de l’hypocrisie et de l’infidélité. La plupart sont des femmes au foyer, ce qui leur permet d’entretenir le foyer du voisin quand le mari est absent. On dit que si ta femme est bamoun sache que la moitié de tes enfants sont ceux de ton voisin, ton ami ou mieux, du boucher. Elles aiment mettre les pagnes sans rien en dessous parce que pour un coup rapide, c’est pratique. Elles aiment aussi le blanchiment de la peau. Tu peux reconnaître une bamoun dans la rue rien qu’en regardant la couleur multicolore de ses jambes.

Les Betis

Ce sont des femmes qui ne savent pas ce qu’elles veulent. Elles courent après le mariage le, mais une fois mariées, elles regrettent leur vie d’avant. Il se dit que c’est la dot qui les motive. Elles font des défis de dot : « on m’a doté à cinq millions, ta maigre dot c’était combien ? ». Il paraît que ce sont des esclaves de l’argent et qu’elles aiment les hommes en tenue. En couple, L’Ewondo est réputée irrespectueuse et sa famille passe avant son homme. Elles aiment la vie facile et les bars.

L’Eton  aime la violence. Mais il parait que ce sont des filles passionnées et qu’avant de faire l’amour elles aiment être bastonnées. Ce sont de grandes travailleuses et elles font preuve d’une grande force physique qui leur sert parfois à bastonner leurs maris.

Les Bulu sont des nymphomanes qui ne refusent personne.

Les Douala

Les filles sawa ne sont pas belles, mais elles ont de l’allure et elles ne se prennent pas pour n’importe qui. Elles aiment se vanter d’être princesses de ceci ou de cela, même dans zéro. Elles aiment seulement les choses de Paris qu’elles considèrent comme leur second village même si elles vivent dans un bidonville de Neu-Bell.

Les kribiennes

Majoritairement batanga, elles ont toutes un mami wata. Elles passent leur vie à la plage en bikini. Elles aiment les blancs. Le jour où elle a un enfant métis, elle fait la fête.

Les bamilékés

On dit des filles bamilékés qu’elles sont soumises. Mais qu’en réalité elles calculent trop. Quand tu épouses une bamiléké, elle construit la maison de ses parents, au village avec ton argent. Les bamiléké sont réputées nulles au lit. Au quartier, on dit que leur… heu… est « l’eau l’eau ». La bamiléké est dynamique, mais elle ne comprend pas que le ce « dynamisme » ne sert à rien dans un lit. Elles enrichissent les marabouts.

Les anglophones

Terme générique qui désigne les femmes de la partie anglophone du pays. On dit d’elles qu’elles aiment seulement leurs frères anglophones parce qu’elles aiment être draguées en anglais. La femme anglophone a un problème avec l’habillement. Il parait qu’elles aiment les couleurs vives ce qui les fait ressembler soit à des lampes-tempête ou des mannequins de boutiques chinoises. Il paraît qu’avant d’aller à une fête avec une anglose, il faut d’abord contrôler son habillement. Elles aiment tout ce qui est bling-bling. Et leur devise est « jamais sans ma greffe ».

Les banyangui sont les meilleures prostituées du pays. Une prostituée banyangui ne va jamais en retraite.

Bon ! je m’arrête là. Il y’aura un tome 2. Bien entendu ces tristes clichés n’engagent que ma triste personne. Mais sérieux, les filles ne tirez pas sur moi, votre homme, qui vous chante des « je t’aime » à longueur de journée là, je suis sûr qu’il partage certaines de ces âneries, sauf que lui ne l’avouera jamais. On est camerounais, on va faire comment?

Peace !

mar 23

Je suis camerounais, je suis fou

Vous connaissez ce prétendu dingue qui écume les rues de Yaoundé? Profitant maladedes bouchons aux heures de pointe, ce type raquette les automobilistes en les menaçant. Il s’agit d’une espèce de mastodonte déguenillé qui arrête surtout les grosses cylindrées pour leur imposer une aumône. C’est un type énorme, poilu, bleu à force de noirceur ry qui parfois n’hésite pas à lancer des projectiles infects sur vous ou votre véhicule si vous ne lui donnez rien, et ce avec les encouragements des badauds pour qui votre seul crime est de posséder une « grosse voiture  » – donc, fruit du vol.

J’ai été sa victime hier. Ce n’était pas mon véhicule (avis aux autres bandits). J’étais de passage au lieu-dit Boulangerie Sélecte+ dans le gros SUV – un véhicule de sport – d’une liane blanche qui fait mon bonheur ces temps-ci. Bah ! Je prône la diversité. Et comme dit si bien mon ami Reezbo, les lianes noires dérangent. Depuis que l’une d’elle m’a appelé un matin pour me demander de l’aider vu que l’orage de la veille avait emporté la toiture de la maison de sa tante, j’ai compris qu’il fallait que je change de couloir. Du moins, je vais attendre la fin de la saison des pluies.

Le gros nous a abordés alors que nous étions englués en plein onze heures dans un bouchon interminable. Une blanche au volant d’un gros véhicule, il ne pouvait pas laisser passer l’aubaine. « Donne ma part ! ». Le type bloque la remontée des vitres avec ses énormes avant-bras. La liane se tourne vers moi, quêtant mon aide. Je considère les quintaux de graisse du type et je me demande si elle est sérieuse.

Moi : Bah ! Donne-lui quelque chose. (sous-entendu au péage c’est le proprio du véhicule qui paie)

Elle : J’ai rien.

J’ai rigolé silencieusement. Apparemment tout le monde n’est pas la vieille Bettencourt hein ? Et moi j’ai la taille de Sarkozy, mais pas son pouvoir de persuasion.

Je décide de la jouer macho : « Ho ! Mon ami, dégage ! Il n’ya rien pour toi. » Le type devient menaçant et en un clignement d’yeux, fait le tour du véhicule pour se retrouver face à moi. J’ai refléchi hein ? Evalué le poids de sa main, qui couplé à la force de son bras aurait pu m’arracher la tête s’il lui était venu à l’idée de me gifler, car fait étrange, autant il était harceleur avec la blanche, avec moi, le type est énervé et postillonne comme une lama enragé.

Là j’ai pensé à tous les courageux ancêtres morts lors de la guerre d’indépendance. Prudent, j’ai compensé en me disant que nous avions déjà versé notre tribut de sang au pays. Les larmes au yeux, j’ai mis la main dans une de mes poches retiré un billet de 500F, rapidement happé par la monstrueuse patte du type qui est allé remercier… la liane !!! Nous sommes repartis sous les quolibets des badauds que ce genre de scène divertit à longueur de journée.

Je crois qu’une partie de moi est restée devant Selecte+.

Je vous le dis, un de ces quatre je vais abattre un des ces « fous  » qui hantent nos rues.

Ce qui m’énerve, c’est la complaisance des services sociaux que cette situation ne semble pas gêner. Quand une famille en a marre de « jeter » les sous dans les hôpitaux pour guérir un malade mental, bah, on l’abandonne tout simplement à lui-même. Et le quidam se bat tout seul dans la rue pour survivre. En fonction de leur degré de maladie, les plus malins se transforment en braqueurs providentiels comme « le gros », d’autres errent à longueur de journée, exposant leurs attribut à qui veut les voir, et se livrant même parfois à des actes de violence sur la population.

