août 22

Je suis camerounais, je prie contre Ebola

Please la Blache, #GiveUSTheSerum  (photo AFP)

Please la Blanche, #GiveUSTheSerum (photo AFP)

Mes frères ! Comme la majorité d’entre vous, je suis avec attention la progression de l’épidémie d’Ebola sur le continent, comme la majorité d’entre vous – ne le niez pas- chaque jour, je serre les fesses en adressant une courte prière au Créateur : « Hé Dieu ! Qui fait Dieu fait qu’Ebola nous esquive ? ». Oui mes frères, Dieu est ce qui nous reste quand on a tout perdu. Je me méfie de ces histoires de sérum et de vaccins dits expérimentaux. Hein père ? Les Américains, en train de jouer les philanthropes ? Le pays dont les drones tuent des innocents tous les jours ? J’abuse peut-être mais je suis ainsi…

Mais croyez-le, je comprends les malheureux sans autre issue que la mort, obligés de prendre ces médicaments dont on nous dira bientôt des choses qu’on aurait dû nous dire avant de nous les administrer.

Il y a une catégorie de gens qui m’énervent hein ? Ceux qui passent leur journée à vous rabâcher les oreilles avec des mots optimistes sur l’Afrique. Du genre « croissance à deux chiffres », « avenir du Monde », blabla… les super optimistes qui depuis des décennies voient dans l’Afrique le « Continent de demain », « l’avenir de l’humanité ».

Laissez-moi faire mon pessimiste. Laissez l’avenir, voici comment je vois mon continent au quotidien : chaque matin, mes frères, j’allume ma télévision et j’entends le décompte morbide des morts d’un virus apparu sur le continent depuis 38 ans ! Je ne rigole pas.

Depuis tente-huit ans

Depuis trente-huit ans, un virus apparaît épisodiquement, tue des gens, disparaît sans que les premiers concernés, les Africains, aient une vraie stratégie pour le combattre !

Depuis trente-huit ans on attend que les labos européens, trouvent un remède, depuis trente-huit ans on attend que le CDC, la Croix-Rouge, l’OMS et MSF viennent gérer des crises qui emportent amis, parents, proches.

Depuis trente-huit ans on en est à crier au complot, comme pour le sida, comme pour Boko Haram : « C’est les Blancs qui ont inventé l’affaire là ».

Qu’ils trouvent un remède ou assimilé et c’est reparti : « Pasto nous avait bien dit que c’était leur virus ! Le vaccin là sort d’où ? » ceci dit, on court à la mosquée prier !

Quand ça se complique on en est à créer des campagnes pour leur demander leur sérum, oui messieurs les Occidentaux #GiveUsTheSerum ! Comme si depuis trente-huit ans qu’Ebola sévit en Afrique, les Occidentaux avaient attaché les mains des Africains et lobotomisé leurs chercheurs au point de les empêcher de trouver un remède. Comme pour Boko Haram, on en est à chercher outre-mer le remède à un problème qui sévit en Afrique.

Si on n’est pas en face d’un cas concret de sous-développement, pire, de pauvreté spirituelle, dites-moi ce que c’est ?

Dans les années qui viennent, quand ce virus trouvera enfin remède, car oui il trouvera, j’imagine ce dialogue entre les capitalistes des sociétés de production de vaccins et nos Etats dans le rôle de la Fourmi :

Mais que faisiez-vous durant trente-huit ans ?

Nuit et jour à tout venant, je chantais #GiveUsTheSerum

Vous chantiez ? J’en suis fort aise

Eh bien payez maintenant ou mourrez !

Et on payera. Et ce sera un nouvel axe d’aide au développement, de « Coopération ». Comme pour l’électricité, comme pour l’eau, comme pour tout…

Des habitudes du Moyen Age

Depuis trente-huit ans, on se demande, mais où sont-ils donc ces chercheurs africains ? En Europe me souffle-t-on dans l’oreillette.

Où est cette recherche ? On me souffle que les gens ne mangent pas à leur faim et on va parler de financer la recherche ?

