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Je suis camerounais, je vais me marier

la femme c'est combien ici?

La femme c’est combien ici? Augmentez le prix! On va acheter!

Quand j’étais gosse, ma mère m’a fait lire la Bible dans son intégralité. J’ai détesté les radotages de prophètes aux noms étranges là, j’ai rigolé de Samson le premier (et sûrement pas le dernier) homme berné par une liane. Job alias Akaomanga l’ancien riche, Jésus le super héros qui fait du waterwalk , version aquatique du moonwalk. Bref, c’était bien. Mais, j’ai tiqué sur cette partie de la Genèse où Dieu endort l’homme et crée une femme, puis ce fameux verset « C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, et s’attachera à sa femme, et ils deviendront une seule chair ».

Je suis certain que ce verset est le début de la majorité des problèmes de l’humanité. J’ai un proche parent, qui vivait tranquillement sa petite vie et qui du jour au lendemain a décidé de quitter non pas son père et sa mère, mais sa tranquillité pour aller faire une seule chair avec sa bien-aimée. En un mot comme en mille : mariage.

Un matin. J’essaye de justifier mon salaire au bureau. Coup de fil : ma mère. J’ai envie de laisser sonner. Ma mère qui m’appelle à cette heure, c’est soit les « ton père a fait ceci », soit les « ton père n’a pas fait pas ceci ». Bref, une interminable séquence de lamentations. Bon, je décroche.

Mater : tu sais que ton frère Mboutman se marie bientôt ? Il doit aller demander la main de sa go dans un mois.

Moi : euye !

En une décision, matérialisée par une phrase, le destin de Mboutman venait à son insu de basculer du côté obscur de la force.

Quel est ce conditionnement psychologique qui fait qu’un mec à peine sa situation financière stabilisée n’a de réflexe que la recherche de l’instabilité ? Ne me sortez pas vos « le mariage c’est la stabilité » machin, je fréquente des hommes mariés, et même quand ils rient on a l’impression qu’ils pleurent.

Le mariage en réalité est une oasis dont les puits sont asséchés. Comme si ça ne suffisait pas, pour y parvenir, il faut traverser un désert parsemé d’embûches dont la principale a pour nom la dot. Donc, quand j’ai entendu mariage, j’ai compris dot.

Coup de fil une semaine plus tard : mon père, le grand sabitou manitou. Le grand-amiral convoque les troupes. Réunion de crise au domicile familial. Ce qu’il faut savoir c’est que l’amour c’est un homme et une femme, mais le mariage c’est une affaire de famille hein ? Donc, toi le gars qui décide de te marier, tu as rang de spectateur, les choses étant gérées par le chef de famille, ton père ou un oncle influent.

Réunion.

Le Pater : Mboutman!

Mboutman : Paaa !

Le Pater : elle est de quelle région ta bien-aimée ?

Mboutman : Eton

Moi+mes frères+ le chat : euye !!!

Ceci n’est pas du tribalisme hein, mais ce qu’il faut comprendre c’est que le tissu ethnique camerounais est tellement dense et divers qu’il importe de savoir l’ethnie d’origine, car de cela dépendra la dot.

Pour le coup, ce n’était pas une bonne nouvelle. Les Eton ont de jolies fille, mais de larges poches.

Mboutman devant nos mines renfrognées nous sort le laïus des gars naïfs : « Ils savent que je sors à peine de l’école, je me cherche encore » blablabla. J’ai eu envie de lui dire mouf ! On t’a dit que le chasseur demande l’âge du pangolin avant de le tuer?

Dans la réalité, l’ennemi (oui la famille de la fille) dispose d’une cellule de Renseignement qui étudie le profil du prétendant, sa famille (antécédents de sorcellerie ou pas ?), ses acquis, ses ambitions, les perspectives de rentrées financières. S’il dispose d’un milliardaire dans sa famille, ce n’est pas le jour du mariage que l’adversaire le découvrira. Rien que le nombre de zéros sur le montant de la dot prouvera l’efficacité du Renseignement.

La bataille de toqué toqué

Le toqué toqué encore appelé tocage en référence à l’action de toquer à la porte est la cérémonie de vol durant laquelle le prétendant vient affirmer ses ambitions et le père de la fille donner ou refuser son accord de principe pour l’union.

Le tocage de Mboutman était particulier : Mboutman et sa go ont déjà un enfant. Les gars de maintenant hein ? Bref, tension palpable. Le père n’a toujours pas digéré l’affront. La mère cause avec ses sœurs, « tu ne peux pas élever l’enfant et l’oiseau vient picorer » Massa ! La mère là sait même qu’on comprend l’Eton ?

Nos agents de renseignement nous avaient prévenus : il dira oui, mais il faut lui graisser sa langue.

Le père inspire, expire. Pour éviter qu’il respire trop longtemps en oubliant de parler, on glisse une enveloppe. Il  dit deux phrases, soupire, se tait, on fait signe à mon frère qui rapproche le respirateur : une autre enveloppe. Ainsi de suite, l’oxygène, pardon, l’argent aidant, le père parle. Au point que pour éviter qu’il parle trop, on est même obligé de le couper avec une autre enveloppe.