Mais le plus énervant, c’est que les Camerounais ne considèrent pas la folie comme une maladie. C’est toujours le résultat d’une action occulte qui n’a pas marché, d’une tentative malheureuse d’enrichissement rapide, ou d’une élévation sociale via des voies mystiques. Donc, le fou n’a que ce qu’il mérite. Aussi, tous les malades mentaux dans les quartiers ont toujours une histoire, sorte de légende tissée pour justifier leur état. On vous dira toujours que c’étaient des gens intelligents, beaux blablabla, mais qui en voulaient plus. Donc, ils ne sont pas vraiment fous, ils expient.

Je suis tombé des nues dernièrement en découvrant un malade mental dirigeant la circulation à un carrefour au quartier Nkondengui selon un timing tout personnel. Devant mon indignation, le taximan très sérieux de me dire:  le gars-ci est un ancien policier hein ? Ne le voyez pas comme il est comme ça aujourd’hui

Je me souviens aussi de cet autre malade qui dans mon quartier bloquait la circulation pendant de longues minutes pour dérouler en plein carrefour des enchaînements de katas d’un art martial né de sa folie. Personne n’a jamais osé le faire dégager car quelqu’un qui prétendait bien le connaître avait déclaré que c’était un ancien maître de karaté qui avait « trempé les mains » pour monter en grade. Depuis on le nommait Maître Chen Chen. J’ai découvert quelques accidents plus tard que sa folie était due à une overdose de chanvre indien et que son passetemps favori c’étaient les films chinois d’un bar voisin de son fumoir.

Et notre génial gouvernement ne fait rien. Ah ! Si. Je me souviens que lors d’un inutile sommet France-Afrique, les décideurs ont décidé de nettoyer les rues de tous les malades pour épargner la vue de  tonton Chirac. Sauf qu’au lieu de les envoyer en asile (ce qui aurait posé le problème du financement de leur séjour), ces génies ont organisé des charters nocturnes qui avaient pour mission de dispatcher les pauvres hères dans les villes périphériques de Yaoundé, lieu du sommet. On s’endormait avec un dingue dans le village et le matin, paf ! on en avait dix de plus, sortis de nulle part : la sorcellerie !

Je n’ai pas peur. Un Ngimbis ne connaît pas la peur. Mes ancêtres affrontaient les troupes coloniales surarmées avec des machettes rudimentaires et leur courage. Le jour où je recroise le « gros fou », il va me rendre mes 500F, liane blanche ou pas.

On est où là ?

Peace !

mar 12

Bienvenue à Nsimalen, Cameroun en miniature

douala

A mon vieil ami aux paroles si jeunes…

A force d’emprunter les avions, je me suis mis à m’intéresser aux aéroports. Un aéroport est un lieu de vie qui la plupart du temps est le reflet quasi exact de la société qui l’abrite. A ce titre, j’ai observé les aéroports camerounais et ma foi… Bref, lisez plutôt.

La vraie fausse gratuité
Comme l’école primaire dont un décret proclame la gratuité, les aéroports camerounais ont leurs contradictions. Tenez ! Les chariots. Quand vous arrivez à Nsimalen, ne cédez surtout pas aux sourires racoleurs des opérateurs qui vous abordent : Mon frère ! Tu es frais comme l’igname ! ou Ho ! la go Paris te mérite, tu attendais quoi pour partir ? Des approches toujours sanctionnées par la même phrase : mets ton sac ici je t’accompagne. Sauf que rendus à l’enregistrement, le gars va te tendre la main, tu t’étonnes, il va te parler de « la vie qui est dure », de l’agrément qu’il paye aux ADC, bref, tu vas que payer. Un futur mbenguiste ne discute pas. Hein tara ? Mille francs pour toi c’est quoi même ? Ne gâte pas ton nom grand !

La magouille
Elle commence dès l’entrée avec cette histoire de kilos. Mon frère, vous allez où ? On a un problème de kilos excédentaires blablabla. Je me suis toujours fait la réflexion que transporter l’excédent de bagages d’un camerounais c’est comme bouffer des sushis chez un restaurateur chinois à Bamako. Cette opinion n’engage que moi.

Les débrouillards
Cette nouvelle race – créée par le Renouveau et les Grandes Illusions Ambitions – est aussi présente dans les aéroports camerounais. Ils vendent du crédit téléphonique (nos fameux call-boxeurs), vous abordent pour changer des devises. Un tuyau : vous pouvez boire des Castel à l’aéroport de Nsimalen !
Si ! si ! les jeunes femmes que vous apercevez dehors et qui vous regardent droit dans les yeux n’attendent personne. Elles vendent des bouteilles de bière qu’elles trimballent dans des sacs à main. J’ai testé hein ? C’est pas beau ça ?

Les impôts qui ne servent à rien
Chez nous, on a la taxe dite d’aéroport dont je n’ai jamais compris l’utilité ni le sens. En effet, tous les passagers des vols internationaux sont astreints au payement de 10.000 francs avant d’embarquer dans un avion. Je me suis toujours demandé à quoi servait cet argent, dans quelle poche il rentrait. Si au moins on pouvait avoir la clim à ce prix…

Les bureaucrates
Nos fameux fonctionnaires avec leurs airs importants qui font croire qu’ils servent à quelque chose. On les remarque à leurs valises neuves donnant plus l’impression d’un départ en vacances qu’une mission de routine et leurs vêtements d’hiver qui sont la preuve qu’ils consultent la météo avant de voyager. Parfois en traversant la première classe de certains vols Air France, je me dis que l’épervier au lieu de voleter au dessus des sept collines de Yaoundé, devrait tout simplement prendre l’avion.

La joie
Les gens sont heureux de te voir partir : tu t’en va chercher les euros. Ils sont tout autant fiers de ton retour : tu ramènes les euros. J’adore cette foule dans les aérogares. A l’aller, c’est la famille, les amis, tout un fan club improvisé qui semble dire: Ma chérie, tu es l’espoir de tout le village, va de l’avant ! Photos. Dominant tout le monde, le Blanc, conquis sur Internet, rouge de son séjour à Kribi, ivre de plaisirs inaccessibles chez lui, assez bête pour croire que tous ces cousins à la mine renfrognée sont vraiment des cousins. La mère qui pleure, les regards envieux des sœurs, la fille, ex mouton noir qui prend sa revanche et rit fort pour masquer la peur de cet outre-mer dont elle ignore tout. Les flashes qui crépitent, une atmosphère de Cannes.
Il y en pour toutes les sauces: aventuriers, étudiants, futurs Eto’o, futurs riens, tous sont adulés, parce qu’ils partent. L’avion devient plus qu’un moyen de transport, c’est l’ascenseur social.
Il n’y a pas que l’aller, le retour aussi a ses ambiguïtés.

Le carnet de vaccination
Avant même le passeport, le premier document exigé en terre camerounaise est ce carnet jaune qui prouve que vous êtes vacciné contre je ne sais quoi. « Bonne arrivée au royaume des moustiques, nous vérifions que vous n’êtes vacciné ni contre le paludisme ni contre le SIDA ». Un peu comme les policiers et la carte nationale d’identité sur nos axes routiers: Vous n’avez pas de ceinture de sécurité ? Tant pis, présentez vos cartes qu’on soit sûrs que vous mourrez en règle.

Les hommes habillés
Comme dans les rues de Yaoundé, dans les aéroports camerounais on croise des flics et militaires en grande tenue. Sauf qu’eux ne sont pas là pour le Vigipirate hein ? Nous on n’a (vait) pas de soucis avec les terroristes. C’est plutôt des soucis de douane. La douane au Cameroun, tu la paies si tu ne connais personne, du coup pour le trafic d’influence, rien de mieux que des galons dorés : le prestige de l’uniforme.