Mes frères ! Où sont nos laboratoires ? Je ne les vois pas. On me souffle qu’il suffit d’ouvrir les yeux pour voir cette floraison de labos de produits « éclaircissants »…

Hé Dieu ! C’est toi qui nous reste, toi et nos yeux pour pleurer. Oui, j’ai envie de pleurer quand j’entends le gouvernement camerounais donner aux gens le sempiternel conseil :  » Lavez-vous les mains avec du savon « . Mais en donnant ce conseil, il serait judicieux que le même gouvernement nous donne les chiffres concernant l’approvisionnement de notre pays en eau courante. Là mes frères, on va bien rire puis aller se laver les mains dans le Mfoundi.

C’est hallucinant, mais ce pays me fait penser à mon voisin, celui qui s’est acheté une voiture de luxe, une Lexus, mais qui n’a pas prévu que les voitures se rangent dans un garage. Mon voisin qui a fait venir un neveu éloigné du village pour dormir dans sa Lexus, qui elle-même dort sur le trottoir devant sa maison. Le neveu antibandits, je l’appelle.

Je ris.

On vit en 2014 avec des habitudes du Moyen Age. A voir comment les Camerounais vivent, on se demande s’ils n’ont pas envie d’abréger leurs jours, de partir rapidement, bref, d’en finir :

On a les pisseurs fous qui croient que même en centre-ville, touffe d’herbe et mur riment avec pissotière.

On a les tenanciers des bars qui ne comprennent pas que tout autant que les tables, les toilettes sont des lieux à entretenir. Ces tenanciers de bars qui nous font pisser en apnée tellement ça pue dans leurs antres pleins de germes.

On a ces braiseuses de poisson qu’on a envie de gifler lorsqu’elles mettent du plastique sur leur brasero pour présenter leur poisson. Du plastique qui fond doucement pour aller assaisonner le poisson d’effluves cancérigènes.

On a nos vendeurs de soya, cette délicieuse viande braisée qui l’emballent dans du papier encore poudreux du ciment qu’il a contenu, oui, du ciment ! Si ça se trouve, ça fortifie le goût de la viande.

On a ces marchés puants et sales où les gens vendent des vivres par terre, au nom de « ça va passer dans la marmite, le feu tue tous les microbes ». Et puis même hein ? « La saleté ne tue pas l’homme noir ».

Prions, fort, très fort, car Ebola est à nos portes

Résultat des courses, alors qu’on met devant l’opinion publique la menace d’Ebola, on parle peu du fait qu’en 2014, le choléra, oui le choléra a déjà tué près d’une centaine de personnes dans le Nord sur près de 1 500 cas décelés jusque-là. Oui, comme ça, sans qu’il y ait une catastrophe particulière à part l’absence d’adductions d’eau et de latrines… Sans qu’on soit au Moyen Age…

Prions mes frères, car en 2014 au Cameroun, on peut avoir un iPad, une montre connectée, la télé par satellite, mais mourir sur une table d’opération à cause d’une coupure de courant ou choper une maladie nosocomiale parce que l’hôpital n’est pas alimenté en eau !

Oui, prions mes frères ! On n’est toujours pas parvenu à éliminer le malheureux moustique vecteur du paludisme qui tue des milliers d’enfants chaque année. Au lieu de ça, on attend les sous de la Fondation Bill et Melinda Gates au nom desquels on fait danser Petit pays et X-Maleya. Comme si crier « Ayooooé Malaria ! » a déjà tué un seul moustique dans l’histoire de l’humanité.

Oui, prions mes frères ! Pour ces milliers de femmes qui meurent chaque année de complications liées à l’accouchement, l’Iford parlait dernièrement de 6 000 décès, prions pour que ce chiffre ne soit pas vrai mes frères.

Prions, fort, très fort, car Ebola est à nos portes. Il frappe, impatient de retrouver ses cousins, palu, sida, choléra… Endurcissez vos cœurs mes frères, prions pour qu’il passe, avec sa malchance et ses morts. Prions beaucoup, mes frères, car on a d’ores et déjà notre lot quotidien de problèmes. On n’a pas demandé de supplément.

Prions pour que l’Emergence promise arrive vite. Vu qu’elle soignera tous les maux du Cameroun : bêtise, corruption, mal gouvernance, absentéisme au sommet, peut-être que dans le package les grands sorciers du Renouveau incluront Ebola.