Aussitôt l’accord de principe obtenu des messagers juchés sur des coups de fil téléphoniques Orange et MTN galopent jusqu’au village : préparez les listes, on a « un gibier » dans la besace.

Opération dotarossa

Quelques mois plus tard : coup de fil du grand-amiral. Réunion de crise : la liste de la dot vient d’arriver.

En pauvre naïf, notre ami Mboutman croyait trouver dans sa dot des choses simples et symboliques : pagnes, kolas, huile, vin. Ils y étaient tous, mais en plus il y avait des incontournables, porcs, chèvres, sacs de riz et aussi des demandes pour le moins étranges : appareil photo numérique de 16 Mpixels (adjéwa !), Modem internet Camtel haut débit (tu ne connais pas la route de Camtel ?) moto de marque Nanfang (on vous encourage à devenir bendskinneurs?)… Sans oublier de rondelettes sommes en liquide.

La liste des belles-mères aussi m’a fatigué. Au milieu des marmites « macocotes » des filets d’oignon, pagnes « SICAM » et autres, se retrouvaient des demandes comme « une douzaine de caleçons » ou « une douzaine de chaussures ».

Moi : mais papa je dis hein ? La symbolique du caleçon dans la dot chez les Eton c’est quoi n… ?

Un regard de Mboutman m’a fait taire. Faut pas énerver les gens énervés.

A l’issue de la lecture, discours de mon père. On aurait dit de Gaulle le 18 juin 1940. Sauf qu’il n’était pas question d’armes, ni de résistance, mais d’argent, de nkap. Les millions réclamés par les Eton devaient être versés pour maintenir l’honneur de la famille. Quelle famille ? Un gars part chercher les problèmes nous on paie ? Mais bon, je ne l’ai pas dit hein ? Les résistants fusillent les traîtres.

Après avoir promis chacun une quote-part dont j’ai prononcé le montant les larmes aux yeux, le grand-amiral a levé la séance. Lors du prochain conseil d’état-major, il sera question d’élaguer la liste de l’ennemi, et dans un jeu de « donne! Je ne donne pas! » l’amener à réduire de façon drastique ses prétentions. « Surtout en termes de caleçons » ai-je appuyé. Mon argent n’achètera pas de caleçons aux Eton !

Mais cette guerre est usante hein ? Mon frère Mboutman souffre déjà de stress post-traumatique. Il me confiait dernièrement que parfois la nuit il fait ce cauchemar où des vieux Eton le poursuivent tout nus en criant « donne-nous nos caleçons! ». Il m’avouait aussi que chaque fois qu’il passe devant un magasin, et qu’il voit des prix sur des appareils électroménagers par exemple, il ne peut s’empêcher de faire la conversion : ma femme vaut trois télés Samsung plus un réfrigérateur plus…

Le stress qui le rend vraiment malade l’affecte au point que parfois en contemplant les frasques de sa bien-aimée qui bien entendu n’a pas arrêté de rester femme avec ce que cela implique comme caprices, il ne peut s’empêcher de penser « je fais même tout ça pour qui non ? ».

Massa! Dire que le pauvre n’est même pas encore marié qu’il commence à perdre ses cheveux!

Le gars a failli tomber en syncope dernièrement quand on lui a appris que chez les Eton on dote parfois les enfants de sexe féminin nés hors mariage. Une brigade de terroristes envisage même déjà d’inclure la dot de la fillette dans la dot globale. Nous on ne négocie pas avec les terroristes, donc on prépare nos missiles antimissiles Patriot.

Bref, les négociations se poursuivent. Quand je vous annoncerai que je viens d’acheter un pardessus antipoussière, sachez que je vais assister à la dot chez les Eton. on ira avec les pagnes, les chèvres, les porcs, les oignons, mais wallaï! il n’y aura pas de caleçons dans nos bagages.

Courage mon frère! Votre amour triomphera de la bêtise qu’on camoufle sous le vocable « tradition ».

Affaire à suivre.

Peace!

 

 

 

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fév 18

Je suis camerounais, j’aime la paix

Ce matin dans le taxi j’ai rigolé. J’ai vraiment rigolé.

Yaoundé, 8 heures.

Des grappes de Camerounais vont travailler ou font semblant d’aller travailler (j’ai un voisin qui met une cravate chaque matin et dit au revoir à sa femme pour aller jouer au PMUC donc…).

Un taxi. Cinq passagers. Plus le chauffeur.

L’autoradio braille. C’est RFI la radio africaine mondiale (je me suis toujours demandé ce qu’ils deviendraient si l’Afrique arrêtait de leur fournir toute cette matière…).

Le journaliste prend le ton alarmiste des mauvaises nouvelles qu’on répète depuis des mois, mais qu’il faut faire paraître nouvelles chaque jour :

Centrafrique, les exactions et les massacres se poursuivent dans le nord du pays, la population n’a toujours pas regagné les villages, la présidente demande le maintien de la force Sangaris.

Il y a un bouchon. On poireaute, comment laisser passer pareille nouvelle sans la commenter. !