Il y a aussi cette foule, comme à Douala, qui observe les avions atterrir et décoller. Cette foule de jeunes qui n’attendent personne mais sont debout devant le hall d’embarquement à longueur de journée. Avec dans les yeux cette envie de partir, cette envie de connaître un ailleurs meilleur, ils vous regardent quand vous embarquez, vous lorgnent quand vous débarquez, les yeux pleins d’étoiles, semblant se dire que là bas ne peut être pire qu’ici.

Néanmoins il ya de la joie dans nos aéroports hein, rien à voir avec cette froideur de Paris Charles de Gaulle par exemple. Cette indifférence affectée. Chez nous ce sont des youyous à l’arrivée, un brouhaha de conversations au départ, les gosses qui courent dans tous les sens, les rires, la chaleur, le tutoiement spontané, les blagues grasses et épicées. Même dans un avion à destination du Cameroun, on est déjà au Cameroun. Et quand l’aéronef atterrit, on applaudit à tout rompre. Bah oui, dans un pays où personne ne fait correctement le travail pour lequel il est payé, on sait transformer la routine en miracle. Tu as fais atterrir cet avion ? Alléluia ! Mon commandant tu bois quoi ?
Moi j’aurais répondu la Castel!, mais d’ici à ce que je pilote un avion de ligne…

Peace !

fév 20

Je suis camerounais, je suis Boko Haram

Hier mon pays a fait la une du JT français. Notre Roi qui se bat mixtepour obtenir la fameuse photo de la poignée de main sur le perron de l’Elysée; lui dont les services ne se gênent pas pour payer des colonnes des Journaux hexagonaux à prix d’or, ce, pour présenter la magie des grandes illusions Réalisations, a dû être heureux hier car sans courbettes, ni argent, le triangle national était à la une des médias gaulois.

Bon, c’est vrai qu’une affaire d’enlèvement n’est pas forcément une publicité positive. Mais bon…

Boko Haram. Ces gens me plaisent. Ils sont aussi futés que les commerçants Bamilékés. Ils ont très vite compris qu’enlever des occidentaux était le moyen le plus sûr de s’engraisser. Le blanc a de la valeur en ce siècle, et les barbus ne font que suivre la tendance d’un marché qu’ils semblent maîtriser. Ils ne sont pas les seuls hein? Nous autres camerounais l’avons aussi compris. En chaque camerounais il y a un peu de Boko Haram.

J’en ai fait la triste expérience dernièrement. Soirée chaude à Yaoundé. 30 degrés. Temps idéal pour avaler des castels congelées. Je reçois le coup de fil d’un copain. Mbom tu es où? Retrouve moi à x endroit. Ma fiancée est sur place. Tiens lui compagnie je suis en route.

Dix minutes plus tard, je suis sur place. Un coup  de fil et je me retrouve en face de la « fiancée » que je vois pour la première fois. Elle est blanche comme de la craie. Pas blanche de peur hein? Blanche par ce qu’européenne.

Bisou à gauche puis à droite et nous voilà en train de deviser comme de vieux amis. Une heure plus tard l’ami n’est toujours pas là. Les camerounais et l’heure hein? Toute une histoire.

Je décide de changer de terrain d’opération. Vous savez, les snacks soi-disant luxueux avec leurs chaises en faux métal chromé m’énervent. Surtout que vu les prix pratiqués, encore quelques tours de table et ce serait à la police que je devrais aller régler la facture.

Direction mon fief, mon petit bar de quartier que j’affectionne. La fille est un peu surprise, mais bon, son mec a dû lui dire que je je suis pas un kidnappeur, vu qu’elle me suit en souriant. Nous voici devant une table plus ou moins propre. La sono hurle « l’homme c’est l’homme tant que ça se lève ». Le tout au milieu de la fumée des fourneaux de porc et et des effluves de poisson braisé. Du rire, des blagues grasses des jolies minettes, bref, le Cameroun que j’aime.

Rien qu’à la façon dont l’assistance nous a reluqué à l’entrée, j’aurais dû comprendre qu’il y’avait anguille sous roche, mais bon…

A une table voisine, un groupe d’habitués. De vieilles connaissances, vous savez, ces « grands » qui glandent, mais boivent à longueur de journée dans les poches des autres. Des requins de bar qui sentent l’odeur de l’argent à des kilomètres et peuvent te maudire à cause d’une bière non offerte. Je remarque à un certain moment que comme la majorité des autres clients, ils s’intéressent un peu trop à notre table. Soudain l’un d’eux se lève et vient me saluer avec affectation: bonjour président!

Malchance! Vous vous souvenez de cette affaire de « prési » non?

Le type garde longuement la main de la « blanche d’autrui » dans la sienne. Puis au lieu de partir, décline toute son identité et se lance dans un éloge obséquieux et gênant de ma personne.

Le petit-ci, je l’ai vu grandir. C’est un génie. Quand il part là bas chez vous les Blancs, je l’écoute à la radio… blablabla.

Le tout avec un subit accent francilien que je lui connais pas. La whitisation comme on dit par ici.

C’est évident, il croit que c’est « ma blanche ». Bleu de honte je digère ses âneries.

Ils sont venus comme ça. A tour de rôle, présenter leur allégeance au « Prési Florian Ngimbis » et tous sont repartis avec une bière. A un certain moment mon portefeuille s’est mis à clignoter: petit! Je suis dans le rouge. Encore un faux geste et même l’argent de taxi pour demain tu n’auras pas.

Enervé, je me lève pour aller régler ma facture au comptoir sous les regards haineux de certaines ex-lianes attablées et ceux admiratifs (je veux le penser) des connards qui viennent de me sucer la moelle.

Au comptoir, surprise. Le barman, mon ami de toujours (du moins je le croyais), me sort après avoir encaissé mon fric: petit tu sais que tu as une facture qui dort ici hein?

- Heu… On s’est dit demain non? Je n’ai plus grand chose sur moi.

- Mouf! Tu es avec la blanche c’est toi qui paie? C’est ton argent? Tu me prends pour un idiot?

J’ai du batailler dur pour le convaincre. Je suis reparti avec les encouragements murmurés par la bande de gratteurs : nooon petit! Tu es fort. Confiance! Donne lui un bon plantain et reviens nous trouver on mange les euros là.

La dernière image que j’ai est celle de leur table où, le pouce levé dans le dos de ma compagne, les connards me faisaient des grands signes pour me féliciter et me motiver tout en avalant mes bières.

Quelques instants plus tard j’appelais mon ami: pardon, viens récupérer ton colis, je ne suis plus là. Je n’ai même plus soif.

Je suis quitté derrière les problèmes.

Certaines expériences méritent d’être vécues pour démontrer la bêtise de la société. Ce regard sur les couples mixtes m’énerve. Si tout le monde est tout sourire quand ils sont présents, le dos tourné, ce sont des remarques désobligeantes, des allusions à la limite obscènes.

Le camerounais: j’aime cette fille.

La société: L’amour hein? c’est ça! On vous connaît!

La « blanche » est considérée comme un portefeuille ambulant en manque de sensations fortes. Toi le « négro » comme un pénis sur pattes qui « baise comme un noir pour vivre comme un blanc ».