A défaut de la science, je le déclare mes frères, au nom de la Castel, Ebola esquivera le Cameroun !

Amen !

juil 31

Je suis camerounaise, je suis une panthère

Qui va se négliger ma copine?

Qui va se négliger ma copine?

Certaines femmes me détestent. En bloguant, je suis très souvent tombé sur des représentantes de l’autre sexe, le prétendu faible, qui ne se cachent pas pour me faire savoir qu’elles haïssaient le ton machiste, sexiste et limite misogyne de mes textes. Je serais un mâle en mal de domination (le jeu de mots est de moi hein?) qui cache ses petites couilles derrière des textes pourris. Hé Dieu! On insulte ta créature tu te tais?

L’une des raisons de ce matraquage  est le fait que je persiste à appeler les femmes « lianes ». Terme moyenâgeux selon ces amazones, guerrières du genre qui y voient une connotation que moi-même « l’inventeur » je ne perçois pas. Les critiques hein?

Liane n’est pas un mot péjoratif, j’ai voulu mettre dans ce terme tout le bien que m’inspire la femme camerounaise, douce au regard comme au toucher, souple quand elle est verte, rigide quand elle est sèche, mais qu’on aime peu importe son état. Mais ne croyez pas que je veuille être gentil, la liane a son pendant négatif: la panthère. Oui laissons un peu les lianes et à travers cette chronique animalière, découvrons le félin le plus redoutable de la jungle camerounaise.

De l’espèce panthera, de la sous-espèce panthera negra, la panthère camerounaise n’est pas forcément noire. En effet, l’utilisation d’une gamme de produits « éclaircissants » peut très vite la transformer en panthère couleur fanta-coca. Idéal, car dans la jungle camerounaise, les mâles raffolent de la couleur blanche… Signalons néanmoins que nous devons cette mutation génétique aux laboratoires Biopharma, Nobel du cancer en vue…

Une panthère est une femme intéressée, une camerounaise qui chasse le gibier le plus pervers du monde: le mâle plus ou moins fortuné. Non reconnaissable à son pelage, comme nous l’avons mentionné plus haut la panthère se reconnaît plus à ses attributs et accessoires qu’à autre chose : smartphone Samsung ou Iphone dernier cri, tablette haut de gamme pour se mirer, Louboutins interminables, sacs à main hors de prix aussi grand qu’un conteneur, mèches de toutes les nationalités sauf camerounaise, la panthère est branchée! Pas forcément belle mais avec du style. Le dénominateur commun de tout son attirail étant le fait qu’elle n’ait rien payé et se soit tout fait offrir. La devise de la panthère pourrait être « Qui va se négliger ma copine ? ».

Comment savoir qu’on est en face d’une panthère? Le caractère de cet animal se révèle très tôt. Dans la cour de la maternelle déjà, la panthère mange le pain de Toto son petit camarade de classe et garde le sien pour plus tard. Au lycée, la panthère fait faire ses devoirs par Mboutman contre un sourire, en fac la panthère convainc Mougou de faire ses TD. Votre panthère de voisine vous fait porter son régime de plantain sous le soleil pendant qu’elle est sous l’ombrelle. Des signes précurseurs qui laissent deviner le futur caractère de l’animal qu’on a en face de soi.

En couple la panthère, ne paie rien, « tu es l’homme non? Il faut payer, même si je travaille! »

Au travail, la panthère se contente d’entrer dans les bonnes grâces du patron et d’exister à travers lui : Gervais, pardon, le patron a dit que tu dois…

Ambitieux, avide et dénué de tout scrupule, c’est un animal à sang froid. Oui, capable de croquer le bendskinneur (ah oui une moto équivaut à 3 000F de recette journalière, ça peut servir pour l’achat de vernis hein?) comme le milliardaire le plus fortuné (demandez à Eto’o), la panthère ne rit pas, sauf quand on la paie pour. Potiche qu’on sort et qu’on traîne dans des soirées sélect ou ennuyeuses, la panthère captive le regard, fascine, tue. Elle est partout où il faut être, car elle a des proies partout où il faut. Concerts hors de prix, soirées VIP et hautement sélect, la panthère, vit et croque la vie avec son bantou de compagnon.