Et c’est parti. Débat, débat, débat, et puis vient la phrase qui généralement m’énerve : « Heureusement que chez nous on a la paix ».

Akié ! La paix!

Cette histoire de paix me fatigue, me hérisse, m’énerve.

La paix à la camerounaise mérite d’être théorisée, conceptualisée, gravée dans la pierre pour les générations futures.

La paix à la camerounaise c’est l’absence de guerre, mais aussi l’absence de tout. Seulement, l’absence de guerre prime sur le tout.

Quand tu es Camerounais, citoyen d’un pays en paix, tu te lèves heureux le matin. Après une vingtaine d’abdos pour faire partir la bedaine fruit de tes excès  de eru, mbongo et autres espèces protégées, tu tournes le pommeau du robinet : pas d’eau, ok pas d’eau ? Pourquoi se plaindre ? Choisir entre l’absence d’eau courante et les massacres massifs de population ? Je choisis la paix, donc, je ne me lave pas.

Puis tu décides d’emprunter un taxi pour aller justifier ta pitance. Mais là, tu tombes sur la force Sangaris version camerounaise : Garde présidentielle surarmée, véhicules de guerre. Hein ? C’est quoi ? La Seleka serait-elle à nos portes ? Heu non, ils vont juste faire le pied de grue au bord de l’itinéraire présidentiel.

Tu te souviens que tu vis sur le chemin du Roi, et là, il doit aller boire du vin de palme dans son village ou alors présider un énième cinquantenaire d’on ne sait quoi. Pourquoi te plaindre ? Pourquoi ruer dans les brancards ?  Tu es mieux que les Centrafricains qui se font égorger non ? Et puis, la marche c’est bon pour ta bedaine non ? Donc, tu iras au travail à pied, au nom de la paix.

Pendant que tu marches, il peut arriver que tu tombes sur un attroupement : des pompiers qui distribuent de l’eau. Euye ! Tu prends peur : il se passe quoi ? Un Scud est tombé sur Yaoundé ? C’est l’état d’urgence ? Les anti-Balaka ? On te répond non : c’est la saison sèche, il n’y a pas d’eau. Si tu insistes, on te sert la phrase qui tue :  » ll n’y a pas d’eau parce qu’il n’y a pas d’électricité ». Que répondre à ça ? Au moins il n’y a pas non plus des corps en décomposition dans les rues. Tu as la paix, non ? Avale ta salive et marche.

Ah ! L’électricité ! Tout en marchant, tu viens de te rendre compte qu’il n’y a pas de bruit dans les bars qui déversent d’habitude des tonnes de décibels de grand matin. Tu comprends que AES SONEL a encore fait son travail : couper le courant. Tu demandes : qu’y a-t-il ? On te répond : « Un transformateur est tombé à Ngousso ». Euye! La chute d’un transformateur à Ngousso provoque une vague de silence à Odza ! Hum ! tu confirmes que l’effet papillon existe, tu es en paix avec les théories.

A pied, transpirant, dans cet environnement de paix, tu arrives finalement au travail, sous l’œil torve des snipers du Roi juchés sur les toits des immeubles. Tu te sens en sécurité. Ou plutôt tu essayes de t’en convaincre.

Et tu vis ta vie, comme ça, dans la paix quand il y a le courant le soir tu écoutes le discours de paix de ton Roi qui t’informe que l’émergence en 2035 se fera via les conducteurs de moto taxi. Tu ris, béat, heureux, et tu t’en vas boire une bière en remerciant le ciel de t’avoir fait naître dans un pays si pacifique.

La Paix. Je ris hein ? Je le disais dernièrement : ce n’est pas la pseudo tranquillité de notre pays qui m’inquiète c’est la fragilité qui constitue la base de cette « pax camerounia».

Ma ville Ongola que j’aime tant par exemple est  un exemple de ce qu’on pourrait qualifier de « vernis civilisationnel ». Si d’aventure il prenait envie à une quelconque Seleka de la bombarder il ne faudrait pas beaucoup de bombes pour qu’elle tombe hein ?

Une bombe à la poste centrale : la ville est coupée en deux. Malheureusement Yaoundé est une ville bâtie en étoile autour d’un centre névralgique : le rond-point de la poste centrale. Une bombe là bas et c’est le chaos. Ce n’est pas moi qui le dis, les déplacements du Roi qui choisit très souvent de barrer cet endroit le prouvent à suffisance.

Une bombe sur les transformateurs AES SONEL de Ngousso et pffft ! Plus de courant. Corrélation immédiate, plus d’eau. Comme  on nous le dit, pas d’électricité pas d’eau. Ne nous a-t-on pas révélé un jour qu’« un arrêt de la station [d’akomnyada] pendant cinq minutes peut provoquer des coupures d’eau dans certains quartiers de Yaoundé pendant trois jours » ? Lisez seulement ici.