Peu importe que ce soit toi le porte-monnaie du couple. Peu importe que vous vous aimiez d’un amour sincère. La société, ta famille te verront comme un conquistador ayant récolté les trésors d’un lointain eldorado. Un héros chargé de recouvrer la « dette coloniale ».

Maladie: driiing le téléphone sonne. On t’attend à l’hôpital avec la facture de médicaments.

Anniversaire: drrring! Voici le gâteau que je veux. Viens seulement payer.

Mariage: viens tout acheter, nous on viendra seulement se passer la bague au doigt.

Un obscur cousin se fait arrêter: drrrring!  Nous voici devant le commissariat on t’attend.

Pourquoi moi? Ben mon frère tu as la blanche non? Vive l’amour pour tous!

Pas besoin de se rendre dans un lointain parc animalier pour se faire kidnapper. Parfois Boko haram est tout près. Dans une famille, dans un bar prêt à en découdre avec cette « éducation occidentale » qu’ils prétendent décrier, mais dont les euros leur font tant de bien.

Peace Boko Haram!

 

fév 9

Bientôt Koh Lanta-Yaoundé!

Capture d’écran videos.tf1.fr

Capture d’écran videos.tf1.fr

Parfois, Canalsat suspend le câble. Je ne leur en veux pas, ils doivent sûrement appliquer la parole biblique qui dit au pauvre  on enlèvera le peu qu’il a… Donc, quand Canalsat daigne nous laisser regarder les chaînes du câble je regarde parfois Koh Lanta. Vous savez, cette émission où des gens doivent survivre avec le minimum sur une île inhabitée etc.

Je rigole souvent, en me disant mais c’est quoi cette mascarade?  Si si. On parachute des gens sur une île dénuée de tout danger, on leur donne du riz, de l’eau et on leur dit qu’ils sont en mode survie ?

Si un jour je participe à l’organisation de cette mascarade, je vais proposer un Koh Lanta Yaoundé. Ne riez pas, je suis sérieux. Notre chère Ongola a tout pour organiser un Koh Lanta mémorable.

Chez nous à Ongola, ce n’est certes pas la jungle tropicale, mais c’est mieux : c’est la jungle urbaine.

Principe

Ce ne sera plus affaire d’île. Ce seront vingt candidats devant survivre à Yaoundé avec en tout et pour tout 500F par jour. Durée de l’épreuve 30 jours (objectif atteindre la fin du mois et les salaires).

Pour venir déjà, ce sera une épreuve. Tant pis pour ceux dont le voyage s’arrêtera là. Savoir comment justifier l’absence de carnet de vaccination. Savoir comment justifier la présence de son ordinateur de travail ou d’une caméra dans sa valise. Sponsor potentiel : la douane camerounaise.

Ensuite il ne s’agira pas de faire comme les gens de Koh Lanta hein ? Aucune goutte d’eau ne sera fournie.  La Camerounaise des Eaux (un des sponsors potentiels de Koh Lanta Yaoundé) y veillera. Arrivez quand vous voulez : saison sèche, saison des pluies : on s’en fout. Les candidats auront un communiqué de la CDE toutes les heures : il n’y a pas d’eau parce qu’il n’y a pas de courant.

Koh Lanta Yaoundé se passera dans le noir. Pas d’électricité. Peu importe votre quartier. Bastos ou Ntaba. Noir c’est noir, on vous enlève l’espoir. Les candidats devront tenir compte de ce facteur lors des épreuves impliquant la traversée de la route (indice : pas de courant, pas de feu de signalisation). On a un sponsor tout trouvé : AES Sonel, ceux dont le slogan devrait être obscuriting Cameroon.

Néanmoins les candidats devront répondre à quelques critères hein ?

Ne pas avoir de santé fragile.

Parfois ici grâce au sponsor Camerounaise des Eaux, l’eau est vraiment rouge hein ? Donc même filtrée attention au choléra. Ne pas avoir de troubles respiratoires. On ne sait comment ils ont réussi, mais nos sponsors CSPH, SONARA, Tradex et d’autres réussissent à distribuer un carburant malodorant de mauvaise qualité qui, s’il est mauvais pour les moteurs, l’est aussi pour les poumons. Du moins on le suppute. Donc les asthmatiques et autres, ne postulez pas.

Epreuves

Les candidats à Koh Lanta- Yaoundé auront l’embarras du choix tant la palette des épreuves est riche :

  • Faire le tour de Yaoundé en voiture sans se faire rançonner par la police (si vous résistez et finissez au commissariat, ça ne nous engage en rien)
  • Faire le tour de Yaoundé à moto sans se faire renverser ou mieux, tuer (épreuve facultative car la mort et l’amputation devraient être facultatives)
  • Se faire opérer  et survivre à une coupure d’électricité pendant que vous êtes au bloc (liste d’hôpitaux ne possédant pas de groupes électrogènes fournie en annexe)
  • Passer une semaine sans recevoir un mail de Marie de Ringo (ne demandez à personne qui c’est)
  • Faire légaliser un document à la sous préfecture de Yaoundé 3 pendant une coupure de courant (le compostage électronique nécessite le courant, mais pour cette épreuve les timbres en papier, même faux, sont autorisés)
  • Regarder un ralenti lors d’un match retransmis à la Ciartivi la chaîne nationale (nous autres organisateurs rions en proposant cette épreuve)
  • Avoir une conversation Skype sans coupure de connexion (les appels doivent comporter la vidéo)
  • Arriver à l’heure à un rendez-vous un jour de sortie du chef de l’Etat (si la garde présidentielle vous abat, ça ne nous engage pas)
  • Passer une journée sans recevoir un sms de pub de MTN Cameroon (si vous perdez, ne demandez à personne comment ils ont eu votre numéro)

Immunité

L’immunité totale sera accordée au candidat qui répondra à la question: Pourquoi les Camerounais ne s’impliquent que dans les problèmes des autres et sont si indifférents quand ça concerne leur pays?

Par contre je recommande la suppression de la méthode du vote pour éliminer les candidats. Affaire de vote par ici, on sait comment ça commence mais la fin semble écrite par la même personne.

En outre,  Koh Lanta Yaoundé ne sera qu’un échauffement en vue du vrai Koh Lanta : Koh Lanta Douala avec une épreuve de mort subite : traverser la rue au lieu dit Boulangerie COAF. Là on va bien rire.

Nom de baptême: Koh Lanta Yaoundé: trente ans jours avant le renouveau.

Peace !

 

déc 21

Les nuits avec ma camerounaise

camerounHier soir, j’ai connu une soirée infernale. En effet, une fille m’a giflé. Ne riez pas. Il est des soirées comme celle là qui commencent sous les meilleurs auspices du monde et finissent en eau de haricot.

Je devais aller écouter Greg Belobo s’époumoner au cours d’un concert à la basilique mineure. J’avais même réussi à planifier un rendez-vous avec une jolie et intelligente twitto qu’il me tarde toujours de rencontrer. Mais voilà ! Tandis que je m’apprêtais à m’y rendre, un démon se manifeste sous la forme d’un coup de fil qui a fait grésiller mon X-Net phone : le premier téléphone (sino-) camerounais.

Salut Florian ! Depuis des mois que tu m’as promis un dîner là ?

Changement d’itinéraire, me voilà à Tchop et Ya Mo, le McDonald’s local dont j’adore le menu beignets-haricot-bouillie accompagné d’ailes de poulet. Endroit reposant n’eût été l’absence d’eau dans les toilettes. Merci à la Camerounaise/marocaine des Eaux.