Sur les origines de l’animal les théories abondent mais jusqu’à présent aucune n’est assez crédible pour expliquer comment de femme forte et garante de la stabilité de la société, la camerounaise a muté à l’état de panthère. Des légendes racontent que dans des temps anciens, bien qu’absente des débats masculins, c’est la femme qui façonnait dans l’obscurité d’une cuisine ou d’une chambre à coucher les paroles que son mari prononcerait en plein jour. Personne ne sait comment cette même femme s’est retrouvée de nos jours à l’état de pot de fleur sur pattes, de panthère, sûrement la faute à la Fecafoot, ils sont coupables de tout ces gens-là.

Les institutions en charge de la faune sont par ailleurs inquiètes, car la nature dans le souci d’équilibrer les choses a engendré une mutation des hommes. En effet, certains mâles sous le coup de la fascination panthérologique se réveillent un matin avec une seule idée : fuir au plus vite l’envoûtement de l’animal. Certains, les célibataires, atteints du syndrome bamiléké enverront de toute urgence une photo d’eux au village pour que leur mère leur recrute une jeune vierge procréatrice. Les autres, les mariés rentreront tout simplement dans le giron de leur femme, pagnes Wax dans une main, bijoux dans l’autre en chantant « me voiciiii, chérieeeee, me voici comme un enfant »

Délaissée, la panthère aura deux réactions déterminées par la façon dont elle aura géré son gibier :

Si au-delà des Louboutins, tenues de luxe, resto chics et autres gadgets, la gourgandine aura su mettre des fonds de côté et investir dans un commerce rentable ou se dégoter un job grâce aux relations du pigeon, elle n’aura qu’on commentaire: « un chien vert comme ça! Il me donnait même quoi ? ».

Si par contre, abandonnée à son tourbillon de luxe et de vampirisme fiduciaire, la belle se retrouve privée d’eau à cause de la fermeture du robinet de F  Cfa, ce sera le début d’une longue action en justice: sit-in devant le domicile du gars avec des pancartes portant #BringBackMesFesses #BringBackMesSeins. Accompagnées de la phrase-slogan : « il m’a perdu le temps ». Hé oui! Messieurs, la location de vagin coûte cher à Yaoundé!

Pour finir, il faut relever que la panthère est anthropophage, elle mange ses congénères. Dans toutes les affaires impliquant des femmes, on ne l’entend pas parler du statut de cette dernière. On n’entend pas des femmes dignes de ce nom frapper du poing sur la table pour réclamer une quelconque dignité dans leur traitement. Viols, dot, veuvage, politique du genre, excision, repassage des seins, privation de liberté, on n’entend ni ne voit les femmes faire bloc, ni les panthères rugir. Juste des miaulements épars : « Aka! Quand elle mangeait, c’était bon, maintenant il faut supporter! » Etat de choses qui fait dire aux scientifiques que l’espèce aurait encore muté, on ne parle plus de panthère, mais d’esprit de panthère, donc, transmissible.

La jungle camerounaise situe son émergence d’après les sorciers qui la dirigent en 2035, mais il y a fort à parier sur le fait que si la femme camerounaise compte sur l’homo camerounus pour la rendre émergente, celle-ci aura lieu autour de 3035. Qui vivra jusque-là nous dira si dans la foulée la panthère camerounaise aura été classée espèce protégée. Réflexion machiste peut-être, camerounaise sûrement.

« Brise ta chaîne ou endure la, ne tire pas dessus » Jean Rostand [Pourquoi? bah parce que ton homme dort]

Réalisé en collaboration avec National Géographic

Dédié à Stéphanie M. une « féministe » sur le retour qui nous a insultés trop vite.

Texte et scénario Florian « le misogyne » Ngimbis

Peace mes lianes!

juil 25

Le retour du kongossa

Chers lectrices, chers lecteurs de Kamer Kongossa, toutes mes excuses pour le long silence. Entre les contraintes professionnelles et le froid de Yaoundé qui congèle les célibataires comme moi, difficile de trouver le temps d’écrire. Néanmoins, Août signe le retour de nos billets, croustillants ou non.

Pour la rentrée lundi prochain, on va s’attaquer à des félins via « Je suis camerounais, je suis une panthère ».  A lundi!