Une autre petite bombe sur le maigre ruban qu’on appelle axe lourd Yaoundé-Douala , et hop ! Plus de liaison avec Douala. Encore que sur le coup, je préconise une maigre bombe sur le pont français à Edéa pour en finir aussi avec la voie ferrée. Il en faudrait plus pour en finir avec le pont allemand plus solide, mais j’ai confiance, une seule bombe et le français se couchera. Donc, plus de liaison avec le port, plus de liaison avec la Sonara, plus de carburant, bref, la fin.

Une chose est sûre ! Avec trois bombes seulement on peut mettre à terre les infrastructures de base : énergie, communications, eau, télécoms, mais ce ne sera pas suffisant pour en finir avec Yaoundé. Oui tant qu’il y aura des bars et des débits de boisson, cette ville ne tombera pas. Rien que pour en finir avec Essos par exemple, il faudra un tapis de bombes et pour chaque quartier, chaque bloc, chaque maison, chaque gargote, il va falloir se battre. Oui tant qu’il y aura de la bière, Yaoundé tiendra.

Et j’imagine notre Roi, après un bombardement, dressé sur un bendskin, ces motos qui sont, d’après son discours, l’avenir de la jeunesse camerounaise, tel Churchill en train de haranguer la foule, une Castel à la main : «Camerounaises, Camerounais, tant que la bière coule, le Cameroun respire !!! ».

Conducteurs de mototaxi endormis sur leurs engins. Voici la Pax Camerounia.

Conducteurs de moto-taxi endormis sur leurs engins. Voici la Pax Camerounia.

Oui, c’est ça notre paix. La paix des Grandes Illusions. Pas de bombes, pas de couteaux, pas de Seleka, pas d’anti-Balaka, pas de Sangaris, juste la précarité, la maladie, les injustices, le chômage, les morts précoces, la galère, la corruption. Mais il ne faut pas se plaindre, sous peine de passer pour un insatisfait, un opposant qui veut troquer la bonne vieille paix contre l’anarchie, la guerre. Paix= Notre Roi, Changement=Chaos et guerre. La lobotomie parfaite!

Pourquoi devrions nous nous contenter du peu, du médiocre alors que la richesse de notre pays nous prédispose à être un peuple « en haut » comme on dit chez nous? Hein? Pourquoi?

Bon, malgré tout ça, il paraît qu’on veut atteindre l’émergence en 2035. Sans eau, sans électricité, mais avec la paix. Bon il faut quand même y aller. Sauf que comme je l’ai déjà dit, j’ai peur qu’en 2035 on se rende compte qu’« émergent » est le nouveau nom de la pauvreté et là, on se souviendra des menteurs d’aujourd’hui.

Peace !

jan 24

Je suis camerounais, je soutiens Ebene Duta

6d7e65b2a5e5a1f4505bde40b801fa71Tandis que je somnolais dernièrement, j’ai entendu dans un grésillement radiophonique une nouvelle qui m’a fait écarquiller les yeux. La ministre des Arts et de la Culture, dont le seul travail semble consister à gérer  les histoires de droit d’auteur musical annonçait la création de deux organes pour faire semblant de régler l’interminable querelle autour de cette histoire : un comité de redressement et un comité de normalisation. J’ai ri hein? J’ai ri de rage et de pitié.

Un seul mot : ECHEC. L’échec de la mise sur pied d’une véritable politique culturelle au Cameroun. L’ échec d’un système dont les rouages pourris et larvés sont plus préoccupés par les questions d’ego et de corruption. Tout se passe comme si le droit d’auteur était né au Cameroun et qu’on ne pouvait s’inspirer de ce qui se fait ailleurs.

Le pire au milieu de cette cacophonie ce sont les « artistes » ces clochards qui quand on leur tend le micro ou la plume ont pour premier réflexe comme dernièrement de « remercier » le chef de l’Etat pour les trente ans de périclitation de leur catégorie sociale. Ne me demandez pas si je mens, lisez vous-mêmes.

Heureusement, au milieu de cette puanteur, il y a des jeunes qui font leur chemin, qui cherchent devant la faillite du système de nouvelles voies, de nouveaux modèles économiques pour émerger d’un environnement où les canaux de production et de diffusion sont rares à cause de la frilosité des investisseurs qui ne comprennent rien à la marche de ce pays.

C’est le cas de la bédéiste Joëlle Ebongue alias Elyon’s qui produit depuis quelques temps sur Facebook La vie d’Ebene Duta, en abrégé LVDD. Une série de minisodes loufoques qui regroupent sous formes de gags les mésaventures d’une jeune Camerounaise loin de son pays. Ebene Duta c’est la personnification du ndèm, de la loose, le tout enrobé d’humour, ce qui a le don de la rendre attachante. Forte de son succès sur les réseaux sociaux, Elyo’ns a décidé de produire 3 000 exemplaires physiques de « La vie D’ébène Duta ».

Elyon’s, comme moi, comme beaucoup d’autres fait partie de ces artistes qui ont trouvé dans le numérique et notamment le blog et les réseaux sociaux une plateforme pour faire connaître son travail. Une plateforme sur laquelle on ne triche pas, où le succès n’est plus le fait des accointances avec un obscur fonctionnaire, grand maître des subventions ou je ne sais quel éditeur amateur de « caleçon en bas, édition en haut ». C’est une plateforme où on est ce que l’on fait, car seul le public est juge et décide ou non de vous faire « vivre ».