La liane après avoir ingurgité deux fois ma quantité de nourriture me sort : ok ! On rentre.

Alléluia ! J’exulte.

Arrivée chez moi. Mais bon, je vous arrête. Ce qu’il faut savoir c’est que mon domicile est une vraie curiosité, si j’en juge par les questions que me posent souvent les filles. Moi je suis un type simple et pauvre. Ou alors simple parce que pauvre, c’est selon. Heureusement, je suis comme les scouts : toujours prêt!

Donc, je débarque avec la liane.

Escale au salon. Un lieu vide comme l’espace interstellaire. Le seul meuble est le tapis qui orne le sol (et qui a aussi une fonction utilitaire hein ?)

Eukieu ! Comment c’est vide comme ça ?

« Laisse seulement chérie ! Depuis qu’on m’a cambriolé, j’ai décidé de ne meubler le salon que lorsque je vais aller vivre à Bastos avec le gardien qui va avec ».

Je précise que ceci n’est pas totalement faux, mais pas totalement vrai non plus.

Vous ne me croirez pas, mais ça marche.

Puis vient la chambre : un espace digne j’en suis certain de la chambre du spartiate Léonidas. Un lit, un bureau sur lequel trône l’ordinateur qui produit ce texte et des piles de livres qui jonchent le tapis. Il fut un temps où je l’appelais le Labo. J’avais même voulu inscrire sur le chambranle « nul n’entre ici s’il n’est une chatte de laboratoire » Mais il ya des limites à l’excentricité…

Eukieu ! Même la télé tu n’as pas ?

Moi, très sérieux :

« Mama, moi je ne regarde pas la télé hein ? Les médias nous mentent. Tu ne sais pas ça ? Faut pas croire toutes les salades qu’on te pompe à longueur de journée hein ? Je suis un militant antitélé ! »

Là encore ça semble marcher.

Enfin, je le croyais. Car un quart d’heure plus tard, la liane me sort : ok ! Je venais seulement voir la maison, je rentre.

Je me suis mis à ricaner. Vous savez, ce ricanement sans joie des gens qui en une soirée ont tout perdu au jeu.

Ecoute chérie, ce n’est pas parce que les maisons ne sont pas numérotées dans ce foutu pays que tu vas me sortir ce genre d’excuse hein ? Ma maison n’est pas une salle de ciné, ni un théâtre encore moins un stade de foot hein ? Tu venais voir quoi ? Un match ? Un film ? Ok ! Depuis que tu es là, tu as alors vu quoi ?

J’avais à peine terminé que j’ai reçu la gifle dont je vous parlais plus haut. Je suis « mécréant », mais je lis la Bible : malheur à celui par qui vient le scandale. Illico, j’ai raccompagné la liane et piment sur le taro, j’ai même payé son taxi !

C’est ce dernier élément en fait qui m’a mis hors de moi. Mes sœurs camerounaises sont ainsi: elles ont beau prôner la parité, jouer les femmes indépendantes et prudes, militer pour l’autonomie, paradoxalement, il faut toujours qu’elles y associent ce petit grain de vénalité qui m’énerve. Je le confirme hein ? Les nuits avec les camerounaises sont merveilleuses, mais les matins…Hum !

Ce sont souvent des phrases anodines mais dont il faut percer le sens caché.

Chéri tu payes mon taxi ?

En fait certaines femmes se jaugent par le montant de leurs frais de « taxi ». Même si vos domiciles sont mitoyens. Souvent je m’amuse à dire « c’était bien ma puce, bonne journée hein ? ». D’habitude, la gourgandine ne fait pas mine de bouger me toisant avec l’air de se dire : n’est-ce pas tu es Brad Pitt ?

Chéri, tu ne me fais pas déjeuner ?

Ne cours pas lui acheter un sandwich façon deux œufs spaghettis sardine au « tournedos » du coin : tu vas le manger toi-même. Il faut payer !

Chéri j’ai besoin d’aller me recoiffer.

Un jour j’ai eu une conversation bizarre suite à cette phrase :

- Te recoiffer ? Mais ta coiffure là est encore présentable…

- Présentable ? Tu te fiche de moi ? N’est ce pas la nuit je te disais de ne pas tirer mes cheveux ?

- Mais tu disais aimer ça.

Regard tueur.

Sauf qu’à l’énoncé du montant de la « coiffure » ce sont mes cheveux qui ont failli se détacher de mon crâne.

Mais je dis hein ? Tu as le même coiffeur-jardinier que Chantal Biya ? Euh…Je ne l’ai pas dit hein ? C’était la gifle à coup sûr.

Avant je me plaignais, mais des amis m’ont rassuré : « mon frère laisse ! Le vrai piège c’est quand après deux rendez-vous elle ne te demande rien. Dans ce cas, sache qu’après le troisième ce sera une affaire de loyer à payer, de Galaxy SIII à acheter, ou de cotisation interminable à financer. Ou alors son père va subitement mourir pour la nième fois ».

Je me suis tu. Surtout quand j’ai appris que d’autres achètent des voitures ou offrent des maisons. Mais pourquoi elles ne portent pas des plaques comme les vendeurs de Mokolo: Venez me tromper, je ne vends pas, je liquide…

Je vais dans tous les sens hein? Je ne sais même pas pourquoi je vous raconte ça. Peut-être parce que j’avais rêvé ma dernière nuit sur terre autrement que seul dans un lit glacial la joue brûlante. Bah oui ! Il paraît que demain c’est la fin du monde non ? En tout cas, si vous lisez ce billet, c’est que rien ne se sera passé et que les Mayas étaient des menteurs.

D’ailleurs je me demande comment étaient les filles Maya…Pas pire que les cameruineuses j’en sui certain. On va faire comment? On les aime ainsi.

Je me tais.

Peace !

déc 11

Lettre au Directeur de la Camerounaise des Eaux: Je vous aime!

Nectar produit par la CDE. Que c’est beau…

Cher Directeur Général de la Camerounaise/marocaine des Eaux,

Je vous le dis, je n’ai pas peur de la fin du monde. Je n’ai pas peur des prédictions d’une bande de types qui n’ont pas vu venir leur propre fin.
Je m’égare…

Si je vous écris c’est pour vous remercier, car cela fait deux ans que, pour une raison inconnue, vous privez les habitants de mon secteur (Efoulan sous préfecture) d’eau courante, et j’ai pu mesurer à quel point je vous suis redevable.

Je vous dis merci car grâce à vous je suis désormais ouvert à d’autres religions. J’ai cotôyé l’Islam, du moins dans sa partie ablutions. Je sais désormais tout des toilettes façon pèlerin cheminant dans le désert. Trois gouttes pour les pieds, deux pour le visage et pour le reste, un bon parfum fait l’affaire.

Je vous dis merci car grâce à vous, j’ai les bras aussi musclés qu’un tennisman. Ce n’est certes pas dû à la pratique intensive de la raquette, mais plutôt au fait que je tracte interminablement des seaux du puits de mes voisins. Bon le mauvais côté c’est que depuis, lorsque je serre la main à quelqu’un, il me demande invariablement : « tu fais quoi dans la vie ? » Mais ce n’est pas grave…

Je vous pardonne car grâce à vous, j’ai goûté au confort des divers hôtels de Yaoundé : sérieusement, on a beau être musclé, il est difficile d’aller tracter un seau après une nuit passée à boire des hectolitres de Castel.