Peace!

 

Le kongosseur

juin 9

Je suis un Lion indomptable, je ne pars pas au Brésil

Volker Finke porte drapeau de facto

Volker Finke porte drapeau de facto

Je vais encore parler de foot. Coupe du monde oblige. Depuis quelques jours, le pays revit un scénario que nous autres avons appris à connaître lors des compétitions internationales. Grincements de dents, grèves, histoires de primes… Bref, du cinéma autour de la grande mangeoire qu’est devenu le football au Cameroun.

Coup de tonnerre hier lorsqu’on apprend que notre équipe nationale, oui les Lions Indomptables themselves ont refusé d’embarquer sur le vol qui devait les mener au Brésil. On apprend que la grogne fait date, que la veille, après le match d’au revoir contre la Moldavie, les gars ont refusé de prendre le drapeau des mains du Gouvernement et que comme en 1884 sur le Plateau Joss, c’est un Allemand qui a dû recevoir l’étendard vert rouge et jaune.

Cris d’orfraie, on tire sur ces lions cupides. Avides d’argent.

Je ris.

Pourquoi lorsqu’on parle de patriotisme, on en demande toujours plus aux sportifs, aux musiciens et autres artistes et non au fonctionnaire lambda ou au dirigeant x ? C’est simple : leur aura et leur talent ne sert qu’à cautionner le vol de hautes personnalités cachées dans l’ombre et qui les utilisent comme des marionnettes pour servir de caution à leur cupidité, leur avidité, leur malhonnêteté. Créateurs de richesses qu’ils ne mangent pas, voilà leur « devoir ».

Quel industriel camerounais parce que milliardaire laisserait quelqu’un s’emparer de son bien dans ce Cameroun ? Quel ministre parce qu’assis sur des monceaux d’argent acquis de façon plus ou moins licite laisserait quelqu’un s’accaparer de « son cinq francs » ? Œil pour œil, dent pour dent, les lions ont compris la leçon.

Patriotisme ? Je ris ! Au Cameroun les patriotes sont d’honnêtes gens mais pauvres et méprisés. Quelles valeurs de probité et de moralité cultiver quand les personnes adulées dans la société sont de respectables voleurs à col blanc ou blanchi, voleurs connus de tous et encore plus respectés pour cela ?

On demande du patriotisme aux Lions ? Minalmi ! Durant ce mondial, même les employés de la CRTV regarderont le match sur les chaines étrangères eu égard à la qualité pourrie de leur image qui ressemble plus à un film des années 70 qu’à autre chose. Et les commentaires…

Patriotisme ? Je ris ! Le MINFI a été obligé de signer une note la semaine dernière pour obliger les fonctionnaires en mission à emprunter prioritairement notre compagnie aérienne CamairCo quand ils font semblant d’aller travailler à l’étranger. Ah ! Comme on les comprend ! Quel patriotisme pourrait résister  au luxe et au champagne de la première Classe de Air France ?

Le sacrilège du drapeau remis à un étranger ? Je ris. Dans ce Cameroun, eau, monnaie, électricité, bois, sous-sol, pétrole, port, chemin de fer, qu’est ce qui n’appartient pas à ces étrangers ? Et même cette équipe d’un pays « indépendant » éternellement coachée par un « blanc ». Que n’a-t-on pas cédé, jusqu’à notre amour propre, et pour quel résultat ? Comme on dit, tu dors, ta vie dort et le voisin dort sur ta femme.

Plus sérieusement, je me pose des questions :

Les Camerounais ont-ils inventé le football ? Non.

Les primes sont-elles une exception camerounaise ? Non.

Le Cameroun n’est-il peuplé que de personnes incompétentes incapables de gérer ce malheureux secteur du football ? Non.

Alors qu’est-ce qui fait que depuis des décennies, les questions relatives à la gestion de l’argent du foot en général et des primes octroyées aux footballeurs en particulier posent tant de problèmes ? Sorcellerie ? Non, le vol mes frères. La corruption. Les détournements. Chaque fois dans ce pays, que pour une raison ou pour une autre on met des lustres à résoudre un problème, chaque fois qu’on semble dans l’impasse en termes de solutions, chaque fois qu’on se demande pourquoi le simple bon sens ne vient pas mettre fin à une situation ubuesque, oui chaque fois que ça arrive, c’est le signe que quelque part, des gens dans l’ombre entretiennent un flou artistique destiné à leur remplir les poches et à consolider leur emprise sur un secteur.