Entreprise osée que de trouver des fonds pour mener à bien ce projet, mais que la popularité de son travail rend possible. Je soutiens fermement ce projet et appelle tous les amis des Arts et de la culture made in Cameroun (la vraie hein? Pas cette sorcellerie qui se passe dans les antichambres du MINCULT) à donner un peu d’eux mêmes pour soutenir le projet d’Elyon’s.

Il nous est possible d’esquiver cette culture du caniveau qu’on dit camerounaise par abus de langage. Il nous est possible de choisir ce que nous voulons lire, regarder, écouter rien qu’en le soutenant. Je vous exhorte à rendre possible la venue au monde de La vie d’Ebene Duta. N’en doutez pas, car en vérité en vérité, je vous le dis, il est plus facile de soutenir Elyon’s via un modeste mais, important don, que de faire couler l’eau, même sale dans les robinets de Yaoundé.

Le drame de notre pays n’est pas que nous soyons une bande d’incompétents sans talents, ceci n’est pas vrai. Non, le drame est que ceux qui ont le pouvoir décider, de renverser la vapeur sont justement les plus incompétents et les moins talentueux. Le but d’une initiative comme celle-ci est de changer ça. Ensemble on peut.

Découvrez le projet sur Ulule (le leader européen du crowfunding) et surtout donnez un peu de vous ici pour soutenir La Vie d’Ebene Duta, il ne reste que quelques semaines, mais on peut y arriver.

En plus d’être sécurisé comme paiement vous avez la garantie d’être remboursé si la somme espérée n’est pas atteinte hein? Moi ça m’a coûté 3500F Cfa, ce qui fait:

- Zéro bière au Yao-Ba avec regard méprisant de la serveuse (la petite  bière c’est 5000F là bas!!!)

- une (petite) bière au Black and White avec argent de dépôt pour le taxi en prime.

- 7 bières dans mon bar de quartier (et tu rentres à pied… dans le caniveau).

Bref, ça m’a coûté ça et je ne suis pas mort. Faites pareil, donnez!

Peace!

 

jan 14

Je suis camerounais, je suis ambassadeur

Voici l'habit des anglos là! (Photo Alain Jocard. AFP)

Voici l’habit des anglos là! (Photo Alain Jocard. AFP)

Mettez un Camerounais n’importe où : Mars, Vénus, Pluton, peu importe, le bonhomme trouvera toujours le moyen de faire parler de lui. J’observe de loin (6000 km, c’est pas petit hein?) l’affaire Dieudonné qui fait couler tant d’encre chez nos cousins gaulois depuis quelques temps et malgré les quasi-injonctions de certains lecteurs de notre blog, j’ai pas jugé bon d’écrire là-dessus.

Donc, ceux qui ont cliqué sur ce lien à cause de la photo en seront pour leurs frais : je fais comme tout le monde : je surfe sur la vague du buzz pour faire passer incognito les vrais problèmes.

Le revoici sur les fuyards de Londres

Le revoici sur les fuyards de Londres

Juste une chose avant de passer définitivement: pourquoi les Camerounais quand ils partent faire leurs choses là-bas chez les moukalas se sentent-ils obligés de revêtir l’habit des Anglos là? Il ya Dieudonné récemment, mais il y a aussi eu les fuyards lors des Jeux de Londres, vous vous souvenez?  Les Anglos du Nord-Ouest vous font dire que vous pouvez faire ce que vous voulez, mais si l’habit ne fait pas le Camerounais, au Cameroun, on reconnaît un Anglo à son habit.

Donc tandis qu’au lieu de me lancer dans les gauloiseries dieudonnesques, je poireautais devant ma page blanche. J’ai reçu la visite d’un ami ambassadeur. Il m’a dit Ngimbis, j’ai des ennuis. Et tandis qu’il me racontait ses déboires, je me suis rendu compte que j’avais matière à kongossa.

Bon, je fixe le décor.

Ambassadeur : camerounisme emprunté au français. On désigne par ambassadeur un Camerounais qui ayant été mordu par la galère du régime du Renouveau décide d’aller s’installer chez une femme, généralement nantie/aisée/fortunée. L’ambassadeur chauffe la maison en journée, chauffe le lit le soir et n’a de réel bien que celui qu’il avait en arrivant : sa vieille.

Au Cameroun, le système conjugal se divise en deux groupes d’inégale importance : les maris qui partent prendre femme et la ramènent chez eux et les ambassadeurs qui quittent le chez eux et vont vivre chez leur « femme ». Voici leur histoire, enfin, je veux dire l’histoire du second groupe.

Généralement, l’ambassadeur est un type qui suit à la lettre la parole biblique : « L’homme quittera son père et sa mère [et son taudis] et s’attachera à une femme [et à son porte-monnaie] ». Qui pourrait lui en vouloir d’être chrétien?