« Chéri on rentre chez toi je prends une douche ? Non ma liane, allons plutôt à l’hôtel. Chez moi à l’heure-ci les bandits vont te finir. »

Grâce à vous je n’ai plus peur de la nuit. Habitué que je suis à sortir chaque soir entre minuit et deux heures pour « guetter l’eau ». A mes risques et périls certes, mais les nuits de Yaoundé sont si belles.

Grace à vous j’ai remis en cause la science. Une eau potable peut être jaune, rouge, grise. Sa potabilité lui vient du fait qu’elle sort d’un robinet. Ah merci, ils nous mentent ces prétendus savants.

Grace à vous j’ai appris à aimer la pluie. Je soupire d’aise quand je vois mon salon rempli de toutes ces bassines que je contemple amoureusement les soirs de pluie tandis qu’elles se remplissent d’eau sur ma véranda. Si le bonheur a un visage c’est sûrement celui là : des bassines se remplissant d’eau de pluie à côté d’un robinet sec…

Grace à vous j’ai compris que les miracles existent. Oui Monsieur ! Un soir je suis rentré ivre chez moi, et pour rire, vous savez, une de ces blagues stupides d’ivrogne, j’ai tourné le pommeau de la douche. De l’eau en est sortie Monsieur ! De l’eau je vous dis, pas du vin. J’ai bien cru que j’allais m’évanouir.

Oh je vous aime Monsieur,

J’aime vos agents qui se pointent chez nous pour déposer des factures d’entretien de compteurs qui sont secs depuis des lustres.

J’aime vos autres agents qui ont défoncé la chaussée au lieu dit Dakar sous le prétexte de réparer des tuyaux vides, ces agents à qui nous devons d’énormes bouchons à cet endroit.

J’aime votre cousine AES Sonel, que vous ne semblez pas porter dans votre cœur tant vous l’accusez de tous vos maux : « S‘il n’y a pas d’eau c’est parce que nos pompes ne fonctionnent pas à cause d’une coupure de courant. » Ah quel beau spectacle que ces tiraillements entre enfants d’un même ventre…

Oh oui, Monsieur, grâce à vous je n’ai pas peur de mourir, car si de l’autre côté du miroir le paradis existe, je suis sûr qu’il ne peut être meilleur que celui que vous nous avez aménagé ici.

Potablement votre.

Florian Ngimbis, un admirateur.

déc 5

#30anssansmourir : les Camerounais sont-ils anti-Biya?

Est-ce que je suis un anti-Biya? Chaque fois que je répond à une interview, je dois faire face à cette question. Franchement, je ne pas trop quoi répondre. Cette tendance à critiquer le système me vaut bien des ennemis dans la République des Crevettes, vous savez, ces Camerounais qui disent que je mets en avant une mauvaise image de notre pays.

Je ne vais pas revenir sur ce vieux débat, mais juste relever une chose : il y a quelques temps, au détour d’une conversation avec un twitto @ETAMBA, j’ai lancé le hashtag #30anssansmourir sur Twitter. Un hashtag qui à mon sens traduit l’exaspération et la déception de tout un peuple et surtout une jeunesse qui attend toujours de voir se réaliser des promesses trentenaires.

Trente ans de gabegie et de vol ininterrompus. Un cauchemar qui n’en finit pas, même la nature semble contre nous. Un mois quasiment jour pour jour après l’anniversaire de l’accession du Roi Lion à la magistrature suprême et éternelle, j’ai réalisé une compilation des tweets publiés avec ce hashtag. Ces personnes ne se connaissent pas, mais ont un dénominateur commun : ce sont tous des camerounais. Lisez ce qu’ils pensent de leur pays et de son/ses dirigeant(s). Lisez, après on reparlera de mon antibiyaisme…


nov 21

Je suis camerounais, je suis raide

Un jour je crois que je vais jeter aux orties ma bonne éducation et toutes mes valeurs de non violence pour refaire le portrait à un camerounais. Je suis sûr que ça va se passer dans un bar ou autre lieu de plaisir. Je suis certain que je serai accompagné d’une liane sculpturale. Sérieusement vous êtes déjà entré dans un bar au Cameroun avec une jolie femme ? Si la fille a la peau jaune comme une papaye mûre, la cambrure de Nicki Minaj ou tout simplement un certain accent francilien qui prouve qu’elle vient de débarquer du pays de tonton Hollande, ce sont des ennuis en perspective. Les mâles présents dans le bar donnent un sens à l’expression déshabiller du regard. Ils reluquent, lorgnent, bavent sans se gêner. Chez nous, les hommes ont créé le terrorisme par le regard. Ces vautours n’ont pas de respect pour toi, pauvre mec dont le porte monnaie subit une cure d’amaigrissement, ils veulent t’enlever ton bien. Assis, tu racontes ta vie à la gourgandine, inconscient des missiles visuels qui pleuvent sur elle. Et si tu as le malheur d’avoir la vessie pleine, le temps mis aux toilettes équivaut à un remplissage de son répertoire téléphonique via les cartes de visite glissées discrètement par la main d’une serveuse complice.

Comme on dit dans mon quartier, les camerounais n’aiment pas aller à la chasse, ils préfèrent ramasser le gibier mort que « le train a cogné ».

J’ignore qui a créé le mythe de l’Africain super athlète au lit, mais je parie qu’il était camerounais. Peu importe la couche sociale, la consommation de produits dopants/aphrodisiaque est étonnante dans ce pays. Le camerounais a l’impression qu’il n’est personne s’il n’est pas bon au lit.

Les partisans du « consommons camerounais »

Ils sont toujours en train de mâcher des écorces et autres racines. Tu bois une bière dans un bar avec un ami, pour peu qu’il aperçoive ces vendeurs à la sauvette qui se baladent avec des plateaux pleins de bitter cola (prononcez bitacola), cette noix au goût aigre à laquelle on prête mille et une vertus, le voilà qui hèle le vendeur : il en achète une tonne et te sert le mensonge habituel : Mbom ! J’ai mal au ventre, ce truc lave les intestins. Hum ! Tu fais semblant de le croire, mais il se trahit lorsqu’il commande ensuite une grande Guinness deuxième ingrédient de cette mixture sensée décupler les performances sexuelles. S’il abuse de la Guinness, son cerveau embrumé va laisser échapper une phrase du genre : la fille là va souffrir ce soir. Hum !

Vive la Chine ! Vive le Nigéria !

Il ya les autres qui font confiance à la pharmacopée chinoise. Bonbons au ginseng au prix outrageusement bas, qu’ils trimballent dans la boite à gants et dont l’odeur âcre les enveloppe comme un nuage maléfique. Des bonbons fabriqués par des types qui n’hésitent pas à empoisonner le lait de leurs nourrissons… Je me tais.

Il ya aussi les contrefacteurs nigérians qui produisent du viagra modifié et « amélioré » vendu à prix modique dans les pharmacies du trottoir. Leur produit phare s’appelle Véga. Nom de code « La Fusée » à cause de la photo d’une Vega qui illustre les boites de ce produit de mort. Après trois utilisations, on ne peut plus décoller sans ce lanceur…

Taille XXL

J’ai aussi fait connaissance avec d’autres quidams qui optent pour les boissons énergisantes qui ont trouvé au Cameroun un nouveau marché. Secteur qui ma foi se porte plutôt bien si l’on s’en réfère à la consommation exponentielle dont elles font l’objet. Rien que leurs noms sont de puissants atouts marketing. Du coup, j’assiste à des scènes qui m’amusent souvent. Au bar avec une connaissance:

Moi: Gars tu ne bois plus la Castel ?