La Coupe du monde ? Je ris quand j’entends les gens en parler comme d’un rendez-vous majeur, une « vitrine » pour notre pays et blablabla. La réalité est plus dure et on doit l’assumer : vaste réseau d’immigration, gouffre à fric pour l’administration, délégations fantômes, budgets imprononçables pour emmener des concubines dorer sur les plages de Copacabana. Tant pis pour les naïfs qui persistent à croire que le football n’est qu’un sport, un jeu. Les vampires de l’ombre eux ont compris. Supermarché pour les uns, opium pour les autres et nous le petit peuple, on crie, on danse, on ferme les yeux comme toujours.

On pourrait polémiquer sur le montant des primes. On pourrait polémiquer sur plusieurs aspects de cette histoire d’ailleurs et sur les écarts de conduite de ces Lions que je ne prétends pas défendre. Mais c’est l’arbre qui cache la forêt ! Et cette tendance qui consiste à dire que les Lions manquent de patriotisme, et « n’ont pas pitié des caisses de leurs pays » est une affabulation, montée de toutes pièces par ceux qui sont de vrais prédateurs pour ce pays.

Au moment où j’écris ceci, je me doute bien qu’ils iront au Brésil nos Lions (ils sont finalement partis NDLR), car comme à chaque fois, on aura un plan, un émissaire qui sur « Hautes instructions du Président de la République » se ramènera avec une valise de fonds. On gérera le pays comme on le fait depuis toujours, dans l’urgence et non sur la durée.

Allez les Lions ! Buvez la bière ! Sortez le soir, battez-vous avec vos concubines, et puis réclamez votre argent. S’il ne sort pas, refusez d’embarquer. S’il sort, embarquez et allez vous promener au Brésil et rentrez le premier tour achevé. Ce faisant vous n’aurez rien fait d’exceptionnel, vous serez les dignes monstres du système qui vous a créé. Nous on fait pareil, on boit on danse, et on n’a même pas le courage de nous plaindre comme vous. Eau, électricité, télévision, on paye, on ne voit rien, on se tait. Il y a quoi ? On joue le jeu.

Peace !

juin 4

Je suis camerounais, je déteste Idrissou

Mohamadou-Idrissou-Cameroon_2408203En me réveillant mercredi dernier, j’ai trouvé un peuple camerounais énervé. Dans la rue, dans les taxis, dans les bureaux, il n’y en avait que pour un homme : Idrissou Mohamadou. Joueur de l’équipe nationale de football, notre ami Idrissou a eu un seul tort, lors du match de préparation des Lions contre le Paraguay, le Cameroun, mené à la marque réussit à obtenir un penalty qui, transformé, lui permettrait de revenir au score.

Voilà Idrissou, ignorant du caractère dangereux de sa décision qui décide de tirer le penalty. Un proverbe chez nous dit « la malchance dépasse la mort ». Comme quoi il vaut mieux mourir qu’être malchanceux. La malchance attendait Idrissou au tournant, ou plutôt, au bout de la godasse. Tributaire d’une prestation médiocre (doux euphémisme) durant le match, notre frère voulait sans doute se rattraper. En l’absence du grand 9 Samuel Eto’o notre sauveur, tireur officiel de penaltys, de corners, de coups francs, Idrissou du haut de son ancienneté sûrement (je ne vois rien d’autre) récupère le ballon et voilà notre champion qui s’élance, tire et voit son shoot dévié par le gardien paraguayen.

Fin de match quelques minutes plus tard et dès le soir même, le quidam est livré à la vindicte populaire et celle des médias : à mort Idrissou le « loupeur de penalty ». Le peuple ivre de sang et de rage face aux prestations d’une équipe bancale et sans fond de jeu réclame la tête du jeune homme. A mort ! A mort ! J’ai ri hein. J’ai vraiment rigolé. Les contradictions du peuple camerounais me surprendront toujours.