Mais ce n’est pas facile hein ? Pour parvenir à avoir un poste à l’étranger, il faut persévérer. L’ambassadeur travaille. Ciblage de la proie, investissement de ses dernières économies dans une garde-robe soigneusement entretenue. Et puis il y a l’arme fatale : le verbe. Au commencement était le verbe, jamais phrase ne fut plus vraie. Si l’ambassadeur n’est pas diplomate de carrière, il est un baratineur né. Il parle, il ment, il se ment, et les plus forts mentent tellement qu’ils se retrouvent en train de croire à leurs propres mensonges. Dédoublement de personnalité, schizophrénie, du grand art quoi !

Puis il franchit un cap, il atterrit dans le lit de la concubine. Pas assez. Lui, il veut rester. Il veut profiter de tout à plein temps. De l’argent de poche généreusement versé, de l’alimentation dite moderne qui le change de son bâton de manioc constipant, du micro-onde, de la voiture, de l’écran plasma, de Canalsat, de la douche qui obéit comme par miracle quand on lui demande de l’eau, bref, son petit luxe. Du coup il applique la fameuse phrase : forniquer plus pour gagner plus. Et ça marche. On le présente partout comme « mon gars » et pour les chanceux « mon chou ».  (Je sais pas si vous avez remarqué, mais en 2014, les amoureux camerounais s’appellent « chou ». L’amour végétarien nouvelle tendance?).

Il a le devoir d’être un gars moderne, il fait des blagues intelligentes… quand il peut, se tait quand il ne peut pas. Il doit être capable d’embrasser la belle devant les gens, et ce même si elle n’est pas belle.

Et puis il ya les tests d’honnêteté.

Un billet de 10 000 francs Cfa faussement oublié sous l’oreiller. Si encore présent au retour +1

On lui confie l’argent du njangui à aller remettre à une copine. Si pas de détour par un bar +10

On lui confie la voiture. Si pas de « on m’a agressé, on a arraché » +1000

Et puis un jour, la sentence. Généralement aux aurores, après une nuit de transpiration suite à des jeux d’adulte : chéri, chou, pourquoi tu ne t’installerais pas ici ?

Une seconde de fausse hésitation. Et puis l’acquiescement façon question pour un champion : oui ! Je reste !!!

Ok chéri chou, voici de l’argent achète toi de vrais vêtements et vire moi la poubelle que tu as sur le corps là!

Le diplomate devient plénipotentiaire. Paresseux comme un chat, il se prélasse toute la journée dans un canapé, armé de son arme favorite: la télécommande, la fameuse zapette.

Traînant en caleçon dans l’appartement entièrement équipé de sa belle, il est logé, nourri, blanchi, son seul travail se limitant à  réchauffer la bouffe congelée que sa belle aura pris soin de lui préparer la veille. Mon chou, ton déjeuner est dans le frigo, je vais bosser.

Bref, ça c’était l’endroit de la médaille.

Le revers.

Il faut croire que tout ne va pas pour le mieux dans le monde des ambassadeurs. La belle n’est pas gentille tous les jours.

Moindre saute d’humeur, moindre mot plus haut que l’autre et l’ambassadeur risque d’être rappelé au triste souvenir de son origine. Il trouve alors sa vieille valise (celle qu’il avait en arrivant) posée sur le palier et semblant lui dire « mbom ! on rentre ».

Au lit, si au début c’était l’explosion, très vite l’ambassadeur se rend compte qu’il a obligation de résultat. Et quel résultat ! Très souvent la belle n’est pas belle, ce qui n’a aucune sorte d’emprise sur son appétit sexuel qu’elle compte assouvir par tous les moyens. Ou alors c’est une espèce de frigidaire sur pattes qui compte réveiller cette chaleur longtemps oubliée dans les bras de son Excellence.

Du coup, son Excellence vit une vie de vampire, somnolant en journée et se goinfrant devant la télé, chevauchant et culbutant sa génisse surchauffée durant l’interminable nuit. « Tu as mangé non ? Viens ici, moi je mange ma part ! ».

Dès lors, il lui faut des exutoires, car en plus d’être vigile le jour, il lui faut accepter de se coltiner son boulet dans des soirées où des gens parlent de choses qui ne lui disent rien.

Et puis il y a sa tablette Samsung cadeau d’arrivée sur laquelle sont marqués ses dix commandements.

  1. Quand mes amis viennent à la maison, pardon, tu t’habilles.
  2. Comme c’est moi qui cuisine, toi tu as le devoir de laver les assiettes.
  3. Si je te vois avec une fille, tu portes seulement ta valise (celle avec laquelle tu es venu), tu rentres chez toi.
  4. Quand je suis avec mes collègues, même si on te pose une question, pardon, n’ouvre pas la bouche.
  5. Le jour où ma mère vient ici, pardon, va boire une bière tu reviens après.
  6. Si l’une de mes connaissances te demande ton âge, fais comme si tu étais muet.
  7. Jusqu’à ce que je te trouve un boulot, si on te demande ce que tu fais, réponds « les affaires ».
  8. Je ne veux pas voir tes amis bandits ici.
  9. La nuit, tu dors si seulement je le décide.
  10. Je n’aime pas le plastique, donc dès demain, va faire tes tests de maladies vénériennes.