Lui: Non, je prends désormais la XXL (vous parlez d’un nom pour une boisson)

Moi: ???

Lui: Je travaille trop mon frère, il faut que je compense.

J’ai compris le fin mot de l’histoire quand après avoir ingurgité trois bouteilles de cette potion qui a l’apparence de la pisse de chat, le type a décroché son téléphone pour caler un rendez-vous avec son deuxième bureau… Un fonctionnaire camerounais qui travaille trop…la bonnee blague !

Je suis sérieusement perplexe quant à cette addiction de mes compatriotes vis-à-vis de produits dont la nocivité est évidente pour peu qu’on fasse appel à un minimum de logique. La plupart ignorent qu’ils n’ont pas d’incidence directe sur le pénis, mais le cœur qui est la pompe du premier. Parfois, je ricane lorsque je vais à certains enterrements et que les gens se lamentent:  Il n’avait même pas quarante ans le voilà qui meurt d’une crise cardiaque. C’est la sorcellerie, on l’a mangé au village. Sorcellerie hein ? Demandez à son vendeur de médocs et à ses amantes. Les premiers savent, les deuxièmes confirmeront : le cœur n’est pas un moteur diesel. Curieusement, je n’ai trouvé aucune étude sur le sujet, rien, sauf à considérer la sortie de notre ministre de la communication qui s’en fendu dernièrement d’un communiqué pour mettre en garde contre la « publicité mensongère »… Je me demande si je dois rigoler.

Le camerounais adore les raccourcis. Travailler c’est trop dur, il faut toujours recourir aux expédients. même au lit.

Néanmoins, certains prétendent que cette obsession pour la performance sexuelle est aussi le fait des camerounaises dont on dit qu’elles sont toujours en train d’en redemander et vont voir ailleurs si le contrat n’est pas rempli (qui leur en voudrait ?). Je n’en sais rien, mais je vous livre tout de même une dernière pour la route :

Il ya quelques temps, me voilà en train de prendre un verre (enfin, une bouteille) avec une liane dans un bar. A un certain moment voilà la sorcière qui me demande de poser mes mains sur la table. J’obéis tout en lui demandant si elle lit déjà les lignes de la main. Sa réponse m’a stupéfié : ékié ! Tu ne sais pas qu’on peut déduire la taille du pénis d’un homme en mesurant celle de ses doigts ?

Moi: Hein? (prononcez façon ch’ti).

J’ai failli renverser les bouteilles en ôtant mes mains aux doigts minuscules pour les cacher sous la table. Malchance !

Je vous rassure, je lui ai prouvé que sa théorie était bidon.

Ben quoi, je suis camerounais hein?

Peace !

 

 

 

oct 24

Cameroun: liberté d’expression ou liberté d’aboyer?

Une d’un journal camerounais: qui s’en fout?

Hier, quelqu’un m’a demandé mon avis sur cette affaire de liberté d’expression au Cameroun. Moi j’ai rigolé hein? Parce que je ne comprends pas: liberté d’expression là ça sert à quoi même?

Les médias chez nous font partie d’un système commercial. Ce sont des épiceries de l’information dont les produits frelatés virent vite à la désinformation. Essayez de relire les prétendus scoops des journaux des jours ou des semaines après leur parution : pathétique.

Cela s’est vu avec la vraie fausse disparition de notre Reine, que n’a-t-on pas entendu ? Nulle part l’information, que du kongossa (le mauvais hein ?) des allusions, hallucination collective, florilège de « divers du bar ».

Il paraît que la naissance d’une étoile est un évènement rarement observé par l’œil humain. Moi je vous dis, la naissance d’une information au Cameroun est un évènement banal. Rentrez dans un bar, écoutez les conversations : je te dis qu’elle est enceinte. Mon cousin qui lave les plats à l’hôtel Sheraton de Paris l’a vue avec un musicien! Le lendemain vous les avez en une des journaux : Remue-ménage à Etoudi : La première dame enceinte s’enfuit à Paris pour produire un album avec un chanteur malien. Pas de vrai article, un malheureux entrefilet de conneries.

Il y’a des maux tolérés : le per diem. Cette enveloppe pleine de billets qu’on remet aux journalistes venus couvrir un séminaire, le lancement d’un produit, un meeting politique. Un achat de conscience à peine voilé. Quelle crédibilité donner aux propos d’un homme qui a reçu de l’argent pour écrire ? Pour penser ? Per diem : par jour. C’est ainsi que vivent nos médias au jour le jour, maintenus en vie artificiellement par des transfusions de franc CFA. Et ne croyez pas la rumeur qui dit que seule une certaine presse est concernée. Que non ! Même les « grands » s’y laissent prendre, c’est juste l’épaisseur de l’enveloppe qui change. Et on émarge ! Même lors des élections, nuitamment de préférence. Pourquoi être surpris qu’après on puisse être dégagé par un simple coup de tête…

J’ai vu mon pays s’engouffrer dans une pratique bizarre, le journalisme de liste. De la calomnie pure, sans preuve, sans traitement, sans vérification. Ça se vend, à un public qui se contente de la une. La liste des francs-maçons, la liste des homosexuels, la liste des futurs ministres, la liste des francs-maçons homosexuels futurs ministres…Quel intérêt pour un pays qui manque de tout ?

Un journal ayant publié une liste de camerounais en vue, prétendus homosexuels a vu son tirage épuisé en une journée il ya quelques années. Oui, j’ai vu des camerounais acheter des photocopies d’articles ! Du jamais vu. Tous les épiciers de médias ont flairé le filon, la pratique s’est institutionnalisée.

La radio quant à elle est prise en otage par une race qu’on appelle les « communicateurs ». Des animateurs et pseudo journalistes qui se perdent dans des émissions allant dans tous les sens. On commence par une critique d’art et puis on se retrouve en train d’expliquer aux auditeurs que si x musicien voit le sang partout, c’est parce que sa femme porte des sous vêtements rouges depuis des années. Cette tendance se vérifie dans l’ubuesque bataille pour le magot que constitue la gestion du droit d’auteur. Déclarations incendiaires, calomnie, injures, bagarres dans les studios. Le franc CFA dicte la ligne éditoriale et son règne est loin d’être terminé.

Et puis il y a ces émissions brulots où des camerounais croient refaire leur pays à coups d’appels téléphoniques. Le pays ci est gâté, les gens volent l’argent ! Des coups d’épée dans l’eau trouble de la mal gouvernance. Ou encore ces émissions surréalistes où des apprentis-sorciers, se transforment en juges. Boire sa castel tranquillement dans un bar et entendre : « ce matin nous recevons madame x qui accuse un certain Ngimbis Florian d’avoir perçu un million de CFA pour la faire admettre au concours de la police. Les résultats sont publiés Mlle x n’a toujours pas son sifflet. Au nom de la justice du peuple, ce voleur de Ngimbis va lui rembourser son argent ». Tout le monde regarde. Personne ne fait rien. Ni l’Etat, ni la corporation.

Mon opinion est connue : si on s’en tenait à la une des journaux camerounais, par an on aurait un Watergate, une douzaine d’affaires Elf et des démissions de hauts cadres en pagaille. Mais dans la réalité des faits, il n’en est rien, ou presque. L’immobilisme perdure et les lignes ne bougent que lorsque les dénonciations ciblent des pièces de la bataille de conservation de pouvoir qui fait rage dans le vaste échiquier de la mal gouvernance. Mon petit, pourquoi tu écris tes choses là sur moi ? Voici une enveloppe tais et toi et je te fournis un scoop sur le ministre x. Voilà ou l’on en est : l’enveloppe ou l’article.