Jamais dans un pays l’expression « opium du peuple » n’a eu autant de sens. Parfois j’ai envie de me dire que cette histoire de football encore plus qu’ailleurs est une espèce de sorcellerie qui a hypnotisé tout un peuple au point de lui faire perdre tout esprit critique et même la raison. Les exemples abondent hein ? En 2005, j’ai vu des gens ivres de colère rechercher le domicile de Womé Nlend (pas pour le féliciter hein ?) dont le seul tort avait été de louper un penalty synonyme de qualification pour la Coupe du monde.

En 1998, j’ai assisté avec étonnement à la chasse aux « Blancs » suite au refus un but de Omam lors d’un match de Coupe du monde contre le Chili. L’arbitre était blanc, donc, à mort ceux de sa race. J’ai même halluciné en 1994 quand j’ai vu le peuple camerounais manifester dans les rues à cause de la non-sélection de Ndip akem Victor ! Du coup, je m’interroge : que se passe-t-il dans ce pays ? Voilà un peuple, à qui on coupe le courant sans prévenir, un peuple qui meurt aux urgences du fait de l’absence de quelques C fa, un peuple qu’on mâche, broie, écrase sans qu’il ose ne serait-ce qu’élever un petit aïe de douleur légitime, un peuple coutumier des abus et des injustices d’une minorité qui a pris en otage ses richesses, sa justice, sa liberté.

Oui, voilà un peuple qui souffre, mais se tait… pour n’ouvrir la bouche que lorsqu’un Idrissou loupe un penalty. Non ! On se fiche des délestages sauvages, des morts aux urgences des abus, mais non ! Idrissou ne doit pas louper un penalty ! Debout enfants de la patrie ! Le jour de lynchage est arrivé. Lynchons ce vampire ! Massacrons-le ! louper un penalty ! Lors d’un match de préparation ! Pour un Mondial dont nous ne franchirons sûrement pas le premier tour ! Ah non ! Cela ne se peut pas ! Même en empruntant une dizaine.

Camerounais de tous bords, indignez-vous ! On a soif, on peine à se laver. Il n’y a pas d’électricité, Internet court moins vite qu’une tortue, les opérateurs téléphoniques font de la surfacturation à ciel ouvert, le détournement est le sport du pays le mieux partagé, mais non, ne nous en émouvons pas, laissons leur une chance, en 2035 ça ira. Pour l’instant, inquiétons nous de ce football qui va mal. De ces penaltys qu’on loupe. Là réside le mal de notre époque. Les trains peuvent partir en retard, les avions de Camair-Co oublier les bagages, les bus tomber en panne en plein « axe lourd ». Non on ne se plaindra pas, ce sont des choses qui peuvent arriver. 

La police peut nous tracasser pour des affaires de carte d’identité, les rues de nos villes peuvent être parsemées de nids de poule, le planton lambda peut bloquer un dossier important, ça va. On gère. Et puis hein, notre roi est sur le trône depuis trente-deux ans et jamais au grand jamais, durant les élections il n’a tiré à côté ! Notre roi marque toujours. Il faut suivre l’exemple ! Ne nous plaignons pas. Payons nos factures sans rechigner, payons nos impôts sans demander dans quelle poche ils finissent, ni à quoi ils servent, votons sans demander quel candidat profitera de notre vote, mais jamais au grand jamais ne tolérons un penalty loupé. On peut supporter les voleurs à col blanc, les criminels économiques, les coopérants-vampires, les sangsues de la fortune publique, mais jamais ne tolérons un Idrissou dans nos murs.

Quelqu’un m’a dit mon « frère ! Laisse ! C’est un envoûtement collectif », mais des fois, je suis d’avis comme un de mes aînés que tant que le prix du maquereau et de la bière resteront stables, la « paix » sociale ne sera jamais ébranlée dans ce pays. Notre fameuse paix, absence de guerre, mais avec les chiffres d’un pays en conflit. On me souffle dans l’oreillette que le prix de la bière aurait d’ailleurs été revu à la baisse, vous voyez hein ? Assia Idrissou! On aura moins de délestages lors de la Coupe du monde. Même le gouvernement sait qu’on ne peut tolérer les délestages à cette période. Donc, ne viens pas mettre du sable dans notre tapioca, passe avec ta malchance.

Peace!

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