Voilà comment le paradis de notre ambassadeur se transforme en enfer douillet. Ses amis boivent ses bières apprécient son embonpoint, mais l’appellent gigolo en ricanant dans son dos. Il veut parfois recoller les couilles qu’on lui a sciées, mais quand il repense à la vie sans wifi, sans Canalsat et sans frigo plein, il se dit que tant qu’à vivre, autant vivre sans testicules.

Organigramme du corps diplomatique :

Les ambassadeurs de l’Union africaine (ils sortent avec les Noires).

Les ambassadeurs de l’Union européenne (ils préfèrent les Blanches).

Les ambassadeurs avec mission d’attachés culturels (ce sont des artistes).

Bonne année à tous mes amis ambassadeurs de par le monde. On se voit à la cérémonie de présentation des vœux, au palais présidentiel, l’année prochaine, si vous tenez jusque-là. Et je réitère ma position : je vous soutiens.

Peace !

nov 26

Laissez les fesses de ma camerounaise respirer

Tout ce que Dieu fait est bon!

Tout ce que Dieu fait est bon!

Ah! Mes frères! Quel drôle de pays que celui dans lequel nous vivons. Au commencement étaient les crevettes, les crevettes étaient dans le Wouri, les crevettes attirèrent les portugais. Dieu vit que cela était bon. Ainsi naquit le Cameroun.

Puis on eût les allemands, les anglais et les français. Ils vinrent, ils restèrent et puis partirent (ou presque).

Le diable jaloux, alla murmurer dans l’oreille de notre seigneur: « Seigneur regarde, dans un seul pays, ils ont le kouakoukou, le soya et ils auront Samuel Eto’o, fais quelque chose pour équilibrer les choses! ». C’est ainsi que Dieu après le Grand Berger nous envoya le Roi Lion, il vint et il resta. Mais il ne vint pas seul, au fil des années ou des décennies il s’entoura d’une foule d’anges/démons censés être ses ministres mais dont on ne sait jamais s’ils servent le bien ou le mal. La semaine dernière, on a appris par la très sainte Bible d’Etat, le quotidien Cameroon Tribune que sept anges de notre Roi avaient opéré une sortie médiatique aux frais de la maison de Dieu pour une conférence sur le thème: « Halte à l’indécence vestimentaire chez les jeunes filles », conférence insérée dans le cadre du lancement de la « campagne nationale de lutte contre l’indécence vestimentaire chez les jeunes filles ».

Oh mes bien-aimés! Oh mes brebis! Indécence. Un mot un concept avec lequel je suis d’accord. L’indécence a envahi ce pays. On la retrouve à tous les coins de rue, à tous les carrefours. Car de voir sept ministres de la république se réunir aux frais des deniers du culte, pour parler de mode et de vêtements, voilà l’indécence. Sept ministres parmi ceux dont les postes ministériels sont soit les plus amorphes soit les plus sujets à controverse trouvent néanmoins le temps de nous parler jupes et falbalas.

Alléluia!

Ô Inquisiteurs! Ô protecteurs non mandatés de la morale, laissez-nous tranquille. Sauvez-vous vous mêmes d’abord avant de penser à nous sauver. Sauvez l’éducation nationale de l’indécence de ces taux de réussite au baccalauréat ajustés et réajustés pour faire de nos universités des réceptacles de cancres. Sauvez la culture camerounaise madame la Ministre de la Culture, épargnez à nos yeux l’indécence de ces artistes clochardisés, de ces salles de cinéma inexistantes, de cette politique culturelle invisible. Sauvez la femme camerounaise madame la Ministre de la promotion de la Femme et de la Famille (grande initiatrice de ce sabbat), cette femme qui meurt des suites de violence conjugale dont vous ne parlez pas beaucoup, cette fillette dont les viols incestueux demeurent tabous, cette gamine dont on « repasse » les seins, cette nubile qu’on excise encore dans le Septentrion de notre pays, voilà l’indécence à combattre.

C’est valable pour tous les autres. Pour la soixantaine de ministres de notre pays qui n’arrivent pas à gérer vingt malheureux millions d’habitants.

L’indécence c’est nos quartiers sans électricité. Nos pompes sans eau. Nos hôpitaux/mouroirs.

L’indécence c’est Jean Paul Akono mendiant son salaire et s’éteignant à petit feu dans l’indifférence générale.

L’indécence c’est la route Mvog Mbi-Mvog Atangana Mballa bourbier malodorant que personne ne veut bitumer.

L’indécence c’est Yaoundé qui s’arrête parce qu’un seul homme passe.

L’indécence c’est nos héros oubliés. Le père de notre indépendance, oublié, célébré chaque année par une bande d’irréductibles.

L’indécence c’st notre culture à la rue, nos artistes, talentueux, mais exilés car méconnus chez eux.

L’indécence c’est notre jeunesse qui en troupeau compact frappe aux portes de l’immigration.

L’indécence c’est de voir la population d’éléphants de tout un parc animalier exterminée par des hordes de braconniers étrangers en toute quiétude.