Ce qui me chagrine dans toute l’histoire c’est que dans cette boue, sont noyés des hommes véritablement intègres. De vrais professionnels qui chaque jour font leur métier avec la naïveté et la candeur qui caractérisent la vocation. Mais voilà, seuls les médiocres tiennent le haut du pavé dans ce pays. Dans le monde de la radio par exemple remarquons que Douala semble prendre le pas sur Yaoundé avec une vision plus professionnelle et plus assainie d’un métier galvaudé sous les cieux d’Ongola.

Liberté d’expression ? Oui elle existe dans la République mais s’apparente à un libertinage savamment entretenu par l’Etat et la corporation d’hommes/commerçants de médias.

Quatrième pouvoir ? J’en doute. La forteresse la plus « imprenable » ne vaut rien si les gardiens ont été achetés. A quoi sert une liberté qui ne fait pas avancer les choses ?

On en est là : les chiens aboient, la caravane passe et les caravaniers lancent des morceaux de viande aux chiens qui aboient de plus belle. Sauf que, le camerounais qui vaque à ses occupations ignore si le chien aboie pour arrêter la caravane ou pour réclamer plus de viande.

Peace !

oct 19

Les camerounais ne savent pas épouser

Il ya un mot, non, pas un mot un concept en vogue au Cameroun qui m’énerve : la responsabilité. Pour le camerounais, être responsable c’est être un Homme, c’est avoir un job, une femme, les enfants qui vont avec, c’est sortir seulement le samedi soir et rentrer à 22h, c’est aller le dimanche à la tontine des ressortissants du village, c’est avoir les cheveux blancs chaque rentrée scolaire, c’est parler du terrain à acheter à Nomayos, c’est se renseigner sur le prix des parpaings, c’est s’intéresser au prix du bétail en vue de la dot de madame etc.
Quand une fille me sort la phrase « Ngimbis, il faut te responsabiliser hein ? »,  d’habitude je ramasse mes fringues je me rhabille en vitesse et…je fuis. J’ai appris à reconnaître les vampires.
Pourtant se marier n’est pas chose facile hein ?

Quand un homme ici au Pays des Crevettes décide de se marier, c’est ce jour qu’il apprend qu’il a une famille.
Il ya quelque temps, un cousin a décidé de se marier. Pas avec une inconnue hein ? Avec une fille qui partage sa vie depuis cinq longues années (je me demande comment ils font) dans un violent « viens on reste » la version camerounaise du compagnonnage amoureux.
Je ne sais pas ce qu’elle lui a fait au lit une certaine nuit, le voilà le lendemain avec à la bouche un mot : mariage.

Aujourd’hui il y a le portable hein ? En quelques heures toute la famille est au courant. Le week-end suivant, voilà un oncle maternel, le patriarche de la famille qui débarque du village.
J’ai assisté à l’interrogatoire en règle qu’il a fait subir à mon cousin et j’ai eu froid dans le dos.

Je précise (vous comprendrez pourquoi) que la fille est de Yabassi, cadre, trentenaire, et mère d’un adorable gosse.

Oubliez l’amour hein ? Oubliez les envolées lyriques sur les sentiments. Quand un camerounais présente sa future femme à ses parents, rien de tout cela ne compte. Leurs critères sont ailleurs.

L’origine
On a beau jouer au jeu hypocrite de l’amour, la tribu est le critère majeur. Une fille d’une tribu étrangère perd beaucoup de points. Le camerounais fait des affaires avec ses concitoyens, mange et boit avec eux, mais quand il s’agit d’union, c’est autre chose. Certaines unions meurent à l’énoncé de la tribu de la compagne. Une bamiléké ? Mon fils ! Tu vas seulement marcher sur mon corps avant de l’épouser. Tu ignores que les bamilékés nous ont trahis pendant le maquis ?
On ressort des clichés endormis, des lieux communs, des inepties : Une Yabassi? Est-ce que tu sais qu’avec leur sorcellerie, les Yabassi ont fait tomber la chéchia du président Ahidjo lors d’une visite chez eux ?
Idioties parfois proférées, parfois tues car en réalité le rejet au nom du tribalisme ne s’assume pas. Il n’a pas de fondement logique. Donc on sort une sentence sans appel : Une nkwa ? Jamais !

Le statut social
Curieusement, une femme qui ne travaille pas a plus de chances. Elle est jugée plus malléable, moins indépendante. La femme qui s’assume fait peur. Tu sais comment elle a eu son argent ? Tu sais qui lui a trouvé le travail ? Le genre-ci tu vas lui dire quoi ?
Mon oncle ayant vu une photo de la dulcinée de mon cousin s’est exclamé : elle met la chaine au pied ! J’ai failli éclater de rire…

L’âge
Par ici la femme vieillit vite hein ? Passé la barre des vingt cinq ans, la camerounaise entre dans la zone rouge. Chaque année qui s’ajoute fait baisser son prix sur le marché. A trente ans, c’est carrément mission impossible, elle est considérée comme une orange qui a libéré tout son jus, et forcément, ce sont les autres qui l’ont sucée… Par ailleurs avoir une femme du même âge que soi n’est pas jugé politiquement correct. L’écart idéal est un minimum de cinq ans.

Les enfants
Ils ne sont pas les bienvenus, surtout qu’ils sont ceux de l’Autre. Un proverbe (de mon oncle) dit : la bouche qui a goûté au miel n’oublie pas sa saveur. Comprenez qu’un jour, elle rentrera forniquer avec le type qui lui a fait un enfant. Je me suis juste demandé ce qu’était mon cousin dans l’histoire. Un citron ou une kola ?

Voilà!  Chaque jour, je vois des drames autour de moi. Des gens qui s’aiment mais se séparent pour contracter des unions de convenance question de satisfaire une famille arriérée. Des phrases étranges : « il m’a perdu le temps », « ses parents ne m’aiment pas », « ma mère l’a refusée » ! On a créé une classe de femmes, belles, fortes, entreprenantes, qui ont très souvent réussi, mais que la société machiste et conservatrice fragilise et regarde de haut au seul énoncé de la phrase maudite : elle n’est pas mariée […et vu son âge, il ya peu chances que ça arrive...]. Des noms d’oiseaux : « Grillée », « rococo », « produit fini ». Chacun se cache derrière des prétextes : la culture, le lien familial, la tradition, la parole de la mère, la pression familiale, mon œil ! Quand on croit en quelque chose on se bat pour.

Si tu es une femme et qu’à la lecture de tout ceci tu paniques, je te rassure :
Si tu es blanche, on va t’accepter. Munis-toi juste d’un passeport valide.
Si tu es la sœur de Samuel Eto’o (et de son compte bancaire) on va fermer les yeux sur ta ribambelle de bâtards.
Si tu n’es ni l’une ni l’autre, hum ! J’ai peur pour toi.

A mon cousin, mon oncle a proposé une vierge de dix sept ans qu’il dit garder en réserve pour lui au village. J’ai levé la main : « heu…tonton, moi aussi je suis dans le be… ». Le regard qu’il m’a lancé m’a empêché de terminer. La vie est injuste hein ? Je me tais.

Peace !

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