L’indécence c’est notre forêt séculaire pillée. Ces grumes qui ne nous enrichiront jamais et qui s’en vont là bas, chez les autres.

L’indécence c’est nos frontières, poreuses à souhait, nos compatriotes tués, enlevés par la Séléka, sans que les griots locaux daignent en parler.

L’indécence c’est notre sécurité sous-traitée via le colon d’hier, notre économie « APE-isée ».

Contemplez l’indécence de ces milliers de camerounais qui meurent de paludisme dans le septentrion parce qu’on attend que d’autres viennent à coup de millions massacrer un misérable moustique.

Quelle forme d’indécence n’avez-vous pas constaté dans la société camerounaise au point de vous attarder sur la moins visible de toutes?

Laissez la femme camerounaise tranquille. Laissez-la nous montrer ses fesses, ses seins, ses reins, ses cuisses. Elle les a beaux. Encore plus beaux que vos défroques de voleurs, que vos mines de courtisans, vos dégaines hypocrites.

Hypocrisie d’hommes de Dieu concupiscents qui bénissent le démon politicien et crachent les flammes de l’enfer sur la femme qui ose se pointer à l’église en talons.

Hypocrisie du violeur qui prétend qu’il viole parce qu’on l’a tenté.

Hypocrisie de la société qui veut transformer  un être humain en marchandise cessible de génération en génération

Hypocrisie, d’une classe politique qui n’arrive même pas à respecter une politique du genre que personne ne l’a forcé à établir.

Hypocrisie d’une masculinité qui ne s’assume pas. D’un peuple de couilles-molles qui se cache dans le troupeau pour draguer, derrière les convenances sociales pour aimer, derrière des conférences sans objets pour cacher son impuissance face aux vrais problèmes.

Ah mes frères! Moi Florian Ngimbis, quand je marche dans la vallée de Nlongkak, je ne crains pas le soleil qui braise mon crâne, la rareté des taxis ne m’effraie pas car, la vision de toutes ces compatriotes aux cambrures fantastiques  révélées par des jupes et des culottes au ras des fesses me rassure: pour le camerounais que je suis, la vie vaut la peine d’être vécue.

Quand je poireaute dans un taxi surchauffé et que les têtes des cinq occupants se retournent pour contempler la naissance des fesses d’une jolie gazelle qui exhibe son string sur le passage clouté, je me dis: ô seigneur! Regarde comme ils sont beaux les enfants d’un même père.

Alléluia!

Oui, corbeaux inquisiteurs qui voulez nous ramener des siècles en arrière, sachez que les kaba ngondo dont vous voulez affubler nos trésors ne sont pas d’origine africaine. De quel puritanisme vous réclamez-vous? Salem c’était hier!

Si vous voulez faire vos intéressants avec ce concept d’indécence, arrêtez donc tous ces vendeurs de films porno, qui étalent impunément des images obscènes sur les trottoirs de notre centre ville, créez donc une police du pipi qui amendera tous ces pisseurs qui croient que touffe d’herbe et mur riment avec toilettes.

Laissez ma camerounaise tranquille, vous hommes et femmes de peu de foi. Ôtez-nous l’espoir, ôtez-nous la bouffe, laissez les nids de poule se multiplier, pillez les caisses de l’Etat, construisez des châteaux à vos concubines,  mais laissez nous nos visions de corps à moitié nus, prémices d’un paradis à venir. C’est trop demander?

Ne dit-on pas que vox populi vox déi? Faites donc un référendum sur la question! Nous vivons dans un pays où l’espérance de vie dépasse rarement les cinquante ans. Laissez-nous profiter de la vie merde! C’est facile?

Tout ce que Dieu fait est bon. Il a créé ces jolis derrières, ces seins lourds et pointus, ces cuisses interminables, pourquoi les cacher? Pourquoi remettre en cause la Création?

Béni sois-tu Seigneur car, lorsque tu t’es reposé le septième jour, les chinois ont pris le relais et nous ont pondu ces délicieux vêtements qui dévoilent plus qu’ils ne cachent. On leur dit merci.

Je fais un rêve, qu’un jour, les camerounaises de toutes origines, kirdi, beti, bamiléké, bassa, sawa, bamoun, se promèneront ensemble en jeans taille basse, string au vent (ou pas) dans les rues éclairées de Mvog Ada, dans les ruelles goudronnées de Mbog Abang, je rêve de ce jour où elles feront des concours de t-shirt mouillés car il y aura de l’eau dans les robinets d’Efoulan.

Messieurs et dames de l’Inquisition, chers Torquemada, taisez-vous. Le chemin de Damas, celui qui nous mène vers l’émergence en 2035 est long. Laissez-nous l’arpenter dans la joie et la bonne humeur. Laissez-nous nos illusions. Laissez nous notre indécence. Laissez-nous nos lianes camerounaises, habillées ou non.

Et si vous n’avez rien d’intéressant à dire, taisez-vous et faites comme nous, contemplez , ces seins ces fesses, ces cuisses, ces dos si beaux et qui vont, fiers, libres et nus.

Amen!

Sermon de Sango Pasto Florian Ngimbis.

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